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A cause des filles..? de Pascal Thomas le 30 janvier au cinéma

a cause des filles © Alexandre Lafaurie

Pour A CAUSE DES FILLES..?, j’ai pensé qu’une noce interrompue et ses nombreux personnages pouvaient revêtir tous les aspects d’une comédie, mélancolie comprise. Et surtout faire un film sain.Pascal Thomas

A CAUSE DES FILLES : À l’occasion d’une noce d’où le mari s’est enfui, à peine la cérémonie terminée, chacun, en guise d’épithalame – ce chant composé à l’occasion d’un mariage – va s’employer à remonter le moral de la mariée. Tous ont leur mot à dire sur l’inconstance, les surprises de la vie conjugale, les péripéties inattendues et les amours malheureuses.

Entretien avec Pascal Thomas
Propos recueillis par Jean-Luc Wachthausen

Il ne s’agit pas de dire comment vivre et aimer, mais d’indiquer sans ménagement et avec compréhension combien nous nous y prenons mal. L’humour est la seule défense contre un univers, un monde, une société, des règles et des lois qui nous étouffent. C’est une leçon de survie.

J’aime amuser, divertir. Il m’arrive parfois de glisser dans mes films certaines phrases qui peuvent être perçues comme des professions de foi, mais je le fais avec retenue, l’air de rien.

Dans A CAUSE DES FILLES..? c’est Audrey Fleurot qui, de sa belle voix, s’en charge avec toute la distance ironique nécessaire : « L’artiste ne doit pas créer de malheurs dans ses récits. Quand je vois tous ces gens hurler de douleur, tous ces agonisants dans les films, j’ai envie de leur dire: « Je vous en prie, calmez-vous, asseyez-vous! » ».

Je ne veux pas ennuyer le spectateur ; aussi je commence souvent sur un ton comique, frivole, puis insensiblement je noircis le tableau pour frôler parfois le drame voire la tragédie. Seulement le temps de déceler ce qu’il y a de ridicule, de cocasse, d’improbable, d’absurde dans le comportement de chacun. Et je choisis alors de basculer dans une sorte de distance, de réserve humoristique.

Ainsi, à partir d’une histoire particulière, on en arrive aux vérités générales, aux lois profondes et universelles du coeur humain. Lesquelles se résument pour ce film comme pour les précédents en une phrase de Proust: « Tout notre malheur vient de notre désir d’aimer. On rêve beaucoup de paradis ou plutôt de paradis successifs, mais ce sont des paradis perdus. » C’est ce que nous nous sommes attachés à montrer durant cette noce et notre balade parmi les invités festoyant autour des tables de la Cabane du Mimbeau, au Cap Ferret.

Je ne crois pas au scénario que l’on suit religieusement au cours d’un tournage. Le scénario, comme la littérature, c’est l’illusion. La réalisation, c‘est le concret. Je ne conçois pas un film sans en aimer les personnages et ceux qui sont appelés à les incarner.

Selon moi, pour que le spectateur aime et accepte les personnages, il a d’abord fallu que j’aie eu du plaisir à voir arriver actrices et acteurs sur le tournage. Et quel plaisir que de voir réunis dans ce film « nombreux » (je n’aime pas dire choral), tous ces acteurs généreux aux tempéraments variés et si inventifs, qui interprètent comme on l’a espéré les caractères et les personnages qui leurs ont été confiés. Comme spectateur et comme réalisateur, j’aime que les films soient riches en personnages, en décors et en tons différents.

Comment est née cette noce insolite?

A partir d’une trame narrative très simple, un prétexte: le marié s’enfuit de la noce. Rien de plus. Le film s’est cristallisé dans mon esprit au cours du tournage. J’aimais sa colonne vertébrale simple et même fragile. J’ai ressenti ce film plus que je ne l’avais pensé. Cela m’a permis durant la préparation et le tournage d’y mettre la chair, constituée de surprises multiples. Beaucoup de séquences furent conçues pendant le tournage et même des personnages. Alexandra Stewart, en mère du marié, n’avait pas une ligne quand elle nous a rejoints, et elle est devenue un des piliers du récit. Même chose pour la mariée, et les enfants dont les scènes ont été écrites pendant que l’on se dirigeait vers le lieu du décor… Même chose pour les personnages incarnés par José Garcia, Rossy de Palma et Marie-Agnès Gillot embarqués quand notre train cinématographique était déjà en route.

