Brigitte Manoukian : Une nouvelle photographique et littéraire qui s’inscrit dans les soubresauts du Liban. Texte : Chaza Charafeddine
Le Liban fait partie de l’histoire familiale de Brigitte Manoukian : ses grands-parents, partis de leur village arménien, sont passés par Alep, puis Beyrouth et sont arrivés à Marseille. Les trois séries exposées composent un ensemble dans lequel les traces ont une place essentielle : » Les fils de Burj Hamud » présente les murs du quartier arménien de Beyrouth comme supports mémoriels et témoins d’une histoire riche et bouleversée ; » Nayla « , série plus intimiste, nous déplace à l’échelle des femmes et des hommes qui restent et résistent malgré tout ; le corpus « Baalbek-Beirut » est un travail entamé depuis quelques années sur les ruines symboles de mort et de vie, de destruction et de résistance. Les photos céramiques qui accompagnent les photographies sur les murs renforcent, dans une autre dimension, le propos sur cette traversée chaotique du temps et des territoires et elles deviennent ainsi de nouvelles traces qui résistent…
Nayla
Nayla habitait le secteur de Furn el-Hayek à Beyrouth au coeur d’Achrafieh. Nayla était la seule résidente d’un immeuble en ruine qu’elle occupait depuis son mariage. Elle était veuve et avait perdu un fils pendant la guerre civile. L’autre était parti en Russie et avait épousé une Russe. Brigitte Manoukian lui a rendu visite à trois reprises, avant qu’elle ne décède. L’électricité fonctionnait par intermittence, les vitres des chambres qu’elle n’occupait pas avaient été soufflées par l’explosion du port, elle n’avait pas l’argent pour réparer. Elle la recevait chez elle avec sa chemise en nylon à peine décente pour une femme de son âge, ou son pull mité, et toujours ses yeux clairs et lumineux ; elle lui a racontée son histoire qui s’inscrit dans l’histoire tourmentée du Liban. Lors de sa dernière visite, l’immeuble était bouclé mais il n’était pas détruit. Nayla est décédée trois mois apres son déménagement. « Nayla » est une nouvelle photographique et littéraire. La série photographique est le récit de cette rencontre car il fallait que Brigitte Manoukian laisse une trace, trace que son amie Chaza Charafeddine accompagne de son écriture tout aussi claire et lumineuse que les yeux de Nayla dans le livre dont le titre porte le prénom de cette dernière, publié tout recemment par Arnaud Bizalion Editeur.
Baalbek-Beyrouth
Dans la continuité de sa démarche autour des « traces », Brigitte Manoukian a entamé depuis trois ans un travail sur les ruines de Baalbek, citadelle romaine et de Beyrouth, capitale d’un État qui peine à exister, palimpseste d’une histoire riche et bouleversée jusqu’à ce jour. Comme si l’actualité devait servir son propos, le Liban connait une crise de plus, une guerre qui, à nouveau, produit son cortège de souffrances. Et de ruines. Bon nombre de Libanais réfutent aujourd’hui la notion de résilience qui invite à une sorte de fatalisme et/ou de désengagement des responsables. Préférons-lui alors celle de résistance. Les ruines sont à la fois les traces des sursauts de l’histoire, de l’usure du temps et elles sont aussi des traces de résistance au temps, aux crises. Elles sont tout autant symbole de mort et de vie, les ruines disent ce qui est tombé (ruere : tomber) mais aussi ce qui reste. Cette série associe photographies et photo céramiques. En collaboration avec l’atelier Buffile, atelier de céramistes d’Aix en Provence, Brigitte Manoukian réalise des objets utilisant les procédés de photo céramique (sérigraphie et chromo céramique avec l’usage de pigments et d’oxydes adaptés). Formes, choix des images, couleurs, type de terre sont au service du propos et accompagnent la série photographique dans une autre dimension.
Brigitte Manoukian
Brigitte Manoukian vit à Aix-en-Provence. Enseignante, géographe, formatrice, elle est une arpenteuse de terrain, observatrice des autres et de l’ailleurs. Elle choisit la photographie après un apprentissage en autodidacte, deux années de cours en école d’art et différents workshops. La photographie est son outil privilégié pour interroger les territoires et les sociétés qui les modèlent et sa démarche s’inscrit dans une exploration de l’image comme support narratif sous de multiples formes en s’ouvrant à des approches plasticiennes, ainsi qu’aux livres d’artiste. Brigitte Manoukian a reçu le Prix Polyptique à Marseille en 2021. Ses travaux ont été exposés à la Galerie Sit Down (Paris), et dans différents festivals en France et à l’étranger. Brigitte Manoukian est accompagnée et représentée par l’agence révélateur.
BRIGITTE MANOKIAN
« Trilogie libanaise »
Du 3 septembre au 7 octobre 2026
Maupetit Côté Galerie
142 La Canebière – 13001 Marseille
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