Nuremberg 1945. Il est temps d’instruire le procès du régime nazi à Nuremberg. Le psychiatre américain Douglas Kelley doit évaluer la santé mentale des dignitaires du IIIe Reich. Face au manipulateur Hermann Göring, il se retrouve pris dans un rapport de force. S’ouvre alors un duel avec le mal absolu.
Le film Nuremberg s’attaque à l’un des événements les plus fondateurs du XXᵉ siècle : le premier procès international pour crimes contre la paix du monde. Un procès qui n’a pas seulement jugé des hommes, mais un système, une idéologie, et une mécanique de destruction à l’échelle de continents entiers. Sur le plan cinématographique, le film est solide, parfois même remarquable. Mais sur le plan mémoriel, il interroge — et dérange.
Une mise en scène efficace, un regard resserré
Nuremberg fait le choix d’un dispositif classique mais redoutablement efficace : le huis clos judiciaire, la parole, le face-à-face entre accusés et juges, la tension des regards, la théâtralité du procès.
Le récit se structure autour de figures fortes, au premier rang desquelles Hermann Göring, personnage central, presque omniprésent. Narcissique, manipulateur, brillant orateur, Göring devient la clef dramatique du film, son moteur narratif, parfois même son centre de gravité moral. Ce choix fonctionne cinématographiquement. Mais il n’est pas sans conséquence.
Le procès comme drame psychologique
En privilégiant l’analyse psychologique des dirigeants nazis, le film transforme progressivement le procès en drame de caractères. Les dialogues sont ciselés, les confrontations intellectuelles passionnantes, les enjeux juridiques clairement exposés.
Pourtant, à mesure que le film avance, une absence se fait sentir : celle des victimes civiles, réduites à l’état de contexte, d’arrière-plan historique, voire de simple justification morale du débat. Le cinéma regarde ceux qui parlent, non ceux qui ont subi.
Une mémoire centrée, une universalité diluée
Le film accorde une place centrale — parfois exclusive — à la question juive. Cette focalisation est historiquement compréhensible : la Shoah constitue l’un des crimes majeurs jugés à Nuremberg, et sans doute le plus emblématique. Mais le procès de Nuremberg n’a jamais été conçu comme le procès d’un crime unique. Il a jugé la guerre d’agression, la terreur d’État, la destruction des civils, la violence systémique exercée contre des peuples entiers.
Or, le film laisse en marge :
- les populations civiles bombardées,
- les villages rasés en Europe de l’Est,
- les prisonniers soviétiques,
- les résistants politiques,
- les Tziganes,
- les handicapés,
- les opposants allemands,
- les femmes et enfants broyés par la logique totale de la guerre.
Cette absence n’est pas un oubli factuel, mais un choix de narration.
Göring comme métonymie… et comme écran
En faisant de Göring la métonymie du Troisième Reich, le film donne un visage au mal. Mais ce visage finit par masquer le reste. À force de se concentrer sur la parole des bourreaux, le film réduit l’ampleur collective du crime.
Le nazisme devient un problème d’hommes, de personnalités, presque de pathologies individuelles — plus qu’un système industriel de destruction impliquant des millions d’acteurs et de victimes. Le spectateur comprend le crime, mais le ressent moins.
Un film réussi, une mémoire incomplète
Nuremberg est un film bien réalisé, intelligemment écrit, souvent captivant. Il éclaire avec justesse la naissance de la justice internationale et la dimension révolutionnaire du procès. Mais il échoue partiellement à restituer ce qui faisait la radicalité de Nuremberg : sa vocation universelle.
En choisissant une mémoire resserrée, le film fragilise paradoxalement son propos. Car la force de Nuremberg ne résidait pas dans la hiérarchisation des victimes, mais dans la reconnaissance d’un crime global contre l’humanité tout entière.
Le cinéma face à la responsabilité de la mémoire
À l’heure où l’histoire est de plus en plus fragmentée, instrumentalisée ou simplifiée, le cinéma a une responsabilité particulière. Raconter Nuremberg, ce n’est pas seulement mettre en scène un procès ; c’est donner une place à tous ceux qui n’avaient plus de voix.
Nuremberg ouvre un débat nécessaire. Il rappelle aussi, involontairement, que la mémoire du nazisme ne peut être partielle sans devenir fragile. Wided Othmani
Réalisé par James Vanderbilt
Avec Russell Crowe, Rami Malek, Richard E. Grant, Michael Shannon, Leo Woodall
Durée : 2h28. – Genre : Historique, drame
Sortie nationale le 28/01/2026
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