Le Loto fête ses 40 de bonheur, mais de quel bonheur parle-t-on ?

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Le Loto « 100 % des gagnants ont tenté leur chance », un chiffre d’affaires record de 13,7 milliards d’euros pour la Française des Jeux

Le 19 mai 1976, le premier tirage de la loterie nationale française, baptisée Loto, reposait sur le principe de trouver les six bons numéros (sur 49) plus un numéro complémentaire. Ce jour-là, 73.690 bulletins avaient été validés, et personne n’avait coché les six bons numéros, si bien que personne ne remporta le jackpot !

En 2015, 42 millionnaires ont remporté un jackpot du Loto, « soit quasiment un par semaine », se réjouit-on à la FDJ, la Française des Jeux, premier opérateur français de jeux d’argent et de hasard, détenue à 72 % par l’État.

La FDJ a augmenté ses ventes de 5,4 % en 2015, dégageant ainsi un chiffre d’affaires record de 13,7 milliards d’euros, selon un communiqué de presse diffusé ce jeudi. Les jeux de loterie, qui rapportent l’essentiel des revenus de la FDJ, ont ainsi progressé de 3,8 % l’an dernier, grâce notamment aux jeux à gratter, renforcés par les nouveautés comme Koh Lanta ou Miel d’or (+ 9,6 %).

Symbolisée par le célèbre slogan : « 100 % des gagnants ont tenté leur chance », la FDJ donne envie, et ce, même si la probabilité de remporter le jackpot n’est que d’une chance sur… 19 millions ! Depuis la création du Loto, plus de 16.400 personnes ont ainsi tiré les six bons numéros. Quant à la probabilité d’obtenir un gain, quel qu’il soit, elle est d’une chance sur six. L’obsession est toujours la même: trouver la combinaison gagnante pour arrêter de travailler, faire le tour du monde, réaliser ses rêves…

Dans un ouvrage à paraître ce vendredi intitulé «les Millionnaires du Loto», le journaliste Vincent Mongaillard, spécialiste des jeux et banlieues, recense 49 histoires de sacrés veinards, (49 comme le nombre de boules d’un Loto) et vous plonge dans 49 histoires qui se dévorent, qui se découvrent puisqu’elles sont, le plus souvent, totalement inédites. D’après Jean-Claude Boulay, sociologue des jeux de hasard : « Les gens jouent pour le plaisir de rêver et pour s’imaginer vainqueur« . S’il n’est pas avéré que les vendredi 13 portent chance aux joueurs, cela ne fait aucun doute pour la Française des Jeux : «Traditionnellement, le vendredi 13 est plutôt signe de malchance. Mais il est devenu, par une sorte de retournement selon lequel tout ne peut qu’aller mieux quand tout va mal, un jour porte-bonheur. Cela contribue à expliquer que les gens jouent beaucoup plus les vendredi 13», ajoute Jean-Claude Boulay.

Pour les joueurs, hélas, les probabilités de gain demeurent identiques, vendredi 13 ou pas. La chance de gagner le gros lot d’un Super Loto est toujours la même, et celle de remporter le jackpot d’un Euro Millions… de une sur 116 millions !

Durant les années 1980 et 1990, on voyait des couples se retrouver sur la paille après avoir brûlé leur gain à toute vitesse…Ce temps semble révolu car, depuis douze ans, l’entreprise publique accompagne ses clients fraîchement opulents et qui tiennent, coûte que coûte, à conserver leur anonymat.

De fait, pour des millions d’individus de part le monde, il n’existe aucun autre moyen de s’enrichir autrement que par le jeu, et c’est là que c’est vraiment triste car cela prouve que le travail ne paie pas suffisamment pour beaucoup, même simplement pour vivre décemment.

Le loto profite principalement à l’état qui engrange chaque année plusieurs milliards (3 milliards d’euros versés à l’Etat chaque année) sur le dos des plus pauvres. Ce sont les classes les moins aisées qui jouent le plus, ce qui revient en quelque sorte à avoir créé un nouvel impôt indirect, avec pour caractéristique que celui -ci devienne avec un peu de chance un impôt sur les grandes fortunes…

Le Loto, comme les paris sportifs qui représentent plus de 2 milliards d’euros, n’ont guère rapportés plus qu’une chimère à notre société qui, elle, se joue bien de la réalité de la misère qui règne dans notre pays. Pourquoi une partie de cet argent n’accompagnerait elle pas les TPE dans leur développement ? Elles qui ont tant de mal à se faire financer par le système bancaire, là le jeu en vaudrait la chandelle!

Ne faudrait-il pas non plus plafonner les gains parfois excessifs des loteries ? C’est ce qui a été décidé, il y a quelques temps déjà, Euromillions lançant « My Million », un jeu qui permet à chaque tirage de faire remporter un million d’euro à un gagnant, dans l’idée de multiplier les «petits» gagnants. Mais il n’est pas question toutefois de limiter les gros gains, car plus ceux-ci sont importants, plus ils attirent les joueurs.

Le Loto fête ses 40 de bonheur, mais pas d’un bonheur partagé avec le plus grand nombre. Vivre, avec pour beaucoup d’entre nous comme seul espoir de sortir de la misère et du chômage en gagnant au jeu, est une idée assez insupportable. Jouer ne devrait pas jamais devenir l’unique solution de toute une vie…

Il est vrai que les gouvernements ont toujours parié sur le jeu et le cirque afin de conserver leur pouvoir ; l’empire romain en est le meilleur exemple, mais attention, c’était juste avant sa chute…

Photo : DR

interview BFM Jean Claude Boulay

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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