L’Indice d’une suite au Musée National du Bardo

L'Indice d'une suite

Le Musée National du Bardo ouvre ses portes à la jeune création, à l’occasion de l’exposition « L’Indice d’une suite » conçue entre Paris et Tunis. Inauguré en 1888, le musée est logé dans un ancien palais beylical du XIXème siècle, il héberge une immense et magnifique collection de pièces archéologiques, retraçant l’histoire de la Tunisie, depuis la préhistoire jusqu’au XVIIIème siècle. Une histoire riche en raison de la position géostratégique du pays qui a attiré toutes les civilisations méditerranéennes.

Le Musée National du Bardo est également renommé pour ses mosaïques. Il possède en effet une exceptionnelle collection de mosaïques romaines qui est la plus riche et la plus importante sur le plan international. On y trouve des pièces maîtresses telles que la célèbre mosaïque de Virgile.

Lors des travaux de rénovation et d’extension du Musée, achevés en 2012, dont l’objectif était de doubler la surface d’exposition, une nouvelle salle d’exposition temporaire a été construite. Elle accueille régulièrement des événements culturels et des expositions.

Dans le cadre de son projet de Résidence & Expositions,  « KASBAH NOVA » a invité 3 curateurs de l’Espace d’art parisien GLASSBOX à investir le Musée national du BARDO, pour présenter 5 artistes tunisiens émergents. Cette exposition, fruit d’une collaboration commencée en mars 2014 entre Paris et Tunis, présentera au public tunisien plusieurs œuvres inédites de chaque artiste, dans une scénographie conçue par GLASSBOX.

L’Indice d’une suite qui se prépare à investir les murs de la salle d’expositions temporaires du Bardo, permettra de découvrir, ou de redécouvrir, 5 artistes représentatifs de la jeune création tunisienne sous un nouvel angle.

L’exposition a en effet été conçue par Selim Ben Cheikh, Hela Lamine, Ali Tnani, Rania Werda et Othmane Taleb, en collaboration avec Glassbox et 3 artistes/curateurs Sabrina Issa, Clémence Agnez et Damien Roger. Ce trio parisien a pris les rênes artistiques de la première édition du programme en janvier 2014, sur l’invitation de la direction de Kasbah Nova. Le concept des curateurs pour L’Indice d’une Suite met l’accent sur la production des oeuvres en rapport étroit avec l’espace d’exposition, et sur le dialogue entre les propositions de chaque membre de l’équipe. Ce programme a déjà fait l’objet d’une exposition à Paris en juin 2014.

Pour la salle du Bardo, qui fait partie de la nouvelle extension du musée, les oeuvres issues de la première exposition à Paris, seront renouvelées, complétées et transposées dans de nouveaux formats adaptés à l’architecture et aux perspectives de ce nouvel espace.

Selim Ben Cheikh
Selim Ben Cheikh, « Arabian Spider ». Résidence Kasbah Nova, Paris, 2014, commissariat Glassbox

Selim Ben Cheikh est un artiste plasticien né en 1979. Il a été formé à l’Institut Supérieur des Beaux Arts de Tunis et à l’université Paris I Panthéon- Sorbonne. Il vit et travaille à Akouda dans la région de Sousse. Selim Ben Cheikh a déjà présenté son travail dans plusieurs expositions collectives et quatre expositions personnelles : Humain tout simplement à Paris en 2005, Ballet mécanique en 2006, Dialogue à Paris en 2007 et Obliques à la galerie A-Gorgi à Sidi Bou Saïd en 2014.

