Edward Jones
Fils de pasteur, Edward Jones grandit dans le Mississippi. À l’âge de vingt ans, comme des millions d’AfroAméricains, il fuit le Sud où les suprémacistes du Ku Klux Klan font régner la terreur, et s’installe avec sa famille à Chicago. Préférant les affaires aux études, il entre dans l’illégalité en se lançant dans le « Policy business », un jeu contrôlé à l’époque par les noirs. Malgré la récession et la ségrégation, Edward Jones connaît en quelques années une ascension sociale fulgurante. Secondé par ses deux frères, il amasse près de 25 millions de dollars (l’équivalent aujourd’hui de $400M). À la tête d’un gigantesque empire, il crée des milliers d’emplois, aide sa communauté à s’émanciper et contribue à faire basculer la ville de Chicago dans le camp Démocrate. Au sommet de sa gloire, il épouse une danseuse du Cotton Club, amie de Joséphine Baker, et finance sa tournée. Il partage sa table avec les plus grandes stars de l’époque (Joe Louis, Billie Holiday, Louis Armstrong, Cab Calloway, Duke Ellington, Diego Riviera…).
Dans un Chicago où dominent le racisme, la corruption et les systèmes mafieux, sa réussite éclatante dérange de plus en plus. Pourchassé par le gouvernement et la mafia, il est accusé d’évasion fiscale et jeté en prison où il fait une rencontre qui va changer le cours de l’histoire…
Ce documentaire nous plonge dans l’histoire d’Edward Jones où sont réunis tous les ingrédients des films de gangsters, des romans noirs et des grandes fresques hollywoodiennes. La capitale du crime, la grande dépression, la mafia comme contexte. La réussite, l’amour, la gloire, la violence, la corruption, l’exil, la vengeance, le meurtre, la trahison, la prison, le kidnapping comme péripéties. À cela, vous ajoutez la ségrégation et vous obtenez un cocktail très explosif !
Gangster pour les uns, héros pour les autres, qui était vraiment Edward Jones ? Dans le Chicago de l’entre-deux-guerres, ce descendant d’esclaves devient l’un des hommes les plus riches des États-Unis grâce à un jeu illégal qui est à l’origine du loto moderne ! Mais en ces temps de ségrégation, sa réussite et son soutien sans faille à la communauté afro-américaine dérangent…
HARRIET MARIN JONES Scénariste, Productrice, Réalisatrice
Titulaire d’un Bachelor de Visual Media (American University de Washington DC, Magna Cum Laude) et d’un Master de Cinema Studies (New York University), elle réalise au cours de son cursus une dizaine de courts métrages distingués par des prix. Assistante mise en scène sur des longs métrages aux États-Unis et en France, elle s’installe à Paris où elle réalise deux nouveaux courts métrages, avant de s’attaquer à l’écriture et à la réalisation de son premier long métrage, Épouse-moi, distribué par Gaumont, Au fil des années, elle travaille sur divers scénarios, met en scène Impair et Père, la pièce de théâtre de Ray Coooney, ainsi qu’un pilote pour France TV, avant de créer Abélart Productions et de lancer deux plateformes de formations en ligne qui totalisent près de 80 000 apprenants. En parallèle, elle voyage dans plus de 110 pays et écrit deux romans (dont Très à l’Ouest d’Éden, publié par Albin Michel, qui obtient un beau succès). King of Kings : A la poursuite d’Edward Jones, son premier film documentaire financé par ses formations, a récolté 30 prix dans 34 festivals. Sorti en salle aux États- Unis en septembre 2024, il sort en France, une nouvelle fois sous la bannière de Gaumont.
ENTRETIEN AVEC HARRIET MARIN JONES
Vous n’avez probablement jamais entendu parler d’Edward Jones. Et pourtant ce fut l’un des plus éminents et surprenants entrepreneurs afro-américains du 20e siècle à une époque où la discrimination était institutionnalisée. Son destin, étroitement lié au contexte violent de son pays, est aussi épique que sulfureux. Bien avant Barack Obama, cet homme a laissé son empreinte sur Chicago et a ouvert la voie à sa communauté, prouvant qu’il était possible d’échapper au déterminisme selon lequel un homme noir ne peut détenir les clés du pouvoir, qu’il soit financier, social ou politique. En quelques années, Edward Jones est parvenu à donner de l’espoir à toute une génération d’Afro-Américains avant d’être rattrapé par sa couleur de peau. Sa vie est digne d’un grand film hollywoodien. Le fait qu’il soit mon grand-père a rendu le défi encore plus passionnant pour la cinéaste que je suis. Au fil des années, j’ai accumulé d’innombrables anecdotes, extraits de journaux et témoignages révélant la place prépondérante qu’il a occupée à Chicago. J’ai eu accès à des photos et documents extraordinaires. Tout cela m’a permis de découvrir tout un pan méconnu de l’histoire de ma famille, mais aussi et surtout des luttes d’influence dans l’Amérique du 20e siècle qui nous aident à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Edward Jones est une figure inspirante et utile à notre temps. Il a influencé à plus d’un titre la trajectoire d’une famille et d’une nation, avant de tomber, ou plus exactement d’être poussé dans l’oubli. Alors que l’on tente dans certains états des États-Unis de réécrire l’histoire, que l’on retire des bibliothèques de nombreux ouvrages qui pourraient incommoder ou faire culpabiliser une partie de la population et que le Président Donald Trump ne cache pas son goût pour le révisionnisme, il est plus que jamais essentiel que des cinéastes traitent ce genre de sujets et racontent ce qui s’est réellement passé si l’on ne veut pas que l’histoire radote. Comme l’a dit si justement Quincy Jones dans le film : « Il est très important de connaître l’Histoire, car si vous savez d’où vous venez, cela vous aidera à avancer. »
Votre grand-père est né au début du 20ème siècle et a grandi et travaillé dans une Amérique ségrégationniste. 100 ans après, quel écho ont pour vous les événements récents aux États-Unis par rapport à votre histoire familiale ?
