Les Bouches-du-Rhône. Agnès Varda

Agnès Varda
« Quartier du Merlan »
© Agnès Varda
Denis et Enza Luiguegia, bouchers, avec leurs clients et voisins

Dès l’entrée, on est transporté dans l’univers fantastique d’Agnès Varda. Collé, scotché, face au Rhône, le fleuve à nos pieds, fasciné par ces bouches diverses et variées, masculines, féminines, qui parlent, s’animent et nous signifient qu’ici, sur ce sol, plusieurs langues se chantent. Ici le mélange est roi, la diversité est reine et les habitants sont heureux d’échanger la musicalité de leurs mots.

Il y a bien sur le fleuve fédérateur et omniprésent mais il y a surtout, nichés dans ces « bouches », aux creux des bras du Rhône, ces hommes venus des quatre coins du monde formant le peuple de Provence.

« La richesse de ce territoire, disait Toursky, c’est sa population » et cela Varda le sait et c’est peut-être ce qu’elle aime le plus…les gens, la matière humaine.

Les hommes et leurs histoires ; les histoires du groupe, des groupes ; les mots et les situations, les hasards c’est un peu tout cela qu’elle donne à voir dans la deuxième partie de l’exposition. Portraits de groupes d’hommes et de femmes qui mettent en avant un objet, une fleur, un poisson, dont l’appellation est le nom du quartier qu’ils habitent.

La transition se fait, par la suite, de façon évidente entre l’image fixe et l’image animée, ces deux univers si liés pour Agnès. Car pour elle, il n’est pas pensable de ne rien faire, de rester là ; Il faut à un moment ou l’autre passer à l’action, s’agiter, bouger, participer, créer. A ces images fixes, il lui faut inclure le mouvement et inclure un récit, une histoire, d’où cette merveilleuse oeuvre mélangeant photo et film. Une photo du toit du « Corbu », prise en 1956, sur cette image des personnages en situation. Vingt ans plus tard, Agnès a besoin de donner corps à ces personnages. Elle a besoin de les faire basculer dans la troisième dimension. Elle va alors les animer, les faire incarner par des acteurs, tout à coup la photo vit, les personnages prennent corps, ils se racontent… Magique !

« Varda » comme on l’appelle, avec la force qu’a ce nom si mélodieux, arrive par son regard intense et malicieux, sa magie, son énergie à nous plonger dans une oeuvre totale. Sorte de happening joyeux, sous la forme d’un voyage initiatique dont la quête serait… la joie du partage ! Véronique Traquandi Commissaire

Note d’intention d’Agnès Varda

Ma grand-mère maternelle était marseillaise. Mais nous vivions loin de là. J’ai découvert Marseille et la région dans les années 50. J’ai fait des photographies en Arles, en Camargue, à Tarascon, à Aix en Provence, à Saint Rémy puis, en 1984 autour de Saint Etienne du Grès où j’ai tourné Sans toit ni loi.

En 1956, envoyée en reportage, j’ai pris une photographie sur la terrasse de la Cité radieuse du Corbusier. Cette image m’a inspiré, des années plus tard, deux projets : un film de fiction en vidéo, comme si les personnes de l’image avaient existé et qu’on voyait un moment de leur histoire avant et après l’instant de cette photographie et, récemment, sur cette même terrasse, un portrait de groupe. Des femmes qui sont des Citoyennes radieuses version 2012. On les verra parmi d’autres photographies dans la galerie des Bouches du Rhône à Aix en Provence dès le 12 janvier 2013. L’accueil se fera par une grande vidéo du Rhône où flottent des bouches. C’est plaisant d’illustrer la réalité d’un nom de département.

Le seul d’ailleurs en France qui contienne un mot lié au corps humain. Pour aller plus loin, on verra même l’embouchure du Rhône vers la Mer. Une série de portraits de groupes racontera la diversité des habitants de Marseille, capitale du département et capitale de la Culture européenne en 2013. Les noms des quartiers m’ont amusée. Comme pour les Bouches du Rhône, je les ai illustrés tout simplement : la Pomme, le Merlan, la Rose, la Criée, le Panier, le Vélodrome…

J’ai beaucoup aimé rassembler des habitants qui ne se connaissaient pas ou peu. Ils ont souri, ils ont crié, ils ont posé. Je les remercie de s’être prêtés de bonne grâce à mon album local. Associant photographie et cinéma, j’ai réalisé deux nouveaux portraits à volets-vidéo. Portrait photographique noir et blanc : Achille et Paris, du cirque Phocéen et Amélie des Majorettes de Vitrolles. Sur les volets de ces images, on voit ces enfants en pleine action et en couleur. Il y aura du monde dans la galerie puisque mes images y amèneront une bonne centaine de buccorhodaniens. Ces projets inédits répondent à l’invitation de Véronique Traquandi chargée de mission aux Arts Visuels du département. Je la remercie, ainsi qu’Annick Colombani-Gomez, Cécile Aubert et les élus du Conseil Général, de m’avoir invitée à me lancer dans cette aventure vidéo-photographique, que je n’aurais pas pu mener à bien sans l’énergie et la bonne humeur de Julia Fabry assistante et co-filmeuse. Agnès Varda.

