Accueil Cinema Bandes Annonces Yoon Ga Eun : THE WORLD OF LOVE, le 6 mai au...

Yoon Ga Eun : THE WORLD OF LOVE, le 6 mai au cinéma !

0
3
THE WORLD OF LOVE
THE WORLD OF LOVE

THE WORLD OF LOVE s’est imposé comme le film indépendant coréen le plus performant au box-office en 2025 et a été soutenu par des cinéastes de renom tels Bong Joon Ho (Parasite), Kim Jee-woon (Le Bon, la brute et le cinglé), Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan) ou encore Hirokazu Kore-eda (Une Affaire de famille).

Le Synopsis de THE WORLD OF LOVE : Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face. Mais loin de se laisser enfermer, elle choisit d’avancer et de se réinventer.

Fort de 200 000 entrées en Corée, le film est devenu le plus gros succès du cinéma indépendant coréen en 2025. La réalisatrice a obtenu le soutien de grandes figures du cinéma asiatique tels que Bong Joon-ho, Kim Jee-woon, Kore-eda Hirokazu, Park Chan-wook, Jia Zhangke, Yeon Sang-ho, Kim Tae-ri ou encore Greta Lee. Bong Joon-ho l’a notamment incluse dans sa sélection des « 20 réalisateurs à suivre dans les années 2020 » publiée par le magazine Sight & Sound, en la qualif iant de « l’une des réalisatrices coréennes les plus passionnantes de sa génération.

Entretien avec Yoon Ga Eun 

THE WORLD OF LOVE aborde le sujet du traumatisme – notamment suite à une agression sexuelle. Qu’est-ce qui vous a poussée vers ce sujet ? Yoon Ga Eun :

On a souvent eu tendance à m’interroger sur le thème de l’agression sexuelle. Or, c’est le traumatisme qui est important à mes yeux. Adultes, on se demande si nos comportements, nos réflexes, sont liés à l’enfance, s’il y a un lien de causalité entre hier et aujourd’hui. Je ne sais pas s’il faut réfléchir de la sorte mais ce questionnement est profond chez moi.

Votre film propose une vision singulière et nuancée du statut de victime. Pensez-vous que le cinéma ait tendance à perpétuer des représentations stéréotypées à leur égard ?

Yoon Ga Eun : On a tendance à essentialiser les victimes d’agression sexuelle. On les décrit comme déprimées, dépressives, vivant dans la peur que ça recommence, nourrissant un problème de sociabilisation. On statue un peu vite que ces personnes n’ont aucune possibilité de résilience. En réalité, la société coréenne se soucie peu de comment elles continuent à vivre ; c’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes. J’ai l’impression que, globalement, le cinéma décrit les victimes avec des images stéréotypées. D’ailleurs, les films s’intéressent généralement d’abord aux faits qui se sont déroulés au lieu de s’intéresser aux protagonistes. Pourtant, les victimes pensent aussi à comment reconstruire leur vie et comment avancer. Je me suis beaucoup demandée comment elles continuaient à  vivre, six mois, cinq ans, dix ans après les faits. Il y avait, selon moi, un manque de récit par ce prisme.

THE WORLD OF LOVE est raconté du point de vue de Jooin, votre héroïne. Comme elle, le film cache longtemps son statut de victime, il ne révèle aucun détail qu’elle ne voudrait pas dévoiler…

Yoon Ga Eun : Même si elle a vécu un événement douloureux, plus jeune, Jooin a eu la possibilité d’en parler à sa famille. De ce fait, elle a été entendue et protégée. Je me suis demandée : comment une adolescente, entourée mais marquée par un traumatisme, grandit-elle ? J’ai fait beaucoup de recherches et je me suis rendue compte que les jeunes avaient plus de chance de se reconstruire et de mener une vie normale. Jooin a 16 ans et son agression doit remonter à ses 11 ans. Elle est en pleine adolescence : c’est une lycéenne entourée de ses amies, qui aspire à vivre ses premières expériences amoureuses. C’est dans ce cadre que j’ai voulu dresser le portrait d’une fille au jour le jour, dans ses tracas du quotidien. Jooin est très ancrée dans le présent.

Selon vous, est-ce important que les jeunes filles coréennes se voient représentées au cinéma ?

Yoon Ga Eun : Pour moi, c’est crucial. Malheureusement, je trouve que dernièrement, en Corée ou ailleurs, les films qui mettent en lumière les enfants ou les très jeunes adolescents se font rares. Et c’est dommage car c’est à cet âge-là que j’ai commencé à regarder des films, à aimer le cinéma et en découvrant que les enfants pouvaient en être les héros. Je me retrouvais à l’écran. Aujourd’hui, le cinéma s’y intéresse de moins en moins, ça me rend un peu triste. D’où l’importance de représenter aussi leur univers, leurs modes de vie, leurs inquiétudes, leurs rêves, leur langage et de donner la parole aux jeunes filles autant qu’aux jeunes hommes.

Vous qualifieriez-vous de cinéaste sociale ?

Yoon Ga Eun : Tous les cinéastes sont mus par des raisons différentes pour réaliser un film. Pour moi, ça a été toujours une raison personnelle liée aux questionnements que le sujet doit soulever chez les spectateurs. Je suis très sensible aux questions sociétales et j’attache beaucoup d’importance au quotidien des gens. J’aime aussi observer le travail des acteurs : quand leur jeu atteint une forme de vérité absolue, cela me fascine. Dans ces moments-là, je choisis de les filmer sans filtre.