Gilbert et George : « deux personnes mais un seul artiste »

Gilbert et George

Gilbert Proesch (1943 ) et George Passmore (1942), dits « Gilbert et George », s’exposent et exposent à la galerie Thaddaeus Ropac. Artistes et galerie à ne pas manquer.

Pantin, un samedi après-midi, vue imprenable sur l’autre côté du périf’. Drôle d’endroit pour une galerie ? a-t-on entendu dire et redire depuis l’ouverture, en 2012. Mais, c’est ici, chez Thaddaeus Ropac, que Gilbert et George, duo d’artistes hors normes, exposent ou plutôt s’exposent. Le terme à la forme pronominale est, dans leur cas, plus juste. Les artistes ayant toujours joué de leur image, la mettant en scène jusqu’à l’ériger en signature. La lourde porte franchie, le lieu, site d’une ancienne usine de chaudronnerie de 4.700 mètres carrés, soit 2.000 mètres carrés de surface d’exposition, révèle tout son potentiel. Espace ouvert où l’œil circule jusqu’à l’entrée de la galerie principale. Le lieu est minimaliste, structures métalliques et matériaux bruts formant le lieu idéal aux œuvres de grands formats.

Gilbert et George commence leur collaboration à la fin des années soixante dans le Swinging London, se présentant alors sous la forme de « sculptures vivantes ». Artistes-œuvres, ils inscrivent leur démarche artistique dans cette fusion de l’art et de la vie, terrain d’élection des « performers » de ces années-là. Après avoir réalisé « Living Sculptures » puis « Singing Sculptures », ils investissent l’espace photographique pour leurs compositions. A travers leurs œuvres, ils abordent des thèmes religieux, sexuels mais toujours avec un regard sociétal, politique et moral, pointant de leur index peurs et préjugés.

L’exposition se pose clairement dans la droite ligne de ces thèmes. « Bouc émissaire », un titre qui en dit déjà long. Les photos aux très grands formats sautent à la face de celui qui les regarde, le happant littéralement jusqu’à l’engloutir dans un univers instable. Couleurs réduites à quelques primaires, rouge et jaune, n’en rajoutent que davantage au propos choc : violence d’une société qui rejette l’autre et qui pour justifier cet ostracisme se crée des « boucs émissaires ». Depuis la nuit des temps, l’étranger, celui qui porte l’étrange, le différent, le pas-d’ici, le pas-pareil est chargé de cette symbolique de porteur de tous les péchés et cause de tous les maux. Aujourd’hui, c’est des rues de leur quartier londonien, l’East London où ils vivent et travaillent depuis des années, que les deux artistes tirent leurs images. Mêlant leur autoportrait, dans cet environnement, à des images de bombes. A des visages d’ados aussi, des gosses de ces quartiers métissés par les diverses immigrations. Des femmes voilées, des images éclatées, éparses, aux symboles multiples et polysémiques, aux messages contradictoires qui se heurtent, comme cette société qui se déchire et dont les artistes se font les porte-images.

Interrogeant la paranoïa, l’islamophobie ou la culture white trash.

Le message interrogeant l’islamophobie, le repli sur soi d’une culture « white » se croyant en perte de repères, la paranoïa qui en découle, est complexe et ambigu. A l’image du duo qui, du haut de ses 143 années additionnées, porte un regard acéré et sans cesse renouvelé sur le monde environnant. « Nous avons voulu exprimer le climat d’aujourd’hui. Le maintenant », disent-ils. « Notre époque traverse une guerre moderne, une guerre de valeurs. Et nous avons inventé une nouvelle forme pour en parler. »

Toujours provocateurs sous des dehors de « messieurs costard-cravate so british », ces deux trublions incontournables de la scène artistique contemporaine balancent leurs slogans-chocs dans leurs compositions : « Bannissons la religion », « Chions sur les dogmes » et racontent une époque à deux doigts de sombrer dans l’obscurantisme. Laetitia Lormeau pour artsixMic

 

copyright Gilbert & George / Galerie Ropac 2013-2014

Gilbert et George

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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