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Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques

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4 Dans ce cadre, La Manufacture présente l’exposition : Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques
4 Dans ce cadre, La Manufacture présente l’exposition : Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques

Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques. Pensée comme une exposition de référence autour de l’histoire du travail féminin, elle interroge la manière dont les sociétés des XIXe et XXe siècles ont représenté, organisé, mais aussi invisibilisé, les activités exercées par les femmes.

Réouverte en 2025 après plus de vingt ans de fermeture, La Manufacture du Haut Beaujolais s’impose aujourd’hui comme un nouveau lieu culturel et touristique du territoire. Installée au cœur d’un ancien site industriel textile emblématique, elle porte une ambition forte : préserver et transmettre l’histoire industrielle locale tout en développant une programmation culturelle ouvert Pensée comme une exposition de référence autour de l’histoire du travail féminin, elle interroge la manière dont les sociétés des XIXe et XXe siècles ont représenté, organisé, mais aussi invisibilisé, les activités exercées par les femmes.

À travers des œuvres d’art, objets ethnologiques, archives et dispositifs pédagogiques, l’exposition met en lumière une réalité longtemps minorée : les femmes ont toujours travaillé. Travail domestique, agricole, textile, industriel, administratif ou lié au soin des autres : leur contribution a pourtant souvent été considérée comme secondaire, naturelle ou simplement « aidante », sans véritable reconnaissance économique, sociale ou symbolique.

L’exposition est ainsi construite comme une invitation à découvrir l’histoire du travail des femmes et ses représentations, à travers des œuvres artistiques majeures, expliquées dans le fascicule de visite de l’exposition. L’exposition s’inscrit dans le cadre de l’opération nationale « 100 œuvres qui racontent le travail », portée par le musée d’Orsay à Paris. Ce partenariat exceptionnel permet à La Manufacture du Haut-Beaujolais d’accueillir plusieurs œuvres issues des collections nationales, mises en dialogue avec d’autres prêts provenant de musées partenaires comme le musée Paul-Dini à Villefranche-sur-Saône ; le musée des Ursulines à Mâcon ; le Panoptique d’Autun – musée Rolin à Autun ; le musée Alice Taverne à Ambierle ; le musée de la Vallée à Barcelonette ; le musée Petit à Limoux ou encore le musée Barthélemy Thimonnier à Amplepuis.

L’exposition repose sur un constat historique simple : le travail des femmes a longtemps été invisibilisé. Pendant des siècles, une partie importante de leurs activités n’a pas été reconnue comme du vrai travail, notamment lorsqu’elle s’exerçait dans la sphère domestique ou familiale. Tenir un foyer, élever des enfants, laver le linge, transformer les produits agricoles, réparer des vêtements ou prendre soin des proches apparaissaient comme des activités naturelles, liées à la condition féminine.

Pourtant, ces tâches représentaient un travail physique, un engagement quotidien, un savoir-faire transmis et également un pilier essentiel du fonctionnement économique et social. Cependant, la vision productive du travail ne reconnaissait pas ces activités comme un véritable travail. Elles demeuraient ainsi largement invisibilisées, faute d’être considérées comme telles. L’exposition montre alors comment certaines de ces activités ont progressivement été professionnalisées :

• domesticité ;
• blanchisserie ;
• couture ;
• secrétariat ;
• soins ;
• enseignement ;
• travail industriel ;
• services.

Mais même salariées, ces professions sont longtemps restées moins reconnues, moins qualifiées et moins rémunérées que les métiers masculins.

Par ailleurs, ces professions sont très souvent réalisées à domicile. Ces activités peuvent être réalisés pour le compte d’un négociant ou d’une entreprise, on les appelle alors des ouvrières en chambre, mais aussi de manière plus informelle pour des voisins ou des connaissances. Dans la région du Haut-Beaujolais, ces tâches sont très souvent liées au textile : couture, broderie, confection, ravaudage… Elles sont payées à la pièce et utilisent leur propre matériel. Ce mode de production permet de concilier activité rémunérée et obligations domestiques. Présenté comme une solution flexible, protégeant les femmes des perversions de l’usine, il masque toutefois une forte précarité : faibles revenus, absence de protection et journées sans limite.

UNE LECTURE CROISÉE ENTRE HISTOIRE DE L’ART ET ETHNOLOGIE

L’originalité de l’exposition repose sur la rencontre entre deux approches complémentaires : L’histoire sociale et ethnologique À travers les objets, outils et archives, le visiteur découvre les réalités concrètes du travail féminin : gestes, rythmes, pénibilité, organisation du quotidien, transmission des savoir-faire.

L’histoire de l’art

Les œuvres permettent d’analyser la manière dont les artistes représentent les femmes au travail, mais aussi les valeurs et imaginaires d’une époque. L’histoire de l’art révèle ainsi les hiérarchies sociales, les rôles genrés, les représentations du corps féminin et la valorisation (ou l’effacement) de certaines activités. Les œuvres exposées ne racontent donc pas seulement le travail : elles montrent aussi comment la société regarde ce travail.

LE PARCOURS DE L’EXPOSITION

Le parcours s’organise autour de plusieurs grandes thématiques. 1. Le travail domestique : un travail invisible Le rôle des femmes a longtemps été associé à la sphère domestique. Cuisine, linge, entretien du foyer, soin des enfants ou des proches : ces activités indispensables au fonctionnement de la société restent pourtant sans véritable reconnaissance économique ou juridique.

