• Participez au artsixMic Crowfunding !
  • Aidez-nous à bouger les choses !

Wesley Meuris et son Musée des futurs

Wesley Meuris © Eric Tabuchi

Le Musée des futurs est un musée dédié à la vulgarisation des images du futur. Une invention totalement fictionnelle de l’artiste Wesley Meuris

Dédié à la vulgarisation des images du futur, le Musée des futurs de Wesley Meuris se divise en trois sections. La première est consacrée à l’histoire des images et des méthodes d’appréhension de l’avenir, de l’Antiquité à nos jours. Elle s’appuie sur un système de classification rigoureux. La seconde propose de se plonger, aujourd’hui, dans différents futurs possibles, plausibles, préférables ou souhaitables à partir d’images, de vidéos et de fac-similés. Au centre de l’espace, enfin, une grande structure vide propose au visiteur une présentation du futur, sous la forme d’une expérience spatiale, physique : le futur y est vécu comme distant, impossible à atteindre, quelque chose existant par delà un seuil qu’il n’est pas possible de franchir aisément.

L’ensemble a été construit sur mesure pour l’architecture monumentale de la Salle des Pas Perdus du Palais de Justice de Poitiers, édifiée par Aliénor d’Aquitaine au XIIème siècle. Le Musée des futurs est totalement fictionnel. Principalement vide, l’appareillage institutionnel existe bel et bien physiquement, mais le musée est en lui-même une invention de l’artiste Wesley Meuris.

Wesley Meuris est tout à la fois : sculpteur, dessinateur, graphiste, éditeur, mais sa ligne inspiratrice principale est « l’exposition, ses formats, ses savoirs et ses institutions ». Le début de sa carrière, au sortir de sa formation d’Art et design à Sint-Lukas à Bruxelles, est marquée par une série de sculptures faisant toutes à leur manière référence au contrôle du corps, à l’enfermement, à l’hygiénisme et aux différents ordres du discours et de la classification des savoirs : Meuris produit des sanitaires, vestiaires, piscines et cages de zoo. Puis, peu à peu, l’artiste oriente son travail vers une dimension fictionnelle, explorant les conditions matérielles et conceptuelles de l’exposition.

Ainsi, en 2010, il réalise Congo Collection à partir d’une collection privée de sculptures et objets congolais, une installation sous forme de scénographie monumentale qui recouvre toute la surface du Centre Culturel de Knokke le Zoute où il est invité. Meuris récrée intégralement une architecture fictionnelle, un Research Building dont il reproduit scrupuleusement chaque fonction (lieu de rendez-vous, storage, espace de restauration, centre de documentation…). Meuris, par ses scénographies, va à contre courant, faisant l’inverse de ce qui se fait habituellement.

En 2009, IL crée à la galerie Art et Essai à Rennes The World’s most Important Artists. Une longue paroi de verre coupe en deux l’espace de la galerie. Derrière celle-ci, 6 grands meubles de classements sont alignés et présentent 15 façades de tiroirs sur chaque côté. Au total 660 tiroirs référencés matérialisent un système de classification et d’archivage des pratiques artistiques. Un principe d’organisation méthodique des données est visible à travers un tableau à trois entrées correspondant aux médiums, aux thèmes d’inspiration et aux dispositions psychologiques des artistes. Il est destiné à préparer et orienter la recherche, qui est supposée se poursuivre dans l’espace dessiné par les six meubles de classements. Ce tableau est disponible pour les visiteurs sous la forme de fiches individuelles dont il suffit de cocher une case par entrée, pour obtenir une codification renvoyant à un tiroir précis situé dans l’un des meubles de classement.

Mais bien entendu, tous les tiroirs sont vides et on ne peut pas même les ouvrir ! Meuris a voulu et réussi à confronter le spectateur à une monstrueuse et kafkaïenne archive vide, asseyant par là même son principe de travail qui consiste à associer l’approche conceptuelle des institutions (dans la lignée de la critique institutionnelle) et puissance sculpturale.

Dans la lignée de son humour grinçant, il crée en 2012 la FEAK, Fondation for Exhibiting Art and Knowledge. Fondation fictive à laquelle il consacre un ouvrage, toute la rigueur scientifique, surjouée, étant ici renvoyée à l’ordre de la fiction, seule la homepage du site étant accessible, les autres pages affichant le message d’erreur : « Members only area ». Comme l’écrit Christophe Kihm, « l’anticipation plonge toute sa production artistique dans un régime de fonctionnement proche de la science-fiction », la fiction se faisant support d’une critique discrète mais déterminée des langages du monde de l’art par Meuris.

Conceptualiste excentrique, Meuris se livre à une critique discrète mais déterminée des langages du monde de l’art ; sa fondation qui a pour mission de promouvoir, à l’échelle globale, des expositions à la fois innovantes, créatives et accessibles à tous, se nomme FEAK, son acronyme étant proche du mot «fake », qui signifie « inauthentique », « inventé » !

Par sa puissance ironique, Meuris veut exacerber l’organisation cauchemardesque des objets et des données (les bibliothèques, les data centers, les centres d’archive, les musées, les sites internet, les encyclopédies…), et les projets de rationalisation qui la sous-tendent. Ses expositions et ses livres sont des pastiches, d’institutions, de catalogues d’artistes, d’archives.  Une invention de  Wesley Meuris,  qui c’est faite avec la collaboration avec Jill Gasparina.

Photo : Le musée des futurs – Wesley Meuris © Eric Tabuchi

Informations pratiques :

Tags:

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

  • Voir les commentaires : (0)

Publicité

Vous pourriez aussi aimer ?

nicolas Mingasson

Nicolas Mingasson présente « Destins Dolganes »

En décidant de s’associer à l’Observatoire Photographique des Pôles pour présenter le travail photographique ...

La Mare de Vau­ville

« 40 ans de beauté préservées » au Manoir du Tourp

C’est à une magnifique exposition de photos en plein air que nous convie le ...