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Inspirantes Inspiratrices : Marthe, Misia, Lola, Gala, Lydia, Lucy, Jeanne au musée Bonnard

musée Bonnard : Pierre Bonnard, Nu dans le bain, ou Nu à la baignoire, 1937 Paris, musée d’Art moderne de la Ville de Paris © RMN/Agence Bulloz

Marthe, Misia, Lola, Gala, Lydia, Lucy, Jeanne et bien d’autres. Le musée Bonnard a choisi cet été de mettre en exergue la place parfois mystérieuse de ces femmes, dans tous les cas, exceptionnelles.

Peut-on imaginer Bonnard sans Marthe, Dali sans Gala, Picasso sans Marie-Thérèse, Dora, Jacqueline…, Renoir sans Gabrielle, Maurice Denis sans Marthe, Maillol sans Dina Vierny, Vuillard sans Misia ou Lucy Hessel, Matisse sans Lydia ou encore Giacometti sans Annette ? Le musée Bonnard a choisi cet été de mettre en exergue la place parfois mystérieuse de ces femmes, dans tous les cas, exceptionnelles. Cette exposition intitulée Inspirantes inspiratrices, dont le fil conducteur est tissé par ces dernières et bien d’autres s’inscrit dans l’espace-temps des années 1870 à 1960. Il s’agit là de revisiter l’impact et la posture des femmes d’artistes dans l’œuvre de leur mari ou de leur maître. Ainsi de Toulouse-Lautrec à Picasso en passant par Bonnard, Matisse, Chagall ou Dalí, un éclairage particulier sera porté sur ces femmes qui n’ont pas fait que partager leur vie. Certaines furent leurs femmes ou leurs maîtresses et parfois simplement leurs modèles, mais toutes les ont marqués grâce à ce qui émane d’elles, à ce qu’elles pensent ou à ce qu’elles sont. Cette sélection d’une quarantaine de peintures et sculptures montre combien ces femmes sont agissantes dans l’ombre ou la lumière au point que l’œuvre en porte la marque.

James Tissot, Henri Fantin Latour, Paul Signac, Henri de Toulouse-Lautrec, Félix Vallotton, Édouard Vuillard, Henri Manguin, Maurice Denis, Auguste Renoir.

Toutes les femmes ne sont pas faites pour devenir femmes de peintres […].” Vincent Van Gogh, 1882

Elles sont épouses, compagnes, maîtresses, modèles de peintres. Dans l’intimité tendue et fragile qui unit le peintre à son sujet, le souvenir de ce qu’ils sont, leurs secrets et la mémoire de leur histoire se conjuguent pour donner naissance à l’œuvre, la représentation de celle qui désormais vit sur la toile. À la fin du XIXe siècle, les impressionnistes comme les post-impressionnistes et les nabis ont renouvelé leur regard sur la muse qui n’était alors qu’une figure abstraite issue de l’histoire antique et dont le rôle se limitait à une certaine passivité. Désormais son image s’émancipe de cette histoire alors que sa présence devient de plus en plus nécessaire et agissante dans l’œuvre de l’artiste.

Henri Manguin, Henri Lebasque, Charles Camoin, Marc Chagall, Jules Pascin, Aristide Maillol, Édouard Vuillard

Muses et inspiratrices permettent à l’artiste d’aller au-delà de lui-même, de chercher aux confins de la création des liens secrets qui se nouent entre eux, permettant ainsi à l’œuvre de gagner une puissante aura. La muse, l’inspiratrice, est solidement liée au peintre, au sculpteur, par l’amour et la passion et parfois par les liens du sang comme chez Lebasque ; elle est celle par qui l’artiste cherche à percer les secrets de la peinture. Jeanne, Marthe, Nono, Lola, Dina ou Bella, par leur position de femme ou de modèle d’artiste, ont été celles qui ont soutenu dans l’ombre et parfois dans la lumière les hauts et bas de la création. La puissance de leur personnalité « participe au déclenchement de l’inspiration poétique ou artistique autrement dit du désir ; le désir de créer et le désir au sens propre […] » déclare la philosophe Vannina Micheli-Rechtman. Souvent par-delà la mort, comme pour Chagall et Bella, Bonnard et Marthe, le souvenir de leur présence inaltérable ne s’efface jamais, se glissant toujours dans leur œuvre en échappant à toute idée de représentation.

Pablo Picasso, Pierre Bonnard, Henri Matisse, Alberto Giacometti

« le charme d’une femme peut révéler beaucoup de choses à un artiste sur son art. » Pierre Bonnard, non daté

Dans l’euphorie des années 20 et celles de l’après-guerre, les exemples sont nombreux et variés d’artistes vivant une ou plusieurs passions amoureuses dont les effets sont visibles dans leurs œuvres. Artistes et muses deviennent alors des incontournables de la scène culturelle qui se joue en duos.
À la fois guide et « garde-fou » du génie des peintres, ces femmes eurent une influence décisive sur leur œuvre en les hissant toujours plus haut. Par elles se formalisent des changements radicaux, naissent des périodes ou des styles. La muse moderne devient agissante. De Matisse, Picasso, Dalí ou Bonnard, chacun a déclaré plus ou moins directement l’importance d’avoir une inspiratrice, une femme avec laquelle ils entretiennent une complicité au-delà même de la passion qui les unit. À commencer par Bonnard qui déclare que « le charme d’une femme peut révéler beaucoup de choses à un artiste sur son art. » Torturé entre sa passion pour Renée et son attachement indéfectible à Marthe, sa peinture se nourrit de sa mélancolie pour donner naissance à ses Nus au bain, à l’espace dilaté, irradiant de lumière comme pour exorciser une absence trop pesante. Pour Matisse, Lydia qui est le modèle essentiel de ses dernières années a déclaré à son sujet :  « Quand Lydia Delectorskaya s’approche je suis guéri. » Elle entraîne le peintre dans un univers enchanté et l’ovale de son visage ou la profondeur de son regard font naître des œuvres épurées ou au contraire d’une grande richesse chromatique (Portrait au manteau bleu).

De son côté, l’œuvre de Picasso est visiblement marquée tout au long de sa vie par la présence successive de ses passions amoureuses qui habitaient tour à tour ses tableaux au point qu’à chacune correspond une période et qu’une image lui est associée ; Dora est l’éternelle femme qui pleure, alors que les rondeurs de Marie-Thérèse provoquent le renouveau de sa sculpture, Françoise est la femme-fleur alors que Jacqueline est celle aux mains croisées. Au-delà même de ces représentations, son travail évolue sur une trajectoire que seul le peintre a décidé.

Dali ira encore plus loin quand il évoque sa dette à sa femme Gala qui est par sa personnalité aussi célèbre que lui : il avoue sans complexe que « c’est Gala qui m’a fait exister. »

Photo : Pierre Bonnard, Nu dans le bain, ou Nu à la baignoire, 1937 Paris, musée d’Art moderne de la Ville de Paris © RMN/Agence Bulloz

Inspirantes Inspiratrices : Passions croisées
Exposition du 7 juillet au 4 novembre 2018

musée Bonnard
16, Boulevard Sadi Carnot
06110 Le Cannet

museebonnard.fr

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