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Génération 40 : Les jeunes et la guerre au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation

Génération 40

L’exposition Génération 40 : Les jeunes et la guerre dresse le portrait d’une jeunesse multiple, transformée par l’expérience de la guerre et de l’Occupation.

Fruit d’un vaste travail de recherche et de collecte – comprenant témoignages directs mais aussi objets – l’exposition Génération 40. Les jeunes et la guerre vise à dresser le portrait d’une classe d’âge, les « J3 », qui vécurent leur adolescence ou l’entrée dans l’âge adulte au cours des quatre années de l’Occupation.

Au-delà des engagements de certains, les jeunes qui vivent les épreuves de l’Occupation et de la Collaboration composent un groupe hétérogène, dans lequel chacune et chacun ont conscience d’appartenir à une classe, un milieu social déterminé. Jeunesse populaire et jeunesse bourgeoise ne se côtoient guère, quand la séparation des sexes paraît aller de soi, idée entretenue par la Révolution nationale portée par le gouvernement de Vichy.

Les jeunes et la guerre
Les jeunes et la guerre © Pierre Jamet

Avec la défaite et l’avènement du régime de Vichy, la population est classée en différentes catégories d’âge et de profession à partir du 29 février 1940 : E (enfants de moins de 3 ans) J (enfants et adolescents) A (adultes) T (travailleurs de force) C (travailleurs agricoles) V (personnes âgées) Pour prendre en compte les besoins spécifiques des enfants et des adolescents, la catégorie J est rapidement divisée en J1 (3 à 6 ans), J2 (6 à 12 ans) et, à partir de juin 1941, en J3 (13 à 21 ans). « J3 » devient ainsi l’expression consacrée pour désigner, de façon parfois péjorative, la jeunesse sous l’Occupation.

Si, pour beaucoup de Français, la guerre devient une réalité avec la défaite militaire de mai-juin 1940, elle se manifeste pour les plus jeunes par un déracinement. L’exode de plusieurs millions de personnes constitue pour les enfants et les adolescents, qui l’ont vécu ou en ont été les témoins, un véritable traumatisme. À Lyon, l’afflux de population provoqué par l’exode est perceptible dans les effectifs des classes dès la rentrée 1940. Cependant l’essentiel des adolescents n’est pas scolarisé, la majorité d’entre eux quittant l’école à 14 ans à l’issue du certificat d’études primaires, pour entrer dans le monde du travail, en tant qu’apprentis ou salariés. Seuls 3% des jeunes vont alors au lycée.

QUELLE JEUNESSE À L’AUBE DE LA GUERRE ?

Adolescents ou jeunes adultes nés dans les années 20 et 30, les jeunes de 1940 furent élevés à la fois dans le souvenir de leurs aînés – pour beaucoup sacrifiés durant le premier conflit mondial – et dans le rêve d’une paix perpétuelle, de la «Der des Ders». La crise économique des années trente et la prise de conscience de la montée des périls en raison des totalitarismes avaient pourtant déjà bouleversé les conditions de vie de ces jeunes, conduisant les plus âgés à s’engager dans différentes batailles sociales et politiques. Jeunesse communiste, jeunesse ouvrière chrétienne, jeunes syndicalistes de la CGT constituaient déjà à l’aube de la Seconde Guerre mondiale des groupes organisés, qui resteront riches de l’expérience de la lutte et de la contestation. Le Front populaire et les lois sociales de 1936 avaient également fortement impressionné la jeunesse des milieux populaires. Les congés payés, l’essor des auberges de jeunesse et les prémices d’une société de loisirs venaient compléter l’offre des mouvements de l’entre-deuxguerres. Ajistes, scouts, éclaireurs, mouvements d’action catholique permettaient alors, et pour la première fois peut-être, aux jeunes de s’affirmer de façon autonome.

LE FIL ROUGE DU JOURNAL DE DENISE DOMENACHLALLICH

Au travers d’un parcours qui prend pour fil rouge le journal intime d’une jeune fille – Denise Domenach-Lallich, 15 ans en 1939 – Génération 40 dresse le portrait d’une jeunesse particulière et contrastée. Une jeunesse qui eut à vivre la « drôle de guerre », l’exode, la Révolution nationale du maréchal Pétain, les Chantiers de la jeunesse, le Service du travail obligatoire (STO), la Libération et l’après-guerre. Élèves, étudiants, jeunes ouvriers, jeunes agriculteurs, issus de classes aisées ou populaires composaient en 1940 un groupe hétérogène, celui d’une jeunesse alors soumise à d’incessants mots d’ordre et sollicitations, appelée à être transformée par l’expérience de la guerre et de l’Occupation. Documents, photographies, journaux et lettres de personnages célèbres (Hélène Berr, Guy Môquet) ou anonymes ainsi que témoignages audio récemment collectés révèlent ce qu’impliquait le fait d’être jeune au cœur d’une période aussi troublée. Ils permettent de saisir les réalités complexes vécues par cette génération, d’entendre la singularité de leurs expériences.

