Marguerite Yourcenar et l’empereur Hadrien au Forum antique de Bavay

Marguerite Yourcenar et l’empereur Hadrien, une réécriture de l’Antiquité

Sur les pas d’Hadrien et de Marguerite Yourcenar

C’est à une vision intime et historique du règne de l’empereur romain Hadrien (117-138), nourrie à la fois de l’imagination de Marguerite Yourcenar et des études archéologiques plus récentes, qu’est invité à découvrir le public, grâce à cette exposition réalisée en partenariat entre la Villa départementale Marguerite Yourcenar et le Forum antique de Bavay, deux établissements du conseil départemental du Nord.

Cette exposition, la première organisée en France sur ce sujet, dévoile l’histoire personnelle de l’empereur romain, personnage principal de Mémoires d’Hadrien, tout en donnant accès à l’intimité de l’écrivaine par le biais de sa démarche documentaire et de ses écrits. Cette exposition, par un jeu de miroirs entre littérature et archéologie, entre Antiquité et imaginaire, alterne entre œuvres et illustrations : objets archéologiques de l’époque d’Hadrien, objets ayant appartenu à Marguerite Yourcenar ou faisant référence à son travail de collecte d’informations sur la dynastie des Antonins, l’Empire romain et Hadrien lui-même.

Livres, tapuscrits, éditions originales de Marguerite Yourcenar répondent à la statuaire, bustes, monnaies, encriers et lampes de l’époque de l’empereur Hadrien. Une cinquantaine d’œuvres sont ainsi exposées grâce à des prêts du Musée du Louvre, du British Museum, de Petite Plaisance, du Musée Ingres (Montauban), du musée gallo-romain de Lyon-Fourvière, le musée Fenaille (Rodez), de Tivoli, du musée Saint-Raymond (Toulouse), du Musée de Picardie, du musée Marguerite Yourcenar (Saint-Jans-Cappel) et des Archives départementales du Nord.

L’exposition permet par ailleurs de découvrir l’univers dans lequel travaillait Marguerite Yourcenar tout en renvoyant à l’enfance de l’écrivaine qui a vécu à Saint-Jans-Cappel (Nord). À Bavay, l’exposition s’articule en cinq sections thématiques sous-tendues par la trame littéraire de Mémoires d’Hadrien : Après une partie consacrée au travail de recherche de Marguerite Yourcenar, l’exposition aborde différents thèmes de la vie de l’empereur : l’homme soucieux de sa mémoire et de celle de ses proches, l’homme politique, l’empereur bâtisseur, puis l’esthète, ami des arts et de la culture hellénique et enfin sa passion et le culte d’Antinoüs. Ainsi, l’exposition explore la place de l’Antique dans l’œuvre littéraire et effleure la question sur la frontière entre données archéologiques et fruit de l’imagination.

Mémoires d’Hadrien, publié en 1951, est sans conteste le livre de Marguerite Yourcenar qui a donné lieu au plus grand nombre d’études, thèses, essais, conférences, séminaires… en France et à l’étranger. Plus de soixante ans après sa publication et près de trente ans après la mort de son auteure, le livre est toujours d’actualité. Ainsi que l’écrit l’universitaire Bruno Blanckeman, « Mémoires d’Hadrien invite à mettre en perspective, depuis le Haut-Empire romain, quelques enjeux auxquels notre monde reste confronté et qui se satisfont mal des solutions manichéennes : l’impérialisme et le pacifisme, l’esprit de tolérance et le péril fanatique, le souci de soi et le sens du bien commun, la morale des grands idéaux et le pragmatisme politique, la liberté des sens et la pression des affects ».

Marguerite Yourcenar est parvenue à rapprocher passé et présent, histoire et fiction. Porte d’entrée vers l’époque romaine, pour beaucoup de lecteurs à travers le monde, Mémoires d’Hadrien est un roman qui permet de comprendre l’Antiquité comme un ouvrage scientifique tout en y apportant la sensibilité du vécu d’un homme.

Hadrien, du clarissime à l’empereur

Publius Aelius Hadrianus est né le 24 janvier 76, à Rome ou à Italica, en Bétique, berceau de cette famille descendant de colons italiens. Ce jeune clarissime accomplit son service militaire dans trois unités différentes. Quand Trajan est adopté par Nerva en 97, Hadrien est chargé de porter les félicitations de l’armée à celui qui est son parent le plus proche. En 101, il commence la carrière sénatoriale en étant questeur de Trajan, arrivé au pouvoir en 98. Lors des guerres contre les Daces, Hadrien fait partie de l’état-major de Trajan et reçoit les décorations militaires. Il parvient au sommet de la carrière sénatoriale en 108 : il a alors 32 ans. Il parfait sa formation par un séjour à Athènes en 111-112. Le 11 août 117 marque la date de son avènement à Antioche, soutenu par l’impératrice Plotine, veuve de Trajan ; il est désormais l’Imperator Caesar Traianus Hadrianus Augustus. Entre 121-125, il entreprend une première grande série de voyages (Gaule, Rhin, Bretagne, Hispanie, Achaïe) qui le conduit à renforcer les frontières de l’Empire (construction d’un mur en Bretagne romaine…). De 128 à 134 a lieu une deuxième grande série de voyages, au cours de laquelle il passe en Afrique en 128 et harangue son armée ou encore en 130, fonde Aelia Capitolina sur le site de Jérusalem. Cette fondation est suivie par la révolte juive de Bar-Kohba (132-135). En 131, il fait paraître l’Édit perpétuel, recueil de lois préparé par le juriste P. Salvius Julianus.

La mort d’Antinoüs dans le Nil à l’été 130 l’affecte profondément et il fonde à sa mémoire une ville, Antinoupolis. Sans enfant, il choisit un premier successeur à l’été 136, L. Aelius Caesar, qui meurt le 1er janvier 138. En conséquence, le 25 février 138, il adopte Antonin, qui, à son tour, adopte Marc Aurèle et Lucius Verus.

Hadrien meurt à Baïes le 10 juillet 138 et au début de 139, Antonin obtient sa divinisation et porte ses cendres dans le mausolée qu’il a achevé sur le Champ de Mars.

Mémoires d'Hadrien

« J’ai formé le projet de te raconter ma vie. » Sur son lit de mort, l’empereur romain Hadrien (117-138) adresse une lettre au jeune Marc Aurèle dans laquelle il commence par donner « audience à ses souvenirs ». Très vite, le vagabondage d’esprit se structure, se met à suivre une chronologie, ainsi qu’une rigueur de pensée propre au grand personnage. Derrière l’esthète cultivé et fin stratège qu’était Hadrien, Marguerite Yourcenar aborde les thèmes qui lui sont chers : la mort, la dualité déroutante du corps et de l’esprit, le sacré, l’amour, l’art et le temps. À l’image de ce dernier, ce « grand sculpteur », elle taille, façonne, affine avec volupté chacun des traits intérieurs du grand homme à qui elle fait dire : « Je compte sur cet examen des faits pour me définir, me juger peut-être ou tout au moins pour me mieux connaître avant de mourir. »

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Poche: 364 pages
Editeur : Gallimard (1 janvier 1977)
Collection : Folio
Langue : Français
ISBN-10: 2070369218
ISBN-13: 978-2070369218

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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