L’orchestre La Tarwiwa et les chansons écrites, interprétées par Antonin Bartherotte et Victoria Lafaurie se sont imposés d’eux-mêmes. Pareil pour la lumière. J’avais imaginé ce mariage sous un ciel bleu. Le climat océanique du Bassin d’Arcachon et du Cap Ferret en ont décidé autrement. Ce ne fut que pluies, vents, bourrasques, percées éblouissantes du soleil. Tout cela pour aboutir à un paysage nuageux et nuancé, à ce gris « Chardonne » si difficile à capter. Cette noce qui ne se déroule pas comme prévue va entrainer des confessions, des récits, des confidences, qui vont révéler les caractères, et ce que cache ce petit monde. Ceci d’après un scénario qui n’existe pas encore et dont on a à peine esquissé les grandes lignes pour conserver toute notre liberté de création.

Elles se préciseront au fur et à mesure de l’invention des scènes et des prises de vues. Elles se révèleront alors par la seule justesse des situations et des dialogues, des non-dits et des renoncements, et aussi des triomphes.

Voilà le projet tel qu’il se présente. En quelque sorte, il s’agit, par le biais d’un épithalame qui se forme spontanément, et à rebours, de peindre le sentiment amoureux, ses pièges, ses faux-semblants, son apprentissage par des personnes attentives au désarroi qu’il suscite, et de chercher les moyens de se rassurer en s’efforçant d’être lucide, drôle, même si cette drôlerie est douce amère.

Ainsi s’est fait ce film, selon une histoire « in progress » qui ne fut qu’un outil, changé au fur et à mesure pour suivre une ligne arrivant à un but, que l’on ignore, mais que l’on devine. Que l’on porte en soi, parfois sans le savoir. « Il faut épouser le mouvement de la vie comme le bouchon sur la rivière. » disait très justement Jean Renoir.

Les femmes, depuis votre premier film, tiennent chez vous, une place importante et glorieuse, idéale; la faiblesse semble réservée aux hommes.

Je n’ai fait que reproduire ce que j’ai pu voir. Depuis mon premier court-métrage, il y a une constante que l’on retrouve dans tous mes films: les femmes sont triomphantes, drôles, fines, montrent plus de caractère que les hommes, plutôt des anti-héros qui subissent le rythme et les décisions de leurs partenaires formulées avec charme et autorité par Marie-Josée Croze, vivacité et finesse par Barbara Schultz, grandes envolées baroques et loufoques par Rossy de Palma, sans discussion possible avec Alexandra Stewart, et enfin avec un humour très personnel, une voix aux accents graves enveloppants que module à merveille cette femme de grande séduction qu’est Audrey Fleurot.

Comment définiriez-vous votre nouveau film?

A CAUSE DES FILLES..? ressemble aux saisons de la vie : un début ensoleillé, quasi printanier, qui se poursuit sur un mode joyeux puis mélancolique. On se promène dans cette noce, et, en chemin, on aborde, l’air de rien, l’amour, la solitude, la littérature, le couple, le sexe, la vieillesse et même la mort. Le but de la promenade n’est pas de poser le pied sur une terre étrangère mais de le poser sur une terre connue, la nôtre, « comme s’il s’agissait d’une terre étrangère ». Ainsi nous sont dévoilés, à travers des petites anecdotes révélatrices, les beautés et les drames insoupçonnés de ce monde.

Et quand le film est terminé, on s’aperçoit que sans le savoir, ni même le vouloir vraiment, on y a mis cette chose abstraite, impensable : la fuite du temps.

Les Acteurs :

José GARCIA, Rossy DE PALMA, François MOREL, Barbara SCHULZ, Pierre RICHARD, Audrey FLEUROT, Louis-Do DE LENCQUESAING, Marie-Agnès GILLOT, Bernard MÉNEZ, Irène JACOB, Frédéric BEIGBEDER, Caroline DUCEY, Laurent LUCAS, Marie-Josée CROZE, Alexandra STEWART

A cause des filles..?
A cause des filles..?

Photos : © Alexandre Lafaurie

A CAUSE DES FILLES..?

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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