Peut-on vivre de sa musique en 2025 ? L’enquête du Ninkasi Musik Lab alerte sur la précarité des artistes émergents
Peut-on vivre décemment de sa musique en France en 2025 ? C’est la question que s’est posée le Ninkasi Musik Lab, une pépinière de talents émergents en Auvergne-Rhône-Alpes, qui publie une enquête sur les revenus des musiciens en développement qu’elle accompagne et les défis d’insertion professionnelle auxquels ils font face.
Une scène musicale émergente qui n’a jamais été aussi vivace.
La pratique musicale est ancrée dans les habitudes des Français et plus seulement dans les classes sociales privilégiées. Avec la démocratisation de l’accès aux instruments de musique et aux outils de production et de distribution musicale, de plus en plus de Français envisagent sérieusement d’écrire et composer des chansons, de monter un projet artistique pérenne et professionnel et même de vivre de leur musique.
À titre d’exemple concret, chaque année la pépinière Ninkasi Musik Lab reçoit de plus en plus de candidatures d’artistes souhaitant intégrer son parcours de professionnalisation. En 2024, ce sont plus de 400 candidatures qualitatives qui ont été épluchées par les équipes de l’association, chiffre qui a plus que triplé depuis la création de l’association en 2016.
En analysant les données des candidats à l’accompagnement à la professionnalisation, deux grandes tendances s’affirment : un taux de 50% primo-candidatures, signe de l’émergence de plusieurs centaines de nouveaux projets artistiques chaque année, et un taux de 50% de renouvellement de candidatures, signe de la persévérance des projets existants.
Depuis 2016, 90 projets artistiques ont ainsi été accueillis au Ninkasi Musik Lab. À quelques mois de fêter son dixième anniversaire, l’association a lancé une grande enquête visant à mesurer son impact sur les artistes accueillis, notamment à travers le prisme de leurs revenus et de leur insertion professionnelle. Les résultats sont édifiants. Ils encouragent autant qu’ils alertent.
Les artistes professionnels en développement vivent longtemps en-dessous du seuil de pauvreté.
Un « portrait-robot » de l’artiste en développement ressort assez clairement de l’enquête du Ninkasi Musik Lab, à laquelle 47 artistes ont répondu. En moyenne, le « jeune » musicien en voie de professionnalisation est âgé de 33 ans, développe son projet artistique depuis 7 ans et participe également à un ou deux autres projets artistiques. Il gagne 11 000€ annuels à travers ses activités musicales, qui représentent environ les deux-tiers de ses revenus. On peut extrapoler que ses revenus se situent donc autour de 16 500 € annuels, c’est-à-dire légèrement au-dessus du seuil de pauvreté fixé en France à 60% du revenu média, soit 15 500€ annuels.
Les artistes émergents les plus développés font d’ailleurs face à un 2e effet de seuil particulièrement décourageant : « Une fois qu’on a commencé à se professionnaliser, on sort des critères de la plupart des dispositifs d’accompagnement, alors qu’on en a encore énormément besoin. On est perçus comme « trop gros » par les dispositifs d’accompagnement et « trop petits » par les labels » nous explique Lula du groupe Venin Carmin.
En stagnant dans cet entre-deux, la principale source de revenus des musiciens en développement est issue des concerts et tournées. Mais là encore, les artistes émergents font face à 3e effet de seuil : celui du cloisonnement régional des programmations. Réussir à se faire connaître des programmateurs de sa région est déjà difficile, mais avoir l’opportunité de défendre son projet à l’échelle nationale relève du défi, voire du miracle.
Cette équation à triple inconnue rend les conditions de survie d’un projet musical en développement particulièrement périlleuses, avec une conséquence terrible sur le moral des groupes : plus de 40% des artistes interrogés confient avoir régulièrement des pensées d’abandon de leur projet professionnel dans la musique pour des raisons financières.
Quelles solutions pour demain ?
Que faire pour que les choses changent ? L’association Ninkasi Musik Lab se positionne en tant que fer de lance d’une nouvelle génération de dispositifs d’accompagnement qui focalisent leur impact sur l’insertion professionnelle des artistes-musiciens et l’amélioration de leurs revenus et conditions de travail.
L’enquête menée auprès de la moitié des artistes accompagnés depuis sa création en 2016 permet déjà d’établir un impact fort :
– Une approche collaborative plutôt que compétitive, qui entraîne les jeunes musiciens à l’entraide et la solidarité, à l’image d’autres communautés professionnelles ;
– Un sentiment d’insertion professionnelle en forte hausse qui se concrétise notamment par le développement de contacts stratégiques (programmateurs, bookers, label managers, médias, etc) ;
– Une approche basée sur la rémunération systématique des artistes pour leurs concerts réalisés dans le cadre du dispositif avec in fine des revenus professionnels issus de la musique qui doublent entre l’année avant l’entrée dans le dispositif et l’année après la sortie du dispositif.
Cette année, l’association a également financé une première tournée nationale de trois dates, imaginée pour aider un artiste à briser le fameux plafond de verre de la programmation extrarégionale. Le groupe lyonnais 111 ira défendre son premier album Oh Wow à Tulle, Bordeaux et Montpellier.
Enfin, l’association Ninkasi Musik Lab réfléchit dès maintenant à mettre en place de nouveaux programmes, en partenariat avec des acteurs de l’insertion professionnelle et des labels, pour travailler encore et toujours à casser les effets de seuils auxquels les artistes font face.
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