À travers œuvres, objets et regards historiques, l’exposition interroge notamment :

• le mythe de la femme au foyer, apparu au XIXe siècle ;
• la notion de travail reproductif, nécessaire à la reproduction sociale et économique ;
• le travail du care, lié aux activités de soin et d’attention aux autres ;
• ainsi que les frontières souvent floues entre rôle social, aide familiale et véritable travail.

2. Du bénévolat à la professionnalisation

Les tâches longtemps considérées comme naturellement féminines deviennent progressivement salariées. La domesticité en est un exemple central : bonnes, femmes de chambre ou employées de maison constituent un important secteur d’emploi féminin. Avec le recul de la domesticité dans les sociétés industrialisées, les trajectoires professionnelles féminines évoluent. Les femmes se dirigent vers de nouveaux métiers liés aux soins d’autrui : éducation, santé, assistance au quotidien… Ces activités prolongent souvent des tâches déjà exercées dans la sphère privée. Le développement d’une économie de services, ou tertiarisation, favorise l’essor de nombreux métiers occupés par des femmes. Elles y sont très largement présentes et restent, dans une certaine mesure, au service des autres. Ces emplois souvent associés à des compétences jugées évidentes et peu reconnues comme techniques, font l’objet d’une valorisation et d’une rémunération plus faibles, prolongeant la moindre reconnaissance historique des activités féminines.

3. L’entrée des femmes dans l’usine

Avec l’industrialisation, les femmes intègrent massivement les ateliers et les usines. Dans l’industrie textile notamment, elles constituent une part essentielle de la main-d’œuvre. Mais cette nouvelle visibilité du travail féminin ne signifie pas pour autant égalité ou émancipation puisqu’elle s’accompagne de fortes inégalités salariales, d’une hiérarchie sexuée des tâches et d’une faible reconnaissance des compétences techniques féminines. L’exposition explore aussi la relation ambivalente entre femmes et machines : outil d’émancipation pour certaines, instrument d’exploitation pour d’autres.

Le linge et les savoir-faire textiles :

Le textile occupe une place centrale dans l’histoire du travail féminin et dans l’économie du Haut-Beaujolais. L’exposition explore les nombreuses activités liées au linge et au vêtement, de la couture au raccommodage, en passant par les blanchisseries, le travail à domicile ou encore l’essor de la machine à coudre au tournant du XXe siècle. Elle met en lumière la manière dont ces savoir-faire, longtemps exercés dans la sphère domestique et considérés comme des qualités naturelles féminines, deviennent progressivement de véritables activités économiques structurées. Entre travail invisible, artisanat et industrialisation, le textile apparaît ainsi comme un espace révélateur des évolutions du travail des femmes et de leur place dans la société.

4. Les femmes paysannes : les « plus silencieuses des femmes »

Le parcours consacre également une large place au monde rural. Longtemps considérées comme de simples aides familiales, les femmes paysannes occupent pourtant un rôle central dans l’économie agricole : soins aux animaux, travaux des champs, potager, vente, transformation alimentaire, gestion domestique. Cette pluralité d’activités reste largement absente des récits historiques traditionnels.

ENTRE INVISIBILISATION ET RECONNAISSANCE DU TRAVAIL FÉMININ

Au fil du parcours, l’exposition met en lumière les mécanismes historiques qui ont contribué à invisibiliser le travail des femmes. Elle montre comment certaines compétences ont longtemps été perçues comme naturelles et donc moins reconnues, comment le travail féminin a souvent été assimilé à une simple aide plutôt qu’à une véritable activité professionnelle, ou encore comment les métiers et les espaces sociaux se sont construits selon une répartition fortement genrée entre hommes et femmes. L’exposition interroge également les conséquences durables de ces représentations sur notre société contemporaine : la sous-valorisation persistante des métiers du soin et du service, les écarts de rémunération, la faible visibilité statistique de certaines activités féminines ou encore le manque de reconnaissance symbolique accordé à des professions pourtant essentielles. Au-delà du regard historique, le parcours fait ainsi écho à des questionnements toujours actuels autour de la place, de la reconnaissance et de la valeur du travail des femmes dans nos sociétés.

UN TERRITOIRE TEXTILE AU CŒUR DU RÉCIT

Dans le Haut-Beaujolais, territoire à la fois rural et industriel, les sources locales demeurent fragmentaires et les traces laissées par les femmes sont rares, comme souvent. L’exposition propose donc de croiser ces indices avec les apports de l’histoire sociale et de restituer, autant que possible, les activités des femmes du territoire aux XIXe et XXe siècles, en les replaçant dans un contexte national. Elle invite à interroger les frontières du travail et les constructions sociales qui en déterminent la reconnaissance.

L’industrie textile dans le Haut-Beaujolais

Pendant des décennies, l’industrie textile a structuré le territoire et façonné son développement économique et social. Les femmes y ont occupé une place essentielle en tant qu’ouvrières, couturières, blanchisseuses, employées ou encore travailleuses à domicile.

En valorisant cette mémoire industrielle, La Manufacture du Haut-Beaujolais contribue à préserver les savoir-faire qui ont façonné l’identité du territoire et à transmettre une histoire sociale longtemps restée dans l’ombre. À travers cette exposition, le patrimoine textile local est ainsi replacé dans une lecture contemporaine, en résonance avec les enjeux actuels liés au travail, à la mémoire et à la place des femmes dans l’histoire économique et sociale.

Femmes à l’ouvrage, entre gestes et regards artistiques
Exposition du 3 juin au 20 décembre 2026.

La Manufacture du Haut-Beaujolais
route des Couvertures,
69240, Thizy-les-Bourgs

https://www.lamanufacture.hautbeaujolais.fr/