Harriet Marin Jones : L’histoire de mon grand-père aurait été tout autre s’il avait été Blanc ou s’il n’y avait pas eu la ségrégation. Il aurait été un homme d’affaires et ne se serait probablement jamais lancé dans l’illégalité. Dans l’Amérique de cette époque, dictée par des lois qui réduisaient fortement le champ des possibles des minorités, Edward Jones devint un hors-la-loi et a d’ailleurs fini par faire de la prison pour fraude fiscale, comme Al Capone. Mais là est toute l’hypocrisie des États-Unis, car le jeu était illégal tant qu’il était entre les mains des Noirs, alors qu’il est devenu tout à fait respectable lorsque le gouvernement s’en est emparé, l’a légalisé et on a fait le loto, aujourd’hui jouée par des millions de personnes. Mon grand-père et les Policy Kings ont maintes fois tenté de le faire légaliser, le gouvernement n’a jamais accepté. Le gouvernement a préféré laisser la mafia s’en emparer plutôt que le laisser entre les mains de Noirs devenus à leur goût trop puissants. Cela était inacceptable pour l’establishment blanc. Mon grand-père a aidé à faire basculer la ville de Chicago dans le camp démocrate alors que jusqu’à là les Noirs votaient Républicains en hommage à Lincoln qui avait aboli l’esclavage. Ce documentaire nous parle de l’Amérique d’hier, mais en filigrane, il nous parle aussi de celle d’aujourd’hui. Il raconte une histoire qui se joue encore dans l’inconscient de nombreux descendants d’Afro-Américains, celle de la ségrégation et des violences perpétrées par le pouvoir blanc. Ce film nous rappelle aussi l’histoire avortée d’un quartier où les noirs commençaient à s’approprier des formes de pouvoir financier, politique et culturel comme jamais auparavant avant que la mafia, avec la bénédiction du gouvernement, n’y mettent un stop. Le fait que Trump ne cache pas son goût prononcé pour le révisionnisme, que son administration s’attaque de front à la diversité en retirant de nombreux livres et que l’histoire soit réécrite dans de nombreux états (comme en Floride où l’on tente de montrer l’esclavage sous un angle positif avec des « travailleurs » qui ont appris un « métier ») prouve qu’il est essentiel que des films comme celui-ci existent pour rétablir la vérité. Comme dit George Orwell : « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé ».
Edward Jones représente tout ce que Trump hait et aimerait gommer : un Noir brillant qui a réussi, qui a employé dix mille personnes et qui a prouvé qu’il était possible d’échapper au déterminisme selon lequel un homme noir ne pouvait détenir les clés du pouvoir, qu’il soit financier, social ou politique. Mon grand-père a surtout ouvert la voie et montré l’exemple. Il faut donner de la visibilité à cette histoire, ne serait-ce que pour contrer les suprémacistes blancs qui ont encore de beaux jours devant eux aux États-Unis.
Votre grand-père est né au début du 20ème siècle et a grandi et travaillé dans une Amérique ségrégationniste. 100 ans après, quel écho ont pour vous les événements récents aux États-Unis par rapport à votre histoire familiale ?
Harriet Marin Jones : L’histoire de mon grand-père aurait été tout autre s’il avait été Blanc ou s’il n’y avait pas eu la ségrégation. Il aurait été un homme d’affaires et ne se serait probablement jamais lancé dans l’illégalité. Dans l’Amérique de cette époque, dictée par des lois qui réduisaient fortement le champ des possibles des minorités, Edward Jones devint un hors-la-loi et a d’ailleurs fini par faire de la prison pour fraude fiscale, comme Al Capone. Mais là est toute l’hypocrisie des États-Unis, car le jeu était illégal tant qu’il était entre les mains des Noirs, alors qu’il est devenu tout à fait respectable lorsque le gouvernement s’en est emparé, l’a légalisé et on a fait le loto, aujourd’hui jouée par des millions de personnes.
