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Philippe Djian « Love Song » aux éditions Gallimard

Philippe Djian
Philippe Djian – photo C. Hélie © Gallimard

Daniel est un musicien accompli. À 50 ans et quelques, sa carrière est faite, il est l’auteur de plusieurs gros succès, de plus d’une dizaine d’albums, et tourne dans le monde entier. Le public et la critique l’adorent, on le reconnaît dans la rue et le désordre de sa vie conjugale avec Rachel fait parfois la une de la presse people. Mais ces derniers temps, l’industrie du disque a changé sans qu’il s’en aperçoive. Et, quand il remet à sa maison de disques ses nouveaux morceaux, le verdict tombe : pas assez commercial. Renvoyé en studio, il doit d’urgence trouver l’inspiration, quand sa femme, qui l’avait quitté depuis un an, choisit justement ce moment pour revenir…

C’est la première fois que Philippe Djian s’inspire du monde de la musique pour écrire l’un de ses romans. Un univers dont il est depuis longtemps familier.

Philippe DjianLe titre, Love Song, fait référence à la musique…

Philippe Djian : Le personnage central, Daniel, est auteur compositeur- interprète. À 50 ans, il est reconnu comme un auteur de qualité, aux textes d’une grande poésie. Pourtant, il pense avoir raté sa vie : au début de son mariage, il a trompé sa femme. Elle n’a pas divorcé, mais elle a repris sa liberté. Lui se dit que c’est le prix à payer pour sa faute. Et, comme ils n’ont pas d’enfants, il pense qu’il est stérile. Le livre commence au moment où elle revient au domicile conjugal, enceinte, après une escapade de huit mois avec Tony, un des musiciens de Daniel. Daniel se demande alors si cet enfant inespéré n’est pas, au fond, celui qu’il attendait.

Évidemment, ce ne peut pas être aussi simple…

Philippe Djian :  Comme Tony meurt dans un accident stupide, Daniel se dit que la voie est libre, qu’il peut accepter l’enfant puisque le père est mort. Mais Tony n’a été qu’une passade pour sa femme. En fait, elle a une aventure depuis vingt ans avec un autre homme, Georges, que Daniel considère comme un frère, avec qui il a partagé les galères de son début de carrière. Et Daniel va bientôt se demander qui est le vrai père de l’enfant… Tout cela installe le thème principal du roman : un jeu de dupes entre ces personnages qui vivent ensemble des histoires différentes. Ensemble, c’est-à-dire en même temps et dans les mêmes lieux. C’était ce qui m’amusait, ce sur quoi j’avais envie de travailler.

Vouliez-vous vous démarquer de « Oh… », votre dernier roman ?

Philippe Djian :  Je dirais plutôt que, par rapport à d’autres de mes livres, il n’y a pas de violence particulière, c’est plutôt la chronique d’une vie. C’est une histoire de famille, une histoire du premier cercle, entre Daniel, sa femme, Georges, l’enfant… Sans oublier qu’il existe un lien fort entre Daniel et sa femme, ils ont vécu ensemble des moments importants, et ils ont encore beaucoup à vivre ensemble, malgré tout. C’est aussi un livre sur l’absence et la solitude, sur la culpabilité et la rédemption, un livre épuré, qui se débarrasse du superflu. Le problème de mes personnages, c’est comment réagir à des choses auxquelles on ne s’attend pas. Et, pour Daniel, c’est de découvrir qu’il s’est complètement trompé depuis vingt ans.

Dans chacun de vos livres, vous vous efforcez d’innover en matière de style…

Philippe Djian :  Ici, je suis parti sur l’idée qu’il ne fallait peut-être plus obéir de manière aveugle à la concordance des temps. C’est un peu difficile d’y échapper dans une même phrase, mais à l’intérieur d’un même paragraphe, passé, présent, passé simple ou subjonctif peuvent très bien se mélanger, certaines scènes prennent plus de relief au passé qu’au présent. J’ai trouvé que cela donnait une coloration particulière. De même, je me suis dispensé des points d’exclamation et d’interrogation, pour donner une autre dimension aux dialogues. Pour un écrivain, l’important n’est pas de raconter des histoires, Céline disait « si vous voulez lire des histoires, vous n’avez qu’à acheter les journaux ». L’intérêt, c’est de toujours chercher des voies nouvelles : si je ne m’étonne pas de livre en livre, je n’ai pas envie d’écrire.

On ne peut plus écrire comme au xixe siècle, et je ne vois pas pourquoi, si une histoire va de A à B, on ne pourrait pas commencer avant A et finir après B. C’est le cas dans Love Song : vers la page 200, tout semble résolu. Pourtant, l’histoire se poursuit encore sur une centaine de pages, parce que je voulais savoir ce qui allait se passer une fois que Daniel avait compris ce qui lui arrivait…

Philippe Djian : 

Philippe Djian est né en 1949. Son roman 37,2° le matin, adapté au cinéma par Jean-Jacques Beneix, lui a valu la reconnaissance du grand public. Il a, entre autres, publié aux Éditions Gallimard Vers chez les blancs, Ça, c’est un baiser, Frictions, Impuretés, Impardonnables, Incidences, Vengeances et  » Oh…  » Prix Interallié 2012.

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