Accueil A la Une Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles

Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles

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Par FreCha — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=181994474
Par FreCha — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=181994474

 Journée internationale des droits des femmes. Le 8 mars est une journée de rassemblements à travers le monde et l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes.

La Charte des Nations Unies, adoptée en 1945, a été le premier instrument international à affirmer le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes. La Journée internationale des droits des femmes trouve son origine dans les manifestations de femmes au début du 20e siècle en Europe et aux États-Unis, réclamant l’égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Le 8 mars est une journée de rassemblements à travers le monde et l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes. Elle a été officialisée par les Nations unies en 1977. La Journée internationale des droits des femmes a pour thème cette année thème “Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles”.

Iran, Afghanistan: le contrôle des femmes, moteur d’une autodestruction programmée par Roula Merhej

On ne construit pas un État sur le silence des femmes. Pourtant, en Iran comme en Afghanistan, l’exclusion du genre féminin est devenue un levier de pouvoir, au risque d’une « mécanique d’autodestruction différée ».

La journaliste spécialisée en géopolitique Roula Merhej, journaliste spécialisée en géopolitique et affaires internationales, livre une analyse croisée sur ces deux trajectoires où le corps des femmes est devenu le champ de bataille de régimes en sursis.

Pourquoi ce sujet ?

  • Deux visages, deux combats : de Mahsa Amini, icône du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en Iran, à Zarifa Ghafari, plus jeune maire d’Afghanistan aujourd’hui en exil, Roula Merhej dresse le portrait de celles qui incarnent la résistance face à l’effacement.

  • L’apartheid de genre vs la résistance : si l’Afghanistan a institutionnalisé un contrôle total (1 million de filles privées d’école), l’Iran fait face à une société civile qui refuse de plier, malgré une répression sanglante.

  • Un enjeu de survie globale : au-delà des droits fondamentaux, c’est l’avenir de ces pays qui s’effondre. En Afghanistan, l’interdiction faite aux femmes d’étudier condamne le pays à une pénurie de médecins et de sages-femmes, menaçant la vie de millions d’autres femmes.

Roula Merhej décrypte comment, là où la religion devient loi suprême, la femme existe « sous condition ». Elle analyse avec précision le contraste entre un Iran sous les projecteurs (et les frappes internationales) et un Afghanistan qui s’enfonce dans l’oubli.

“Elle s’appelait Mahsa Amini. Elle avait 22 ans. Sa mort, en 2022, après son arrestation par la police des mœurs pour un voile jugé « mal porté », a déclenché le vaste mouvement « Femme, Vie, Liberté ». De l’autre côté de la frontière iranienne, elle s’appelle Zarifa Ghafari. Plus jeune maire d’Afghanistan en 2018, elle a dû fuir son pays après plusieurs tentatives d’assassinat. Aujourd’hui en exil en Allemagne, elle incarne cette génération de femmes afghanes éduquées et engagées, brutalement effacées par le retour des Talibans. De Mahsa Amini à Zarifa Ghafari, deux noms parmi tant d’autres : deux visages parmi des milliers. Elles symbolisent un océan de préjudices, de discriminations et d’injustices infligés lorsque la religion devient loi suprême. Dans ces régimes autoritaires, le contrôle des femmes devient un instrument d’affirmation du pouvoir et souvent le point de départ de la résistance.

En Iran, depuis 1979, les femmes ne sont pas juridiquement souveraines. Le voile est obligatoire et l’inégalité est inscrite dans le droit : le mari demeure chef de famille, peut limiter l’activité professionnelle de son épouse, engager plus aisément une procédure de divorce ; en matière d’héritage, un fils reçoit deux parts quand une fille n’en reçoit qu’une. Le droit de voyager peut dépendre d’une autorisation masculine. Aux yeux de cette architecture juridique, la femme existe sous condition. Pourtant, la société iranienne ne se confond pas avec les lois du régime des mollahs. Les manifestations ont également coûté la vie à des hommes, signe que la contestation dépasse la seule question féminine. Tant que l’inégalité demeure consacrée par la loi, aucune liberté ne peut être pleinement acquise.