Biographie Agnès Varda

Née à Ixelles (Bruxelles) en 1928, Agnès Varda passe sa petite enfance en Belgique avec ses quatre frères et soeurs. La guerre en 1940 pousse la famille jusqu’au sud de la France. Adolescence à Sète puis à Paris – baccalauréat – cours à l’École du Louvre et le soir à l’École de Vaugirard en section photographie. Depuis 1951, elle vit à Paris dans le 14ème arrondissement, rue Daguerre. Agnès Varda devient photographe de Jean Vilar à la création du festival d’Avignon en 1948, puis de la troupe TNP, Théâtre National Populaire, dont Gérard Philipe fut une figure emblématique. Elle réalise sa première exposition personnelle en 1954 dans la cour de sa maison, puis de nombreux reportages photographiques notamment en Chine et à Cuba. Au gré de ses voyages ou de ses rencontres, elle réalise des portraits d’anonymes ou de personnalités de son temps. En 1954, Agnès Varda passe au cinéma sans aucune formation. Elle crée alors la société Ciné- Tamaris (une coopérative) pour produire et réaliser son premier long métrage, La Pointe courte, qui lui vaudra le titre de « Grand-mère de la Nouvelle Vague ».

Ses films les plus connus sont : Cléo de 5 à 7, Le bonheur, Sans toit ni loi (Lion d’Or à la Mostra de Venise, en 1985), Jacquot de Nantes, Les glaneurs et la glaneuse. Mariée avec le cinéaste Jacques Demy (disparu en 1990), elle a élevé avec lui Rosalie Varda-Demy, devenue créatrice de costumes et Mathieu Demy, comédien et réalisateur.

Ils ont passé plusieurs années à Los Angeles, où Agnès a d’abord tourné dans les années 1960 Lions Love (…and Lies), Oncle Yanco, Black Panthers, puis, dans les années 1980, Mur murs et Documenteur. En 2003, Agnès Varda commence sa 3ème carrière d’artiste plasticienne.

Ses installations sont exposées lors des Biennales de Venise et de Lyon, au S.M.A.K. de Gand, à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain et à la Galerie Martine Aboucaya à Paris, au CRAC de Sète, à la 41e édition de Basel Art Fair.

En 2007, une exposition dans la chapelle Saint-Charles à Avignon : Je me souviens de Jean Vilar, témoigne des grandes années du festival.

En 2008, Les plages d’Agnès, autobiofilmographie poétique et ludique a trouvé écho dans le public et obtient le César du Meilleur Documentaire en 2009. En juin 2010, la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles a exposé la série des Portraits brisés.

En 2010 et 2011, elle réalise une série documentaire Agnès de-ci de-là Varda, 5 épisodes de 45 minutes qui seront diffusés sur ARTE en décembre 2011. Ce sont des chroniques très libres de voyages, de rencontres avec des artistes célèbres ou moins connus ainsi que des échanges sur l’art contemporain.

En mars et avril 2012 le CAFA Art Museum de Pékin et le Hubei Art Museum de Wuhan en Chine ont exposé les photographies qu’Agnès avait prises lors de son voyage en Chine en 1957, jusqu’alors inédites, ainsi que plusieurs de ses installations contemporaines. De juin à août 2012 elle participe à la grande manifestation artistique « Le Voyage à Nantes » avec deux nouvelles installations vidéo : Des chambres en ville.

En juillet le festival du film de La Rochelle propose une rétrospective de certains de ses films ainsi qu’une exposition de son installation Patatutopia, et de ses photographies La cheminée patate et la série Patates coeurs.

  • Exposition du  vendredi 12 janvier au dimanche 17 mars
  • Commissaire : Véronique Traquandi
  • Exposition itinérante : média mixtes incluant : vidéos, films, photos (dont un reportage sur Marseille effectué en 1956)

Galerie d’art du Conseil général
Hôtel de Castillon

  • 21 bis cours Mirabeau
  • 13100 Aix-en-Provence
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