Dans les pièces présentées lors de la première exposition L’Indice d’une suite, et pour celle du Bardo, Selim Ben Cheikh poursuit sa relecture contemporaine de l’art des arabesques. Ce motif de l’art décoratif islamique est recomposé, non sans provocation, avec des fils barbelés et présenté sous deux formes différentes qui développent ce même geste de déplacement. Étoile ferrée II déconstruit ce motif sur plusieurs plaques de plexiglas et l’effet de transparence joue sur l’apparition de l’arabesque selon le point de vue ; le dessin original devient sculptural et accentue l’interrogation à la fois esthétique et provocatrice du déplacement de ce qui était d’abord une décoration et qui devient dès-lors le sujet même de l’oeuvre. Arabian Spider II utilise le même motif dans sa pure acception décorative par sa multiplication foisonnante sur les vitres de la galerie mais ce décor devient perfomatif en ce qu’il marque et définit le lieu même de l’exposition.

Pour le Bardo, Selim propose Ijtihad. « Les calligraphies, les ornementations, les Arabesques que l’on pouvait voir dans les enceintes des mosquées et lieux de cultes, dont la lecture, le décryptage étaient difficiles à lire, avaient pour but de stimuler, de pousser les adeptes à être attentionnés pour déceler le sens et la signification de ce qui était écrit. C’est cette dualité fond-forme, apparent-caché intimement liée à la compréhension du texte coranique que j’essaye d’exploiter dans mon travail Ijtihad. En travaillant ma calligraphie en blanc sur un fond blanc, je rends la tâche du spectateur difficile, vu l’absence de contrastes. Savoir isoler le fond de la forme sera moins aisé. Ijtihad est un appel à la lecture, la relecture des textes saints, c’est aussi un appel à chacun de nous, autant dire un travail sur soi pour être surpris par le texte comme si on le lisait pour la première fois. » selimbencheikh.tumblr.com

Hela Lamine est une artiste plasticienne et doctorante née en 1984 à Tunis. Elle a obtenu une maîtrise en Arts Plastiques à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis en 2007 et un master II en Arts plastiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne en 2009. Elle achève une thèse de doctorat en Sciences et Techniques des Arts qui interroge la place et l’utilisation de la nourriture dans l’art contemporain, elle enseigne à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse. Elle a exposé régulièrement depuis 2007 entre autre pour les galeries A.Gorgi, Hope Contemporary, Bchira Art Center et pour l’Exposition TALAN. Elle a participé à l’exposition Etre citoyenne en Tunisie, (Arcima, Paris, 2011), Rosy Future, Contemporary Art from Tunisia, (IFA Gallery, 2012, Berlin), Rosy Future, Contemporary Art from Tunisia, (IFA Gallery, 2013 Stuttgart), Dégagements… la Tunisie un an après, (Institut du Monde Arabe, Paris, 2012). Hela Lamine prépare une exposition personnelle intitulée « The unsecret life of Samantha.C », (novembre 2015, Galerie A.Gorgi).

À Paris, Hela Lamine a d’abord présenté le Festin des affamés, une installation qui nécessite l’action même du spectateur. Elle a pour cela scanné directement les composants de plats traditionnels qui interpellent, à travers leurs appellations, des connotations morbides ou cannibales. « Il s’agit de questionner d’une manière satirique, le tabou dans notre société actuelle en partant de ce qui entoure la nourriture. » Ses oeuvres en cours continuent d’interroger le rapport entre l’art et la nourriture. Comment déplacer l’aliment d’une manière générale, de son contexte d’origine, le rendre matériau et sujet de recherches réflexives, expérimentales, et ludiques si possible ? En utilisant le scanner et en déplaçant le plat et le repas en-dehors de toute vocation utilitaire ou gustative, Hela Lamine cherche à redonner aux ingrédients et à la nourriture un attrait formel et plastique. helalamine.tumblr.com

Hela Lamine
Hela Lamine – “Bouliss mkatteff” (traduction: Gendarme ligoté »), scanographie imprimée sur papier photographique, 110x110cm, 2014-2015.
Ali Tnani
Ali Tnani – Dessin #1, pigments sur papier Steinbach, 27 x 36 cm, reproduction par scanner, 2015.

