Les ganjifas : les cartes à jouer indiennes miroirs d’une civilisation

ganjifas

Les ganjifas, de par leur histoire et leur iconographie, permettent d’offrir un éclairage singulier et original sur ce pays immense, complexe et fascinant.

L’Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde, reste encore mystérieuse. Civilisation millénaire, elle a connu une histoire mouvementée, avec des invasions, la naissance et la disparition de grands empires, pour devenir une jeune République qui fêtera le 26 janvier prochain ses 70 ans. Les cartes à jouer indiennes, dites ganjifas, par leur histoire et leur iconographie, permettent d’offrir un éclairage singulier et original sur ce pays immense, complexe et fascinant.

Ainsi, la vie à la cour des Grands Moghols et des nombreux royaumes et principautés indiens, le panthéon hindou (Vishnu et ses avatars) et les grands textes épiques (Ramayana, Mahabharata), la colonisation occidentale et le monde moderne indien, font partie des grands thèmes de cette exposition.

En présentant de magnifiques miniatures indiennes, cartes à jouer, sculptures, photographies issues de prestigieuses collections publiques (Bibliothèque nationale de France, Musée Guimet, Musée de la Compagnie des Indes, Deutsches Spielkartenmuseum) et privées, cette exposition permettra tout à la fois de mieux connaître ce monde indien aux traditions vivantes, riche de ses influences islamiques, hindoues et européennes, où le jeu tient une place symbolique, mais aussi d’apprécier tout l’intérêt et toute la beauté de ces cartes, dont l’existence même est aujourd’hui menacée.

À partir du début du XVIe siècle, les Moghols fondèrent les bases d’une riche culture indo-persane s’étendant du bassin de l’Indus au delta du Gange. Une brillante école de peinture, fameuse pour ses miniatures dont relèvent notamment les ganjifas « de cour », éclot sous leur égide. La plupart des maharajas, sultans, nababs et autres princes indiens continueront cette tradition.

À partir du XVIIe siècle, des jeux de ganjifas « hindouisés » se sont répandus, il ont grandement contribué à la diffusion du jeu dans l’ensemble de la société indienne. Le modèle qui a eu le plus de succès est sans aucun doute le jeu de ganjifas dasavatara ou jeu des 10 avatars de Vishnou, mais bien d’autres ont vu le jour, inspirés de l’astrologie ou encore des deux grandes épopées en vers : le Ramayana et le Mahabharata.

L’Inde, ce pays mystérieux situé au-delà du fleuve Indus, fut pour les Européens le pays de l’Orient imaginaire par excellence. Parallèlement, les grandes compagnies commerciales puis l’Empire britannique renforcent leur présence et assoient leur domination… Les ganjifas témoignent de cette présence grandissante.

Progressivement, les Indiens adoptent les cartes européennes à enseignes latines (coupe, épée, bâton, denier) puis françaises (pique, coeur, carreau, trèfle). Pour le grand écrivain Rabindranath Tagore, elles restent toutefois le symbole du système colonial comme en témoigne sa pièce Tasher Desh ou le Royaume des cartes.

Un art populaire redécouvert après l’Indépendance

Le critique d’art Rudolf von Leyden (1908-1983), Allemand réfugié à Bombay dans les années 1930, soutient dès ses débuts le Groupe des artistes progressifs (PAG), mouvement majeur de l’art moderne indien. Il incite ces artistes à concilier l’avenir de leur jeune pays avec ses racines, le modernisme avec les arts populaires, notamment celui des ganjifas, dont l’ornementation « est l’un des aspects les plus authentiques de l’iconographie populaire indienne ».

Le Musée français de la carte à jouer :

Le Musée français de la carte à jouer, inauguré en 1997, est l’un des rares musées existant dans le monde consacrés à ce thème. Initiées en 1930 par une exceptionnelle donation au profit de la ville d’Issy-les-Moulineaux, ses collections comprennent plus de 14 000 biens (jeux de cartes, gravures, dessins, affiches, coffrets et marqueurs de jeux, objets d’arts décoratifs…) illustrant l’histoire de la carte à jouer du XVe à nos jours et dans le monde entier.

Musée Français de la Carte à Jouer

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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