Nanni Moretti présente : Diari d’amore
Nanni Moretti présente : Diari d’amore © Luigi de Palma

Nanni Moretti a choisi deux comédies de Natalia Ginzburg, Fraise et crème et Dialogue où les scènes d’intimité domestique s’enrayent et révèle la mesquinerie des mœurs bourgeoises.

Nanni Moretti présente sa première mise en scène de théâtre avec Diari d’amore du 6 au 16 juin à L’Athénée. Le cinéaste a choisi deux comédies de Natalia Ginzburg, grande figure de la littérature italienne ; deux textes de 1966 (Fraise et crème) et 1970 (Dialogue) où les scènes d’intimité domestique s’enrayent révélant la mesquinerie des mœurs bourgeoises.

Fraise et crème (1966)
La scène se déroule de nos jours, dans une maison de campagne, où vivent Flaminia et Cesare, avec la bonne Tosca. Un jour où le mari, Cesare, est en déplacement, la jeune Barbara fait irruption dans cette quiétude bourgeoise : elle s’est enfuie de la maison en laissant derrière elle un mari et un petit garçon. La jeune fille cherche Cesare, dont elle révèle être amoureuse sans pudeur ; elle s’attend à être accueillie, elle n’a nulle part où aller, elle ne veut pas rentrer chez elle, où son mari trahi lui fait peur, et elle ne supporte plus son petit. Dans l’attente du retour de Cesare, trois femmes prennent soin de la jeune errante : Flaminia lui offre à manger et un peu d’argent, sa sœur Letizia se propose de résoudre la question en accompagnant la jeune fille dans un convent de religieuses, et la servante Tosca, la prend pitié. Ce domicile familial, profané par la venue d’une étrangère, voit alors naître des petits conflits qui n’amènent aucun vrai changement dans leur fonctionnement et les rend amers et hermétiques à une quelconque provocation extérieure. Même la nouvelle du suicide probable de Barbara, semble n’avoir aucun effet sur la conscience des trois femmes.

Dialogue (1970)
Dialogue est une pièce comique : Francesco et Marta sont en couple. Nous les voyons un matin, encore au lit, en train de discuter des petites affaires du quotidien, quand une confession de trahison émerge des parole de Marta : comme par hasard, elle est tombée amoureuse du voisin, vieil ami de Francesco ; ils ont d’ailleurs prévu d’emménager ensemble. Cette annonce ne suscite aucune réaction particulière de la part de Francesco, aucune jalousie. A la fin tout continuera comme avant : l’amant “s’enfuit” en vacances avec sa femme légitime, sans prendre congé de son ami ou de ou de sa maîtresse et leur laisse qui plus est la charge de leur chien. Ici aussi rien ne saurait perturber la tranquillité et la routine installée dans la vie de ces protagonistes.

Première mise en scène de théâtre

Nanni Moretti est un habitué des théâtres romains et il opère aujourd’hui une métamorphose de spectateur à ‘Premier Spectateur’. Il dirigera en effet cinq actrices et acteurs non plus derrière sa caméra mais en affrontant « l’effroi » d’une scène de théâtre. Le même « effroi » qui définit l’écart entre l’intimité de la parole écrite et la clameur de la parole dite devant un public. Pour sa première mise en scène de théâtre, Nanni Moretti a choisi Natalia Ginzburg pour nous raconter les histoires des familles disharmonieuses, des hommes et des femmes sans consistance morale, d’êtres faibles vivant sans enthousiasme. Avec un regard ironique, Natalia Ginzburg ouvre le rideau sur des scènes d’intimité domestique où le conflit cède la place à l’indifférence, en dévoilant la fatuité des hommes et des femmes, émotionnellement et moralement ineptes. L’autrice joue avec les valeurs chères à la bourgeoisie : mariage, fidélité, maternité, amitié, sont traités avec des paroles d’une futilité qui en révèle la fragilité. Cette légèreté devient une clé de lecture froide, qui transforme en comédie des évènements de la vie des protagonistes qui seraient dans d’autres circonstances de véritables tragédies. Cette inconsistance donnée aux personnages par Natalia Ginzburg est aussi, et surtout, la dénonciation d’une société trop indifférente aux péripéties de la vie, même les plus inattendues. Peut-être que Nanni Moretti a choisi le théâtre de Natalia Ginzburg comme miroir de nos vies.

  • Mise en scène : Nanni Moretti
  • Scénographie : Sergio Tramonti
  • Lumières : Pasquale Mari
  • Costumes : Silvia Segoloni
  • Avec : Valerio Binasco, Daria Deflorian, Alessia Giuliani, Arianna Pozzoli, Giorgia Senesi

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
2-4, square de l’Opéra Louis-Jouvet I 75009 Paris

www.athenee-theatre.com