Depuis 2022, la répression s’est intensifiée : des milliers de morts ont été documentés lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté », ainsi que des milliers d’arrestations. Des femmes ont été emprisonnées pour avoir exercé ce qui ailleurs relève d’une liberté élémentaire. En janvier dernier, malgré une violence extrême, les manifestations n’ont pas entamé la détermination des femmes iraniennes. On les a vues chanter sur les tombes de leurs proches, défier la peur et continuer de réclamer la fin du régime. Aujourd’hui encore, alors que les frappes de la coalition américano-israélienne ne garantissent en rien sa chute, elles poursuivent leur mobilisation malgré l’incertitude du lendemain. La contestation portée par les femmes a élargi le champ des revendications et servi de catalyseur à une colère plus large contre l’autoritarisme, la corruption et l’injustice.

Plus à l’est, en Afghanistan, l’exclusion des femmes ne relève plus seulement de contraintes sociales ou vestimentaires : elle est devenue institutionnelle. Depuis août 2021, les autorités talibanes ont interdit l’accès des filles à l’enseignement secondaire et universitaire, faisant de l’Afghanistan le seul pays au monde à appliquer une interdiction systématique de cette nature, selon l’UNICEF (2024). L’UNICEF estime que plus d’un million de filles sont privées d’enseignement secondaire depuis la prise de pouvoir des Talibans. De nombreux secteurs professionnels leur sont également fermés, notamment au sein des ONG et de certaines administrations, comme l’ont documenté Human Rights Watch. L’Iran impose lui aussi des restrictions structurelles aux femmes, mais il n’a pas interdit l’éducation secondaire ou universitaire des filles ; avant 2022, les Iraniennes représentaient une part importante des étudiants à l’université selon les données de l’UNESCO. La différence est donc à la fois de degré et de nature : en Iran, le contrôle est coercitif et politique ; en Afghanistan, il est devenu systémique et quasi total dans certaines sphères.

Les conséquences dépassent largement la question des libertés individuelles. En Afghanistan, l’exclusion scolaire compromet la formation des futures professionnelles de santé. Dans un pays où les normes sociales exigent souvent un personnel féminin pour soigner les femmes, la raréfaction des étudiantes aujourd’hui signifie moins de médecins et de sages-femmes demain. L’Organisation mondiale de la santé a alerté en 2023 sur les risques accrus pour la santé maternelle.

Dans les deux pays, le contrôle des femmes constitue un levier central de pouvoir. Il ne s’agit pas seulement d’imposer des normes morales, mais d’organiser une exclusion politique, sociale et économique. En Iran, cette logique s’inscrit désormais dans une séquence qui dépasse la seule pression militaire : depuis le 27 février, les frappes américano-israéliennes traduisent une volonté explicite de démanteler le régime des mollahs et visent le cœur du système. En Afghanistan, le contraste est saisissant : les Talibans ont institutionnalisé un contrôle quasi total des femmes sans faire face à une coalition internationale cherchant à renverser leur pouvoir. Là où l’Iran est devenu un enjeu stratégique central, l’Afghanistan demeure en marge des priorités géopolitiques.

Deux trajectoires se dessinent ainsi : en Iran, un régime sous pression externe et interne ; en Afghanistan, un pouvoir consolidé par l’isolement international et l’absence d’un choc décisif. La question n’est donc pas seulement celle de la survie immédiate de ces régimes, mais de leur capacité réelle à durer. On peut gouverner par la contrainte, par l’idéologie ou par la guerre. On peut imposer le silence. Mais aucun État ne se consolide en aliénant durablement le genre féminin, en l’excluant de l’éducation, du travail et de la décision publique. Ce n’est pas une stratégie viable, mais une mécanique d’autodestruction différée. En marginalisant les femmes, un régime affaiblit son capital humain, réduit sa base économique, fragilise sa démographie et érode sa cohésion sociale. Il peut tenir un temps ; il ne se renforce pas.

La véritable question n’est donc pas de savoir s’il peut survivre à court terme, mais à quel moment cette fragilisation accumulée deviendra irréversible.” Roula Merhej