Photographies japonaises de la Bibliothèque nationale de France. 1945-2025 Scènes, signes, sensations : Organisée dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la naissance de la photographie, l’exposition retrace, à travers 300 œuvres — dont 250 tirages photographiques, majoritairement en noir et blanc, et une cinquantaine d’ouvrages rares issus des collections de la BnF — l’évolution de la pratique photographique au Japon, depuis 80 ans.
Dès la fin des années 1960, la Bibliothèque nationale de France s’est imposée comme l’une des premières institutions occidentales à s’intéresser à la photographie japonaise moderne et contemporaine. Forte déjà d’un remarquable ensemble d’estampes japonaises des XVIIe au XIXe siècles, elle a progressivement élaboré une collection photographique exceptionnelle. Conservé au département des Estampes et de la photographie, ce fonds rassemble près de 4 000 tirages réalisés par quelque 200 artistes et reporters, ainsi qu’une centaine de revues et d’ouvrages emblématiques retraçant l’histoire de la photographie japonaise depuis 1945. Cet ensemble, parmi les plus importants du monde occidental, s’est constitué avec la complicité de photographes japonais installés en France dans la seconde moitié du XXe siècle et devenus les ambassadeurs de l’extraordinaire effervescence créative de leur archipel. La grande exposition présentée à l’automne 2026 rassemblera une centaine d’artistes : des auteurs désormais largement reconnus sur la scène internationale, mais aussi d’autres figures dont les démarches et les styles méritent d’être découverts. Organisée dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la naissance de la photographie, l’exposition retrace, à travers 300 œuvres — dont 250 tirages photographiques, majoritairement en noir et blanc, et une cinquantaine d’ouvrages rares issus des collections de la BnF — l’évolution de la pratique photographique au Japon, depuis 80 ans. L’originalité de la collection photographique japonaise de la BnF réside également dans les grands axes thématiques et esthétiques qui la traversent. Tantôt ancrée dans le réel, à travers des reportages consacrés au monde rural, aux fêtes, aux rituels ou à l’expansion urbaine et économique, tantôt théâtrale, fantaisiste ou poétique, la photographie japonaise accorde une place essentielle aux sensations et aux atmosphères. Elle se déploie dans des œuvres alliant une remarquable simplicité de composition à une grande sophistication de tirage.
Parcours de l’exposition en six sections
Face au réel
La photographie de reportage et son réalisme occupent une place prépondérante dans la production d’après-guerre, comme en témoignent les reportages d’Hiroshi Hamaya, les séries d’Hiromi Tsuchida ou encore celles de Yoko Yamamoto, contribuant à reconstruire un socle national commun où se mêlent résilience après le traumatisme nucléaire, intérêt pour les coutumes ancestrales et aspiration à la modernité.
Étrange quotidien
Les œuvres intimistes, notamment signées des auteurs du courant de la Konpora Shashin tels Shigeo Gochō ou Tokuko Ushioda, produisent dans les années 1960-1980 les instantanés d’une expérience ordinaire. Par la composition, le cadrage ou du fait de rencontres inattendues, la banalité se teinte alors d’étrangeté.
Corps mis en scène
Les mises en scènes théâtralisées dues à Shoji Ueda, Eikō Hosoe et ses élèves ou encore Yuki Onodera et Mami Kiyoshi, dévoilent l’influence de l’univers très visuel des arts du spectacle traditionnels du Japon. Cette partie rassemble un grand nombre de recherches et d’expérimentations photographiques autour de la direction des corps.
Bonjour Paris !
De nombreux photographes japonais présents dans la collection de la BnF ont tourné leur regard vers Paris, comme Ihei Kimura, Yoshi Takata, Keiichi Tahara, Mamoru Sakamoto ou Jun Shiraoka, venus travailler voire vivre dans la capitale française. Ces points de vue, qui oscillent entre curiosité et fantasmes, recherche d’archétypes et rejet de tout exotisme, traduisent les allers-retours féconds entre les deux cultures.
Calligraphies du monde
La figure humaine laisse la place au règne des formes, influencé par l’art oriental de la calligraphie et un minimalisme associant, comme chez Shōmei Tōmatsu, Yasuhiro Ishimoto, Takehiko Nakafuji et jusqu’à Sayuri Ichida, la quête d’une épure et l’excellence des effets de contrastes.
Sensible et impalpable
Se déploie un univers de sensations et d’atmosphères, des paysages ténébreux de Hiroto Fujimoto et Kazuo Amemiya aux portraits d’éléments saisis par Koichiro Kurita et Sayuki Inoue. La recherche d’abstraction sensible, selon une approche artistique de la nature souvent imprégnée du bouddhisme zen, se traduit dans la matérialité des tirages et des ouvrages, entre velouté de nuances et éloge de l’ombre.
Dès la fin des années 1960, la Bibliothèque nationale de France s’est intéressée de façon pionnière à la photographie japonaise moderne et contemporaine. Elle abrite aujourd’hui près de quatre mille épreuves d’environ deux cents auteurs, une centaine de revues et de livres emblématiques de la photographie nippone depuis 1945. Cette collection s’est constituée notamment avec la complicité de photographes japonais venus s’installer en France, ambassadeurs de l’effervescence créative de l’archipel. Cet ensemble réunit à la fois des auteurs et autrices désormais largement reconnus à l’échelle internationale et bien d’autres dont l’œuvre reste à découvrir. L’originalité de cette collection tient aux lignes thématiques et esthétiques qui la sous-tendent et structurent ce parcours. À travers des reportages réalistes, des œuvres intimistes, des mises en scènes théâtralisées, l’exposition témoigne de regards marqués par les traumatismes de l’Histoire, comme d’une tension entre société et individu, culture ancestrale et aspiration à la modernité. Au cœur du parcours, la vision de Paris par certains photographes japonais montre des allers-retours féconds entre deux cultures, faits de curiosité et de fantasmes. Enfin, la présence humaine laisse place au règne des formes, influencé par la calligraphie et le minimalisme, puis à des univers de sensations et d’atmosphères. Cette double quête d’abstraction et de sensible s’y traduit jusque dans la matérialité des tirages, entre velouté des nuances et éloge de l’ombre.
Légendes et crédits (de bas en haut et de gauche à droite)
-Shōji Ueda, Paysage de dunes avec ma femme, série Sable et dunes, 1948-1955 © Shōji Ueda BnF, Estampes et photographie
-Shigeo Gochō, Familiar Street Scenes 3, 1978-1979 © Estate of Shigeo Gochō, courtesy MEM, Tokyo / Cliché BnF BnF, Estampes et photographie
-Toshiko Hashimoto, Sensui, 2018 © Toshiko Hashimoto BnF, Estampes et photographie
-Hiromi Tsuchida, série Party : Roppongi, Tokyo, young women disguised as men, 1980 © Hiromi Tsuchida BnF, Estampes et photographie
-Toshio Shibata, Nishimera Village, Miyazaki Prefecture, 2014 © Toshio Shibata / Cliché BnF BnF, Estampes et photographie
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