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Cuturi s’intéresse aux artistes émergents de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie Pacifique

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Cuturi
Cuturi

CUTURI présente sa troisième exposition parisienne, consacrée à cinq artistes indonésiens. Sous le commissariat de la directrice de la Biennale Jogja à Yogyakarta, Alia Swastika, les artistes explorent les formes de filiation par un examen des imaginaires, techniques et matériaux anciens.

Fondée en 2019 à Singapour, la galerie d’art contemporain Cuturi s’intéresse particulièrement aux artistes émergents de la région. Tout en restant ancrée dans son contexte local, elle étend sa vision au-delà de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie Pacifique, favorisant les échanges et les perspectives culturelles entre sa zone d’origine et l’Europe, un dialogue permanent au cœur de la mission de la galerie. En 2020, Cuturi a fondé un programme de résidence interne, offrant aux artistes locaux et internationaux la possibilité de développer leur pratique à Singapour et aboutissant à une exposition personnelle. En mars 2026, la galerie a ouvert un espace parisien au cœur du Palais-Royal, renforçant sa position internationale et son ambition de faire dialoguer les artistes asiatiques et européens qu’elle représente, mais aussi les commissaires et les publics transnationaux. Dès 2022, la galerie développe des expositions hors-les-murs à Londres, avant d’ y installer une antenne internationale en septembre 2026, marquant un nouveau chapitre dans sa longue histoire d’engagment dans le rapprochement de l’Asie du Sud-Est et de l’Europe.

Threads of Lineage

« Au sein des pratiques des cinq artistes réunis dans le cadre de cette exposition, la lignée devient un point d’entrée vers des réflexions plus larges sur la diffusion de la culture à travers différents médiums. La langue, les objets culturels, les récits et la mythologie, la biodiversité, et bien d’autres encore, se trouvent ainsi appréhendés en relation avec leurs contextes politiques propres. Pour de nombreuses communautés indigènes, le savoir ancestral révèle une interconnexion cosmologique dans laquelle tous les êtres vivants sont intimement liés. Ici, la notion de lignage s’étend audelà des liens de parenté ou des traits familiaux, mais renvoie plutôt à la transmission des savoirs, des compétences, de la sagesse et de l’expérience. En ce sens, la lignée s’inscrit également dans l’histoire à travers les pratiques quotidiennes et les expériences vécues. Il me semble que, dans les cultures anciennes, savoirs et techniques se transmettent d’une génération à l’autre. Lorsque la lignée est retracée à travers ceux-ci, elle passe d’une lignée biologique, fondée sur le sang, à une lignée pédagogique ou épistémique, fondée sur la transmission, la pratique et la maîtrise. Dans de nombreuses traditions, telles que l’artisanat, les arts martiaux, les voies spirituelles et les disciplines universitaires, la passation du savoir s’apparente au fait de léguer un bien ou un nom. Elle instaure ainsi une hiérarchie, un sentiment d’identité partagée, en somme, des règles structurant l’appartenance.

Les arts indigènes se perpétuent avant tout par des pratiques et des rituels incarnés, bien qu’ils aient également fait preuve d’une grande résilience face aux mutations du monde. Aujourd’hui, ils entretiennent un dialogue affirmé avec les pratiques contemporaines, voire contribuent à définir des positions spéculatives pour l’avenir. Les artistes de cette exposition ne se contentent pas de représenter les formes conventionnelles des arts indigènes ; leurs œuvres témoignent au contraire d’un dialogue complexe entre traditions et créations individuelles. Ils et elles réinterprètent leur relation intime à divers héritages et pensées ancestrales, qu’il s’agisse de tissage, de dessin ou encore d’écologie. En envisageant de nouvelles matérialités, formes et contextes culturels, les artistes mettent en lumière les procédés de négociation de l’identité, de l’intervention coloniale jusqu’à la mondialisation. Dès le début du XXe siècle, les artistes indonésien·nes ont remis en question le récit de l’art moderne, tel qu’il avait été défini depuis le regard colonial, alors même que l’enseignement artistique officiel dispensé par les écoles continuait de suivre le modèle imposé par l’Occident. Au cours de la dernière décennie, nous avons assisté à une visibilité croissante des arts indigènes au sein de l’écosystème de l’art contemporain. Les discours sur la décolonisation ont poussé de nombreux musées et biennales internationales à réfléchir au déséquilibre qui a longtemps structuré la représentation dans le monde de l’art. » Alia Swastika

Alia Swastika

Diplômée de l’université Gadjah Mada dans le département de communication à Yogyakarta, Alia Swastika est une curatrice, chercheuse et auteure dont la pratique, au cours des dix dernières années, s’est élargie sur les enjeux et les perspectives de la décolonialité et du féminisme. Ses différents projets comprennent la décentralisation de l’art, la réécriture de l’histoire de l’art et l’encouragement de l’activisme local. Elle travaille comme directrice de la fondation Biennale Jogja à Yogyakarta et poursuit ses recherches sur les artistes femmes pendant le mouvement de l’Ordre nouveau en Indonésie. Elle a établi et dirigé le programme de l’Ark Galerie, à Yogyakarta (2007-2017). Elle a été co-curatrice de la Biennale Jogja XL Equator #1 (2011), co-directrice artistique de la neuvième Biennale de Gwangju (2012) et curatrice d’expositions d’art contemporain pour le festival Europalia (2017), comprenant des présentations à Oude Kerk d’Amsterdam, au M HKA d’Anvers et au S.M.A.K. de Gand, en Belgique. Ses recherches sur les artistes indonésiennes pendant l’Ordre nouveau ont été publiées en 2019. En 2025, elle fait partie de l’équipe curatoriale de la 16eme Biennale de Sharjah, en mettant l’accent sur la collectivité et la collaboration, en particulier autour du discours sur l’indigénéité, des savoirs maternels et des récits de résistance.

Les artistes :

  • Ari Bayuaji
  • Budi Agung Kuswara
  • Ines Katamso
  • Iwan Effendi
  • Meta Enjelita