Francesca Piqueras
Francesca Piqueras

Artiste résolument engagée dans notre époque, Francesca Piqueras signe à chaque exposition le nouveau chapitre d’une œuvre parfaitement maîtrisée.

Lorsqu’en 2007, elle pousse les portes de la galerie de l’Europe, Francesca Piqueras sait qu’elle a choisi son destin. Elle sera artiste, et pour cela, elle a risqué le tout pour le tout, abandonnant le cinéma et une carrière de monteuse sur plusieurs longs métrages. C’est la photographie qui sera son medium d’élection, résurgence d’un amour d’adolescence pour l’appareil photo offert pour ses treize ans. Il faut dire que l’art fait partie intégrante de son existence. Bien avant les études de cinéma et d’histoire de l’art, ce sont ses parents, tous deux artistes (son père, Jorge Piqueras, peintre et sculpteur péruvien, sa mère, Grati Baroni, peintre florentine), et leurs amis – Salvador Dali, Man Ray, Marcel Duchamp – qui ont imprégné d’esthétisme, de créativité et de rigueur son jeune esprit. Mais Francesca Piqueras n’entend pas suivre la voie qui semble s’ouvrir à elle. C’est le Septième Art qui aura ses faveurs, jusqu’à son retour à la photographie, et la rencontre avec Olivier Bourdon, à la galerie de l’Europe, à Saint- Germain-des-Prés.

Le succès immédiat de sa première exposition préfigure l’élaboration d’un travail photographique au long cours, que scelle une longue et profonde collaboration entre l’artiste et son galeriste. Au fil des expositions, Francesca Piqueras captive une audience internationale : en 2016, elle est l’invitée de la Quinzaine Photographique de Beijing, en 2017, une rétrospective majeure de son œuvre lui est consacrée en Italie et la galerie américaine Holden Luntz, à Palm Beach, lui ouvre ses cimaises en 2021.

La même année, elle est pressentie pour le prestigieux prix Pictet, puis expose, pendant plus d’un an et demi vingt-huit tirages grand format à l’Eretz Israel Museum de Tel Aviv (l’équivalent du Musée de l’Homme) lors de la première Photomenta. Biographie Quelques années après le décès d’Olivier Bourdon, Cyril Guernieri lui propose de rejoindre sa toute jeune galerie, rue Mazarine. L’artiste et le galeriste se connaissent et s’apprécient depuis plusieurs années. De plus, la forte amitié tissée entre Olivier Bourdon et Cyril Guernieri leur apparaît comme l’évidence d’une continuité et renforce leur conviction commune. Ensemble, ils vont unir leurs talents et entamer une nouvelle aventure.

La première exposition à la Galerie Cyril Guernieri, « De Pierre et de sable », a lieu en 2023. Elle sera suivie de bien d’autres, « Acqua di Mare » à la galerie Cyril Guernieri ouverte à Honfleur, puis des deux éditions des « Dialoghi Peninsulari », qui regroupent en une même scénographie le travail du sculpteur Francesco Moretti et du designer sur verre Marco Mencacci. Entre 2023 et 2025, les expositions se succèdent hors les murs, à Bruxelles pour l’Affordable Art Fair, à Blaye pour le Festival d’Art Contemporain ou, dernière en date, pour les Flâneries d’Art Contemporain dans les Jardins Aixois, à Aix en Provence.

Après un cycle sur le fer, la rouille où la nature reprenait possession de ce que l’homme abandonne, Francesca Piqueras pose son regard sur les éléments mêmes. Sa précédente exposition, « Feu », exposée pendant un an et demi à l’Eretz Israel Museum de Tel Aviv, avait mis en lumière la fusion des éléments et leur libération par les flammes, en un cycle alimenté par l’homme depuis la nuit des origines. Une critique esthétique sotto voce de l’Anthropocène qui se manifeste dans chacune de ses expositions.

Marbre

Artiste résolument engagée dans notre époque, Francesca Piqueras signe à chaque exposition le nouveau chapitre d’une œuvre parfaitement maîtrisée. Avec « Movimento », elle avait sondé les blessures d’une montagne à vif, où chaque carrière témoigne encore aujourd’hui du génie de l’homme et de son obsession destructrice. Pour “Marbre”, l’artiste est retournée dans les Alpes Apuanes, au-dessus de Carrare, où se succèdent les sculpteurs depuis l’Antiquité. Son approche est plus intérieure, elle sonde la matière même de ces blessures, effleure sans les toucher les chocs, les griffures, les cicatrices d’un paysage exploité sans concession, jusqu’à la blancheur de marbre de ses os. Sur cette matière nue, Francesca Piqueras pose un regard à fleur de pierre, suit sans dévier la structure intime des multiples avatars du marbre, les dispose en abstractions délicates, parfaitement dosées. Cet équilibre subtil contrebalance une topographie de la destruction, appuyant sans forcer le trait sur les paradoxes d’une humanité capable de créer, de dévaster et d’oublier.

« Marbre » poursuit et développe cette démarche, transpose la matière en abstractions irréelles, en vibrations chromatiques étranges. Ici, pas ou peu de repères – symptôme d’une humanité à la dérive – mais une émotion visuelle parfaitement orchestrée par l’artiste, qui compose ici une symphonie minérale inspirée, presque surréaliste, et sublime ce que la nature offre à qui sait voir, comprendre, et entendre avec les yeux.

Francesca expose le 17 septembre à la Galerie Jouve Brown à Uzès et le 30 octobre à la Galerie Cyril Guernieri à Paris.

La chaîne Chérie 25/NRJ a diffusé le 30 juillet une interview de Francesca Piqueras.

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