Denise Domenach-Lallich, 16 ans en 1940 « J’ai les jambes en capilotade parce que je suis allée au palais de la Foire pour recevoir les réfugiés. (…) Beaucoup d’enfants sont séparés de leurs parents et ignorent totalement où ils sont. Ils ont fui de la Belgique, du Luxembourg ou du nord de la France avec précipitation et sous le feu des mitrailleuses allemandes qui les harcelaient sans cesse. »

Dès l’été 1940 sont créés, au sein du ministère de la Jeunesse et de la Famille, un secrétariat général à la Jeunesse, ainsi qu’un commissariat général à l’Éducation physique et aux Sports. Jeunesse et sport, garants d’une population saine et robuste, apparaissent donc clairement comme une priorité du régime de Vichy. Comme pour tout régime autoritaire, le gouvernement de Vichy fait de la jeunesse un enjeu politique. « C’est dans la jeunesse que nous avons mis tous nos espoirs », lance le maréchal Pétain (84 ans) qui entend agir sur la formation morale, civique et professionnelle des jeunes pour mieux contribuer à la régénération et au redressement de la France. Pourtant nombreux sont ceux qui refusent alors cette mainmise sur la jeunesse.

Jeanine Peysson, 17 ans en 1940 « On était alignés et on chantait « Maréchal, nous voilà », c’était bête! Impossible de supporter ça. Alors, je me cachais aux toilettes, tous les lundis matins. »

Les Chantiers de la jeunesse française naissent officiellement le 31 juillet 1940 et deviennent une institution d’État par la loi du 18 janvier 1941. Il s’agit dans un premier temps, pour les autorités militaires françaises, de regrouper et contrôler un double contingent : celui des soldats démobilisés et des jeunes appelés de juin 1940, soit un peu plus de 90000 hommes. De solution temporaire, les Chantiers deviennent bientôt un service civil obligatoire. Chaque citoyen français âgé de 20 ans résidant en zone non occupée a l’obligation d’effectuer un stage de 8 mois dans les Chantiers. Pour beaucoup des 400000 jeunes qui effectueront leur formation entre 1940 et 1944, la vie aux Chantiers, peu confortable, est synonyme de travaux éreintants.

Dans le contexte de Révolution nationale, presse, radio et cinéma sont accusés de saper les fondements de la morale. Les bals du dimanche sont interdits par Vichy comme par les Allemands, au prétexte des troubles que peuvent engendrer tout rassemblement. Parallèlement à cette censure, les associations de scouts, laïques et confessionnelles, comme l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et les associations parallèles issues de milieux sociaux différents (JEC, JAC, etc.) attirent un nombre croissant de jeunes. Puissants facteurs d’intégration sociale, elles leur permettent de s’affirmer de façon autonome et dessinent une communauté d’âge, qui existe en dehors du projet politique de Vichy. Les activités sportives, les sorties culturelles et notamment le cinéma, qui fait salle comble tout au long de la période, offrent d’autres opportunités de rencontres entre jeunes.

Le travail contraint s’inscrit dans une logique d’exploitation organisée de l’économie française par l’occupant. Avec les prélèvements financiers, agricoles et industriels, l’exploitation de la main-d’œuvre est au cœur des tractations entre le Reich et le gouvernement de Vichy. Or les besoins allemands sont immenses comme l’indique les 250000 hommes réclamés par le Gauleiter Fritz Sauckel à la France en mai 1942. Ces exigences conduisent bientôt Vichy à instaurer la loi du 16 février 1943, assujettissant tous les jeunes Français nés entre 1920 et 1922 à un service du travail obligatoire en Allemagne. Avec l’instauration du STO prennent fin les efforts de propagande pour encourager au départ en Allemagne. En photographiant cette affiche placardée sur les murs de Lyon, André Gamet livre un rare témoignage de la campagne inaugurale de recensement. Sur l’ensemble du territoire et de la période, 650000 jeunes sont concernés par la loi. L’humour, l’esprit de camaraderie et l’amitié seront essentiels pour beaucoup de ces jeunes requis qui vivront durement la séparation d’avec leur famille. Ce ressenti s’accompagne souvent d’un sentiment d’inutilité et d’impuissance à aider les proches restés en France.

L’armée des ombres

« L’armée des ombres est une armée d’enfants» écrit Daniel Cordier pour saluer l’importante présence des jeunes dans le phénomène très minoritaire qu’est la Résistance française. Les étudiants y jouent un rôle souvent remarquable, mais ne représentent qu’une frange minime de la jeunesse. Écoliers, étudiants, ouvriers, paysans, employés, leurs réactions et engagements adoptent des formes variées qui sont celles de leur classe d’âge et de leur milieu. Les jeunes jouent ainsi un rôle déterminant dans la lutte armée, réalisant sabotages ou coups de mains pour le compte des mouvements ou réseaux. Le Parti communiste crée les premiers groupes de guérilla, bientôt appelés Francs-tireurs et partisans français (FTP), qui recrutent largement au sein de la jeunesse communiste.

