James Turrell à la Venet Foundation

James Turrell, Elliptic Ecliptic, 1999 (c) Frédéric Chavaroche - Archives Bernar Venet

James Turrell « Inspirer la lumière » cet été à la Venet Foundation

Dans le cadre de son exposition estivale, la Venet Foundation présente deux œuvres de l’artiste américain James Turrell*. Chaque année, ce lieu d’une surface de 4 hectares offre à ses visiteurs, un parcours inédit à travers une « œuvre d’art totale » conçue par l’un des artistes français les plus célébrés au monde, Bernar Venet, en collaboration avec son épouse Diane. La fondation pour Bernar Venet est à la fois un « atelier mental d’exception » et un écrin unique pour des œuvres monumentales d’artistes majeurs de l’histoire de l’art des cinquante dernières années.

« James Turrell est un constructeur de temples, en ce sens qu’il réinvente des lieux pour l’aura, pour le jeu de l’ouvert et du cadre, le jeu du lointain et du proche, la mise à distance du spectateur ou bien sa perdition haptique. James Turrell construit des objets d’incandescences et de nuées, des objets doués d’un volcanisme silencieux. Des bouches sans noms prononcés, ou des buissons ardents réduits au hiératisme d’un seul rectangle rouge. Des petites cathédrales où l’homme se découvre marchant dans la couleur¹ ». Georges Didi-Huberman

La lumière de Turrell apparaît grâce à des dispositifs dissimulés, élaborés avec précision, et vient reproduire des phénomènes naturels que l’artiste amplifie et met en scène en dramaturge. L’obscurité, le silence, la présentation d’une manifestation perceptuelle que l’œil ne s’explique pas et qui nous dépasse, aboutissent à l’abandon dans la contemplation, à une confrontation avec le sublime.

La première œuvre de James Turrell intitulée Elliptic, Ecliptic, appartient à la série des skyspaces, ces bâtiments, ici ovoïde, dans lesquels le spectateur est invité à s’asseoir afin d’observer le ciel à travers un espace resserré, dégagé de toute pollution visuelle, et mis en lumière par un dispositif dissimulé dans la structure. «Elliptic  Ecliptic », est l’une des toutes premières œuvres  de l’artiste, réalisée en 1999, celle-ci sera présentée en permanence au sein de la fondation. Tout comme Klein cherchait à peindre le ciel, Turrell le sculpte dans l’espace et le colore en teintant son environnement. La concentration du bleu, du plus clair en début de journée, au plus foncé la nuit, en un espace restreint fait ressortir son intensité et l’immensité de l’infini. Dégagé de tout contexte, c’est un monochrome abstrait que l’on contemple. Un monochrome défini par ses contours, mais dont la profondeur nous est inconnue, voire inexplicable. Elliptic, Ecliptic est une installation pérenne de la Venet Foundation, comme la Chapelle Stella, réalisée par Frank Stella à l’occasion de l’inauguration en 2014. Comme à Marfa au Texas (où se trouvent notamment les fondations Chinati et Judd), l’exigence de la Venet Foundation est de présenter les œuvres dans des conditions idéales. Tout ici, la nature, l’architecture, l’accrochage, est au service des artistes. Construite dans le parc de sculptures de la fondation, en regard de la chapelle de Frank Stella, le skyspace, que Georges Didi-Huberman décrit comme un temple, souligne le tropisme des artistes contemporains à élaborer des monuments à connotations sacrées et à s’inscrire dans une histoire séculaire dont ils conservent la substance tout en en réécrivant les codes.

La deuxième œuvre de Turrell, Prana, est présentée dans la galerie contemporaine. Elle consiste en un espace clos, hermétique à toute lumière extérieure au bout duquel un rectangle rouge dissimule sa nature exacte. Ce qui semble être un objet peint, du pigment pur, ou une projection lumineuse se révèle après examen être une ouverture (aperture dans le vocabulaire de Turrell) sur une réflexion lumineuse. Derrière le cadre découpé dans la paroi, disparaît toute notion spatiale dans une sorte d’abîme embrumé d’un rouge flamboyant évoquant l’intérieur d’un volcan en fusion. Prana, son titre, emprunté à la religion hindoue, vient du sanskrit. Selon les Upanishad, il s’agit d’une énergie vitale universelle qui imprègne tout, et que les êtres vivants absorbent par l’air qu’ils respirent. Chez Turrell, cette énergie apparaît dans l’air à la faveur d’un brouillard coloré dont le pouls se dissipe à mesure que l’œil s’accoutume à l’obscurité de la pièce. Ce qui en subsiste après quelques minutes, c’est la source de ce brouillard, le rectangle de couleur pure qui persiste comme une source intarissable. Dans l’œuvre de Turrell, il y a la découverte d’un environnement inhabituel, non naturel. Une fois le sas passé, « l’homme qui marche sait déjà que l’espace va cesser de lui être quotidien²». Il y a aussi la mise en scène d’une sensation fantasmée, d’un souvenir in utero à mi-chemin entre l’organique et le volcanique.  Cette oeuvre est en exposition dans la galerie contemporaine, celle-ci restera trois ans dans la fondation.

¹ Georges Didi-Huberman, L’homme qui marchait dans la couleur, Les Editions de Minuit, Paris, 2001, pp. 33-34.
² Georges Didi-Huberman, L’homme qui marchait dans la couleur, Les Editions de Minuit, Paris, 2001, p. 28.

 

la Venet Foundation c’est aussi :

– Le parc de sculptures comprenant des œuvres monumentales d’artistes de la collection et de Bernar Venet
– La Chapelle Stella créée in situ par Frank Stella pour l’inauguration de la fondation en 2014
– Deux espaces d’exposition : la galerie qui accueille l’exposition temporaire et l’usine qui héberge des oeuvres de Bernar Venet ainsi que son nouvel Effondrement

Liste non exhaustive des artsites présents dans la collection Venet Foundation :

Arman, Vito Acconci, Carl Andre, Art & Language, Robert Barry, Ben, Bill Beckley, James Lee Byars, César, Christo & Jeanne-Claude, Walter De Maria, Marcel Duchamp, Dan Flavin, Dan Graham, Raymond Hains, Gottfried Honegger, Peter Hutchinson, Robert Indiana, Jasper Johns, Donald Judd, On Kawara, Ellsworth Kelly, Joseph Kosuth, Jannis Kounellis, Sol LeWitt, Richard Long, François Morellet, Robert Morris, Olivier Mosset, Robert Motherwell, Tania Mouraud, Dennis Oppenheim, Orlan, Jaume Plensa, Mel Ramsden, Robert Rauschenberg, Man Ray, Mimmo Rotella, Ulrich Rückriem, Robert Ryman, Richard Serra, Tony Smith, Frank Stella, Jean Tinguely, DeWain Valentine, Claude Viallat, Jacques Villeglé, Lawrence Weiner.

Photo : James Turrell, Elliptic Ecliptic, 1999 (c) Frédéric Chavaroche – Archives Bernar Venet

* James Turrell, né le 6 mai 1943 à Los Angeles, est un artiste américain dont les principaux média d’expression sont la lumière et l’espace. Il vit et travaille à Flagstaff en Arizona, ainsi qu’en Irlande.

INformations pratiques :

Bernar Venet Le pont-tube

Photo © Serge Demailly, La Cadière-d’Azur Courtesy Archives Bernar Venet, New York

James Turrell and Frank Lloyd Wright's Shared Vision at the Guggenheim

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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