Ali Tnani est né en 1982 à Tunis. Diplômé de l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Tunis en 2007, il a été résident de Transcultures à Mons en Belgique en 2010, et de la Cité Internationale des Arts à Paris de 2011 à 2015. Il a obtenu en 2013 une bourse de production de l’Arab Fund for Arts and Culture pour Erro. Il enchaîne les expositions en solo : Has Never Been To Survive, (La Boite, contemporary art space, Tunis, 2013), Contre-espaces, (AGorgi Gallerie, Tunis, 2013). Expositions collectives : Les Contre-Ciels, (PapelArt, Paris, 2014, Mapping, Palais Abdellia, La Marsa, Tunisie, 2014), If You Are So Smart, Why Ain’t You Rich?, (5th Marrakech Biennale, Morocco, 2014), Objets Son, (Palais Abdellia, La Marsa, Tunisia, 2012), Chkoun Ahna About us, (National Museum of Carthage, Carthage, 2012), Place aux 14 Janvier, (Galerie Talmart, Paris, France 2012), C, utlog Art Fair, (Paris, 2011), City Sonic Festival, (BAM, Mons, Belgique, 2010). Les pièces d’Ali Tnani s’articulent autour de concepts tels que les contre-espaces et les hétérotopies. Il conçoit un dispositif qui permet à des machines DIY de dessiner à sa place et travaille à l’intégration d’un module de collecte de données de différents réseaux afin de produire du print et du son ; il utilise ainsi différents matériaux comme le papier et l’acier, et différentes machines et techniques comme les imprimantes et les déchiqueteuses, la photographie et le hacking – l’erreur et la défaillance (la mémoire, les bugs, le travail manuel) s’intègrent au processus et deviennent productrices de sens. Depuis Data, Dust., présenté chez GLASBOX, Ali a créé Les Contre-ciels et Data Trails (2014) et Nécessité du Monument (2015).

Space of Exception, en préparation pour le Bardo, est un projet au stade expérimental. Comment créer un espace au sein du Musée du Bardo par la présentation de documents, le dessin d’une ligne imaginaire et son point d’arrêt? Ce que j’appelle Documents est une forme hybride entre le dessin sur papier et la vidéo générée par un script/program. L’image dessinée se révèle par la soustraction de pigments noirs et gris. Des matériaux comme le texte intitulé “Code pénal tunisien” et une photographie de faible exposition s’afficheront au même plan que les dessins à l’aide d’un vidéoprojecteur. Documents est une forme de présentation entre l’archive et l’étude (ce que l’étude est au dessin). Le point d’arrêt est ce point de chute d’une ligne imaginaire qui part des Documents vers une installation (non encore définie) mais dont l’emplacement peut être en dehors de l’espace d’exposition. Comment inscrire les frontières d’un espace dans le contexte du Musée du Bardo? Space of Exception est basé sur la notion d’ “État d’exception” développé par Giorgio Agamben et la forme incomplète d’un espace où l’impensable a eu lieu. alitnani.com

Rania Werda est née en 1984 à Bizerte en Tunisie, elle est sculptrice, peintre, vidéaste et enseignante en art. Elle a exposé en solo à Barcelone en 2012/2013, Poussière d’une Révolution au Centre Cívic Ateneu Fort Pienc. Elle y est retournée en 2014 dans le cadre de l’exposition résidence JISER. Elle a participé a de nombreuses expositions collectives à l’international et en Tunisie : IFA Galery, (Berlin, 2012 et Stuttgart, 2013), Galerie Hope Contemporary, (La Marsa. Tunisie, 2013), Galerie Hédi Turki, (Sidi Bou Said, Tunisie, 2013), 7ème Printemps des Beaux Arts, (Palais de l’Abdelya, Tunisie), El Teatro-Aire Libre, (Le Belvédère, Tunis Tunisie, 2009), 7ème rencontres Internationales Photographiques, (Bizerte, 2009, Galerie des Beaux Arts), Alger, 2008, (Galerie ESCA, Nîmes, France, 2007). Rania Werda vient d’être sélectionnée pour entrer en résidence à la Cité Internationale à Paris.