Albert Thévenon, 21 ans en 1943 « Je suis volontaire, je viens lutter aux côtés de mes frères d’Afrique, de mes frères qui résistent à l’intérieur de cette France que nous voulons faire renaître. Je fais partie de la France combattante et j’en suis fier. »

La jeunesse paie un lourd tribut à la guerre. Répression et persécution frappent les jeunes pour ce qu’ils font, mais aussi pour ce qu’ils sont. La persécution dont sont victimes les Juifs concerne aussi les enfants et les adolescents. À partir de juin 41, la mention « Juif » est imposée sur les cartes d’identité et, à l’été, un numerus clausus est imposé aux élèves et étudiants juifs dans les établissements scolaires et universitaires. En juin 1942, les Allemands imposent le port de l’étoile jaune en zone occupée dès l’âge de 6 ans. Si la Résistance a parfois commencé comme un jeu, la quête de sens, l’idéalisme, l’esprit de fierté patriotique, l’opposition chrétienne au nazisme et un certain goût de l’aventure ont rendu possible le passage à l’acte des plus jeunes, en toute connaissance de cause du danger. Témoignages poignants de cette jeunesse fauchée sous les balles, les dernières lettres de fusillés rendent compte de leur total engagement.

Les dernières lettres de fusillés rendent compte de la jeunesse et du désir d’absolu de ces combattants. Confiant à ceux qu’il aime ses raisons de vivre et de mourir, le jeune fusillé clame l’amour de sa patrie et fait de sa dernière lettre « une arme ultime pour un combat posthume », comme l’écrit Pierre Laborie. La Résistance organise la collecte et la diffusion de ces lettres. Diffusées clandestinement, reprises dans des écrits clandestins par des poètes, comme Aragon, lues au micro de la BBC par Maurice Schumann, elles sont inlassablement recopiées tout au long de la période.

Partenaire régulier du CHRD, le Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne a prêté un ensemble exceptionnel de lettres de fusillés. Parmi elles, figure la lettre authentique de Guy Môquet, dont l’Histoire ne cesse de réactiver la portée, parfois à des fins politiques. Si en 2007, le ministre de l’Éducation nationale en impose la lecture à tous les lycéens, l’émotion suscitée par cette lettre, et celles d’autres martyrs, a un impact réel dès le moment de leur diffusion. Ainsi, un des groupes FTP les plus actifs de Franche-Comté en 1943, composé essentiellement de jeunes militants de la Jeunesse ouvrière chrétienne s’intitule « Compagnie Guy Môquet », en hommage au jeune résistant communiste fusillé comme otage à Châteaubriant en octobre 1941.

La libération

La libération tant attendue suscite des sentiments contradictoires. L’exaltation des débuts est émaillée de violences que font naître la soif de justice et de vengeance. Mais la joie cède bientôt la place à de lourdes déceptions. L’après-guerre n’orchestre pas la révolution que beaucoup avaient appelée de leurs vœux. Gouvernement et Parlement français se refusent ainsi à abaisser l’âge de la majorité, tout en reconnaissant l’apport décisif des jeunes à la Résistance. Le regard de la société sur les jeunes commence à se modifier sous l’influence du programme du Conseil national de la Résistance, mais la « génération 40 » n’en tirera pas les bénéfices. Les combats menés, débouchant sur une véritable émancipation, ne seront une réalité que pour la génération de leurs enfants.

Denise Domenach-Lallich, 20 ans en 1944 « Je vais avoir 20 ans. Et encore tant de questions sans réponses (…). Par moment, la joie de la libération m’enivre et puis soudain j’ai le sentiment que je marche sur des cadavres. »

UN TÉMOIGNAGE EXCEPTIONNEL

Issue d’une famille juive d’origine alsacienne, Hélène Berr est une jeune parisienne, brillante étudiante à la Sorbonne. Empêchée de passer l’agrégation d’anglais du fait des lois antisémites de Vichy, elle devient assistante sociale bénévole à l’Union générale des israélites de France. À partir d’avril 1942, âgée de 21 ans, elle tient son journal au jour le jour. Ce texte, d’une qualité littéraire exceptionnelle, mêle l’expérience de l’insoutenable et le monde rêvé des lettres, alternant entre l’espoir et le désespoir. Arrêtée le 8 mars 1944, elle est déportée à Auschwitz avec ses parents. Elle survit presque jusqu’au bout à l’épreuve, succombant d’épuisement à Bergen-Belsen, cinq jours avant la libération du camp.

« C’est le premier jour où je me sente réellement en vacances. Il fait un temps radieux, très frais après l’orage d’hier. Les oiseaux pépient, un matin comme celui de Paul Valéry. Le premier jour aussi où je vais porter l’étoile jaune. Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie, et le mal, représentés par cette étoile jaune. […] Mon Dieu, je ne croyais pas que ce serait si dur…» Hélène Berr

Hélène Berr

Génération 40 : Les jeunes et la guerre
Exposition du 15 novembre au 26 mai 2019

Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation
14, avenue Berthelot
69007 Lyon

http://www.chrd.lyon.fr

Génération 40

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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