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Alice au pays des colons : quand le conte rencontre la réalité

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Alice au pays des colons
Alice au pays des colons

Alice, 30 ans, est originaire de Bethléem et possède, fait rare, la nationalité israélienne.

Synopsis : Dans les collines de Bethléem, Alice Kisiya revient chaque jour sur une terre qui appartenait autrefois à sa famille. Malgré ses documents de propriété et sa nationalité israélienne, elle assiste à la disparition progressive d’un lieu où se dressaient la maison familiale et le restaurant de ses parents. Plus au nord, à Madama, Alaa Nasr et les habitants de son village vivent encerclés par les colonies qui gagnent progressivement du terrain autour d’eux.

Alice au pays des colons de Yanis Mhamdi

À travers ces deux trajectoires qui ne se croisent jamais mais se répondent, Alice au pays des colons suit des formes de résistance discrètes et quotidiennes : rester, revenir, protéger une mémoire, refuser l’effacement. Entre l’intime et le politique, le film plonge au cœur d’une réalité où l’absurde n’est plus celui du conte, mais celui d’un quotidien vécu sous la pression permanente de la dépossession.
Alice au pays des colons : quand le conte rencontre la réalité.

Le titre pourrait presque prêter à confusion. À première vue, Alice au pays des colons semble jouer avec l’univers enfantin de Alice au pays des merveilles. Pourtant, l’Alice dont il est question ici n’est pas un personnage fictif traversant un monde imaginaire : c’est Alice Kisiya, une jeune Palestinienne originaire de Bethléem qui se retrouve au cœur d’un combat très réel pour sa terre et sa mémoire familiale.

Le film suit son quotidien et celui d’Alaa Nasr, dans une Cisjordanie où la question des colonies israéliennes n’est pas une abstraction géopolitique mais une réalité vécue au jour le jour. Les « colons » du titre désignent ici les habitants des colonies israéliennes implantées dans les territoires palestiniens occupés, et le film s’attache moins à un débat théorique qu’aux conséquences concrètes que cette situation produit dans la vie ordinaire.

C’est précisément là que le titre devient intéressant. Dans le conte original, Alice tombe dans un univers où les règles semblent absurdes et mouvantes. Dans le documentaire, le renversement est saisissant : l’absurde n’est plus littéraire. Il apparaît dans une réalité où les frontières physiques, juridiques et humaines semblent parfois changer selon celui qui les traverse.

Le réalisateur choisit l’immersion plutôt que l’explication didactique. Pas de cartes surgissant à l’écran ni de démonstrations théoriques interminables. Le regard reste proche des corps, des visages et des espaces. Il montre comment un conflit finit par s’inscrire dans des gestes minuscules : traverser une route, revenir devant une maison perdue, attendre, contourner un obstacle, persister malgré tout.

Le cinéma traite souvent les conflits à travers le spectacle de l’événement : explosions, affrontements, grands discours. Alice au pays des colons emprunte une autre voie : celle de l’intime. Il rappelle que les grandes fractures historiques se déposent aussi dans les détails du quotidien.

Et peut-être est-ce là sa question la plus dérangeante : à quel moment une réalité exceptionnelle devient-elle tellement quotidienne qu’elle finit par sembler normale ?

À la sortie du film, on ne quitte pas seulement une histoire. On quitte une manière de regarder.