Rania Werda puise ses sujets dans le quotidien et tout ce qui l’anime : les corps, les objets, les paysages. Elle façonne et juxtapose ses images dans un cadre insolite, mélange de cultures occidentale et orientale d’où surgit toujours une forme de provocation. Pour le workshop et l’exposition L’Indice d’une suite à l’espace d’art Glassbox à Paris en 2014, Rania a proposé deux pièces utilisant diverses techniques et différents matériaux mais présentant un sujet similaire. Elle explique : « Je propose de représenter des personnages anonymes se couvrant le visage, derrière des décors kitsch et dénonciateurs. Des images chargées de détails, d’ornements à la frontière de l’abstraction, où la figure humaine est réduite à de simples couvertures. Issues d’une réflexion et d’un travail sur les manipulations psychiques et médiatiques engendrées par l’attente, les mensonges, les fausses promesses et la violence, ces images chargées de détails nous renvoient aux icônes, aux miniatures, aux auréoles, au sacré, à l’inconnu. » Pour le Musée du Bardo Rania Werda propose de nouveaux sujets gravés sur cuir, pour la cimaise de la salle d’exposition. foliomania.com/Rania-Werda

Rania Werda
Rania Werda, Anonyme II. Impressions sur cuir. Résidence Kasbah Nova, Paris, 2014, commissariat Glassbox.

Othmane Taleb est né en 1977. Il est architecte de formation, diplômé de l’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme (ENAU) de Tunis, et plasticien. Il a enseigné à l’ENAU et à l’Institut Supérieur de la Construction et de l’Urbanisme (ISCU) à Tunis. Othamne a présenté ses dessins lors d’une exposition personnelle au BAC Center de Tunis, (2013), et a participé à plusieurs expositions collectives au Palais Kheireddine, (Tunis Medina, 2014), à l’Espace Sadika, (Tunis, 2013), à la Galerie Millefeuilles, (La Marsa, Tunisie, 2013). Othmane à participé à la 11ème édition du MAG (Montreux Art Gallery du 04 au 08 Novembre 2015). Il prépare une exposition collective pour New York, prévue pour 2016.

Le travail d’Othmane Taleb présenté en 2014 pour l’exposition parisienne, consistait en un dessin mural qui débordait sur le plafond de la galerie, pour représenter plusieurs points de vue sur une foule. Son travail s’intéresse aux diverses formes de rassemblements de personnes comme des concerts ou des manifestations et puise sa composition dans l’analyse de la psychologie de la foule. La fresque présente ainsi différentes modalités de perception de ces groupements et développe plusieurs manières de les envisager comme pour décrire toutes les attitudes possibles face à des rassemblements impressionnants : la multitude peut aussi bien être le lieu d’un enthousiasme partagé comme une masse informe de violence. Les blancs dans la composition et les visages à peine identifiables marquent clairement cette phénoménologie de la foule quand l’individualité se perd et se retrouve dans le foisonnement. On perçoit ainsi dans ce dessin une diversité de personnages et d’intentions qui se perdent dans un vertigineux effet de multiplication. Pour le Musée du Bardo, Othmane Taleb propose Angelus, un quintyque, qui engagera le déplacement du spectateur, en faisant écho aux oeuvres du classicisme, ainsi qu’aux mouvements de migrations contemporains. Un mélange foisonnant, oscillant entre réalisme, figuration et abstraction. Plutôt que de représenter le réel, il saisit, capture et recompose l’instant de la tragédie humaine contemporaine traversées de personnages en collision, par des scènes aux traits fugaces d’un monde en perpétuel changement.

Othmane Taleb
Othmane Taleb, dessin, Angelus, 2015 Série

Informations pratiques

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