Un divan à Tunis

Un divan à Tunis de Manel Labidi, se veut d’être une “comédie” à la tunisienne, mais le film qui s’est fourvoyé à mi-chemin, est un film plutôt caricatural, qui a quelque peu dérapé.

Un divan à Tunis, se veut d’être une “comédie” à la Tunisienne, c’est le choix qu’a fait Manèle Labidi pour la réalisation de son premier long métrage. Mais le film qui s’est fourvoyé à mi-chemin, est un film plutôt caricatural, peut être beaucoup  trop caricatural. Et comme, il est difficile de faire rire les tunisiens, Manèle Labidi a poussé les facéties à l’extrême, au point de ne plus avoir envie de rire et d’en rire, du moins pour le spectateur tunisien.

Le choix de faire de chez soi un cabinet de psychanalyse est strictement interdit par la loi tunisienne, le cabinet doit avoir une entrée totalement indépendante du logement, choisir un studio délabré, humide dans un état lamentable ne trouve nulle part un ancrage dans la réalité des praticiens dans toute la Tunisie et non seulement à Tunis.

Nul ne peut exercer et ouvrir un cabinet de médecin psychiatre, psychologue clinicien ou psychanalyste en Tunisie sans avoir une autorisation au préalable. La réalisatrice par un excès de zèle à renverser la chronologie ainsi que l’ordre des choses et présente l’héroïne du film Selma (Golshifteh Farahani ), comme une ignorante de la législation tunisienne. Nul n’est censé ignorer la loi, surtout pour une psychanalyste qui a exercé à Paris et qui de plus, à fait des études supérieures. Par cette ignorance, Manèle Labidi cache gravement, le harcèlement moral que subit n’importe quel citoyen tunisien pour avoir une quelconque et n’importe quelle autorisation.

Dans une Tunisie en pleine mutation, insister dans plusieurs scènes du film, de présenter la franco- tunisienne féministe en train de fumer une cigarette dans la rue et de l’afficher comme un geste libertin est totalement démodé. Manèle Labidi avait pourtant l’opportunité de voir, si elle avait cherché autour d’elle, un nombre incalculable de femmes tunisiennes libres et affranchies. Des femmes en perpétuel lutte pour leur liberté et qui expriment leur féminisme et leur émancipation par des actes de bravoure beaucoup plus profond que de tenir une cigarette dans la rue qui n’est là, qu’un vulgaire cliché. La réalisatrice est passé complètement à côté du cas de la jeune lycienne Olfa, qui porte un foulard auquel elle ne croit pas. L’ambivalence profonde que vit cette jeune adolescente aurait du donner un souffle profond à ce film. Il aurait exprimer merveilleusement les contradictions et le non-sens de la vie de cette jeune adolescente et de toute sa famille. Mais Manèle Labidi nous donne juste l’impression que le fait d’étaler leur vécu se suffit à lui même.

La cerise sur le gâteau en est la dernière séquence, lorsque Selma, fantasme sur le policier qu’elle regarde en train de s’éloigner, ce même policier qui peu de temps auparavant, l’avait dragué et harcelé. Cette héroïne féministe qui se fond dans la réalité macho de la société  étant de fait un bel exemple d’intégration ! Une fin qu’on peut qualifier pour le moins plus que déplacer !

Tout cela pour dire Manèle Labidi a sincèrement essayé de faire de son film une comédie au parfum et couleurs tunisiennes, mais elle n’a pas su mettre en lumière, la réalité sociale, économique politique et culturelle tunisienne, celle d’après le 14 janvier 2011.

Pour ce premier premier long métrage de Manèle Labidi, le résultat est en dessous de ce que l’on en aurait pu en espérer, mais qui ne tente rien ne fait rien.

Golshifteh Farha ni, (Selma) joue avec brio son rôle de psychanalyste et donne du caractère à cette histoire presque tunisienne.

Il est certain que l’œil du spectateur tunisien qui comprend toutes les tournures des phrases du dialecte tunisien et qui connait la Tunisie profonde aura une vision très différente de celle du spectateur français.

Un divan à Tunis est depuis le 12 février sur les écrans de Paris mérite tout de même le déplacement, le film sortira en Tunisie le 28 février 2020. Un Divan à Tunis projetée dans 14 salles, la comédie de Manèle Labidi avec Golshifteh Farahani, Majd Mastoura et Aïcha Ben Miled a rassemblé 1.749 cinéphiles ce mercredi.

SYNOPSIS

Après avoir exercé en France, Selma, 35 ans, ouvre son cabinet de psychanalyse dans une banlieue populaire de Tunis. Au lendemain de la Révolution, la demande s’avère importante dans ce pays « schizophrène ». Mais entre ceux qui prennent Freud et sa barbe pour un frère musulman et ceux qui confondent séances tarifées avec “prestations tarifées”, les débuts du cabinet sont mouvementés… Alors que Selma commence enfin à trouver ses marques, elle découvre qu’il lui manque une autorisation indispensable pour continuer d’exercer…

Golshifteh Farahani Photo © Carole Bethuel

Un divan à Tunis - Bande Annonce