Mon grand-père et les Policy Kings ont maintes fois tenté de le faire légaliser, le gouvernement n’a jamais accepté. Le gouvernement a préféré laisser la mafia s’en emparer plutôt que le laisser entre les mains de Noirs devenus à leur goût trop puissants. Cela était inacceptable pour l’establishment blanc. Mon grand-père a aidé à faire basculer la ville de Chicago dans le camp démocrate alors que jusqu’à là les Noirs votaient Républicains en hommage à Lincoln qui avait aboli l’esclavage.
Ce documentaire nous parle de l’Amérique d’hier, mais en filigrane, il nous parle aussi de celle d’aujourd’hui. Il raconte une histoire qui se joue encore dans l’inconscient de nombreux descendants d’Afro-Américains, celle de la ségrégation et des violences perpétrées par le pouvoir blanc.
Ce film nous rappelle aussi l’histoire avortée d’un quartier où les noirs commençaient à s’approprier des formes de pouvoir financier, politique et culturel comme jamais auparavant avant que la mafia, avec la bénédiction du gouvernement, n’y mettent un stop.
Le fait que Trump ne cache pas son goût prononcé pour le révisionnisme, que son administration s’attaque de front à la diversité en retirant de nombreux livres et que l’histoire soit réécrite dans de nombreux états (comme en Floride où l’on tente de montrer l’esclavage sous un angle positif avec des « travailleurs » qui ont appris un « métier ») prouve qu’il est essentiel que des films comme celui-ci existent pour rétablir la vérité.
Comme dit George Orwell : « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé ». Edward Jones représente tout ce que Trump hait et aimerait gommer : un Noir brillant qui a réussi, qui a employé dix mille personnes et qui a prouvé qu’il était possible d’échapper au déterminisme selon lequel un homme noir ne pouvait détenir les clés du pouvoir, qu’il soit financier, social ou politique.
Mon grand-père a surtout ouvert la voie et montré l’exemple. Il faut donner de la visibilité à cette histoire, ne serait-ce que pour contrer les suprémacistes blancs qui ont encore de beaux jours devant eux aux États-Unis.
On voit quelques courtes séquences dans lesquelles certains membres de votre famille interviennent. Le mystère a l’air de planer autour de votre grand-père ?
Harriet Marin Jones : Comme je le disais précédemment, l’histoire de mon grand-père était le secret le mieux gardé au sein de ma famille ! Mes enfants, ainsi que mes neveux ont appris le parcours hallucinant de leur arrière-grand-père en voyant le film. Ils n’en revenaient pas. Ma famille est la pure illustration du « Melting Pot » américain. Notre peau, par le fruit des métissages, est claire. Pour qui ne connaît pas notre histoire, il est difficile de concevoir que nous avons des ancêtres noirs. Et cela n’a aucune importance aujourd’hui tant les mélanges sont courants. Mais ce ne fut pas toujours le cas.
Ma mère adore le film aujourd’hui. Mais lorsqu’elle l’a découvert pour la première fois, elle ne m’a pas adressée la parole pendant deux jours ! Je pense que c’était « too much » pour elle. Et découvrir son père à l’écran a été un grand choc. Aujourd’hui, elle est très fière du parcours de son père et réalise qu’il n’y a rien d’immoral dans ce qu’il a fait, même si c’était illégal, mais j’ai réalisé en faisant ce film combien ce passé a dû être lourd à porter.
Le légendaire Quincy Jones associé comme producteur exécutif
Le légendaire Quincy Jones s’est associé comme producteur exécutif à la réalisatrice Harriet Marin Jones, petite-fille d’Edward Jones, pour raconter 60 ans d’histoire américaine à travers les yeux d’une famille qui avait presque tout…
Le documentaire multiprimé King of Kings : A la poursuite d’Edward Jones arrive en France, après avoir fait le tour des festivals internationaux de cinéma, remportant 30 prix et de de nombreuses « standing ovations.”
Dans ce film, Harriet Marin Jones cherche à découvrir la vérité sur son grand-père, Edward Jones, un descendant d’esclaves qui a atteint les sommets de la gloire financière et politique dans le Chicago des années 30 et 40, avant d’être traqué de toute part. En façonnant le destin d’une ville, Edward Jones n’a pu échapper à sa couleur de peau. En explorant les racines de sa famille, la cinéaste européenne découvre une autre facette de l’Amérique, qui nous renvoie inéluctablement à aujourd’hui.
- King of Kings : À la poursuite d’Edward Jones
- Un documentaire écrit, produit et réalisé par Harriet Marin Jones
- Producteurs exécutifs US : Quincy Jones et Debbie Allen
- Producteurs exécutifs France : Stéphane Sperry et Séverine Cappa
- Une production : Abélart Productions
- Distribution : Gaumont
AU CINEMA LE 10 SEPTEMBRE
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