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exposition « Guy Debord, un art de la guerre » à la Bibliothèque nationale de France

Guy Debord
Affiche BnF, dpt. Manuscrits, fonds Guy Debord

L’exposition « Guy Debord, un art de la guerre », organisée à la Bibliothèque nationale de France repose essentiellement sur les archives de Guy Debord. Classées Trésor national en 2009, elles ont rejoint en 2011 les collections du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, où elles sont désormais ouvertes à la consultation. Rassemblés en un même lieu, les manuscrits et documents de travail se donnent la réplique et révèlent l’entrelacs des pensées sous-jacents à l’élaboration de l’oeuvre. Les exposer permet, par la mise en relation permanente des documents et leur contextualisation, de recomposer la toile que les archives tissent au fil de leur lecture et de redonner momentanément chair à l’aventure. Dans le cas de Guy Debord, l’expression n’est pas seulement une image : fondateur des deux mouvements d’avant-gardes, l’Internationale lettriste (1952-1957) et l’Internationale situationniste (1957-1972), il a toujours eu à ses côtés des compagnons pour partager ses goûts comme ses refus. Soucieux de préserver la mémoire de leur temps et de leurs actes, il a pris soin de conserver ses propres manuscrits et ceux dont il s’est trouvé le dépositaire, ainsi que toute une documentation extrêmement riche sur les activités de l’I.L. et de l’I.S. que l’exposition présentera.

Le coeur de l’exposition est constitué de 600 fiches de lecture rédigées par Guy Debord, choisies parmi les 1400 qui se trouvent dans le fonds, un matériau totalement inédit. S’y ajoutent plus de quatre cents pièces, manuscrits, photographies, documents de travail, affiches, tracts, oeuvres plastiques et extraits d’archives sonores. L’ensemble cherche à ouvrir des portes pour la compréhension de l’oeuvre de Guy Debord et de ses compagnons d’armes. Ce parcours rétrospectif dans une époque dont la nôtre découle directement devrait aussi apporter quelque éclairage pour la compréhension de notre temps.

Il y avait lieu d’insister sur des moments très spécifiques de cette histoire. Ainsi, outre les fiches de lecture de Guy Debord, quelques ensembles se détacheront de la totalité : les photographies (dont un grand nombre inédites) d’Ed van der Elsken, auteur en 1956 du livre Love on the left bank, dans lequel apparaît la troupe que fréquentait Guy Debord chez Moineau, café en marge du Saint-Germain-des-Prés de Sartre et Beauvoir ; la galerie de portraits qui permettra de voir le visage de plus de quarante situationnistes, dont on connaît plus souvent les noms que le regard ; un ensemble d’extraits audiovisuels issus des collections de l’INA, qui permettront de contextualiser les positions des situationnistes vis-à-vis des événements de leur temps, depuis les émeutes de Watts aux Etats-Unis en 1965, jusqu’à la cybernétique et son application pratique dans la vie quotidienne ; les découpes de magazine préparées par Guy Debord pour une possible utilisation au banc-titre dans ses films : mises les unes à côté des autres, elles composent une vaste fresque des années 70 et de leur débauche consumériste. Enfin, le Jeu de la guerre, oeuvre moins connue de Debord et pourtant essentielle pour comprendre son parcours, sera présenté dans une salle dédiée.

Des oeuvres plastiques, des manuscrits ainsi que des archives audiovisuelles ou sonores, s’ajoutant à celles de l’INA, viendront compléter la présentation des archives issues du fonds Guy Debord. Ces pièces ont été prêtées généreusement par Olivier Assayas, Michèle Bernstein, Alice Debord, Paul Destribats, Anneke Hilhorst, François Letaillieur, Bertrand Renardineau, Luc Volatier, Barbara et Hedy Laure Wolman ainsi que par le Centre Pompidou, l’Hôtel Ambassade d’Amsterdam, le Länsmuseet d’Halmstad (Suède), la Galerie Ronny van de Velde (Anvers) et le Stedelijk Museum d’Amsterdam.

Paris, 1953, au fond de la rue de Seine, un jeune homme écrit sur un mur en hautes lettres : NE  TRAVAILLEZ  JAMAIS !

Guy Debord n’a jamais travaillé. Il a beaucoup marché dans les rues de Paris, bu – et lu – certainement plus que d’autres et a forgé dans ses oeuvres, écrites ou filmées, les armes théoriques d’une critique sans concession de la société moderne. Les mouvements d’avant-garde dont il fut l’initiateur, l’Internationale lettriste (1952-1957) puis l’Internationale situationniste (1957-1972), furent les points d’appui de cette lutte organisée pour combattre tout ce qui fait entrave à la vie véritablement vécue. Guy Debord fut avant tout le stratège d’une guerre de mouvement contre les faux-semblants de notre société, dont il démontra très tôt et très précisément le mécanisme pervers dans son livre La Société du spectacle (1967). Alimenté par le pouvoir, les médias, la culture et la foule de représentations qu’ils génèrent, le spectacle régit nos existences, fait écran entre nous et les autres et se montre redoutable envers toute contestation qu’il récupère et modèle à son image. Aliénation diffuse et illusionniste, il est une culture au sens large, que régit la logique de la marchandise, relayée au quotidien par ses produits. Le combattre implique donc de concevoir et de manier un véritable art de la guerre.

C’est sous cet angle de la stratégie que seront abordés l’oeuvre et le parcours de Guy Debord et de ses compagnons d’armes, dans l’exposition que lui consacre la BnF au printemps 2013.

Conçu dès 1956, le Jeu de la guerre de Guy Debord constitue à la fois la synthèse stratégique de son oeuvre et le principe structurant de l’exposition. Toutes les époques et les oeuvres seront présentées dans cette perspective d’une guerre à mener pour se maintenir sans cesse hors du champ de contrôle de nos vies par le système organisé de consommation de marchandises sans cesse renouvelées. Le parcours de l’exposition se déroule autour d’un centre, constitué de l’inédite collection de fiches de lecture de Guy Debord : sur des centaines de feuillets, ce lecteur infatigable a reporté les passages à retenir, les commentant à l’occasion, et préparant ainsi de futurs détournements ou aiguisant ses armes et ses concepts au contact d’autres auteurs.

« Pour savoir écrire, il faut avoir lu. Et pour savoir lire, il faut savoir vivre ». Ainsi, de ce centre d’où tout s’élance et où tout revient, seront présentés, époque après époque, les oeuvres, le regard et la pratique de Guy Debord, mais aussi l’aventure collective de ceux qui unirent leurs efforts pour concevoir une société à leurs yeux moins absurde que le système d’une économie capitaliste marchande, alors en plein essor.

Paris, 2013, sur les quais de la Seine, Guy Debord, entre pour de bon dans le spectacle, dont il fut le plus intransigeant des critiques. Mais avec lui, pour le combattre encore, son art de la guerre.

  • Exposition du  27 mars au 13 juillet 2013

Grande Galerie
BnF I François-Mitterrand
Quai François-Mauriac – 75013 Paris

Légendes des visuels : 

1) CMDO [Conseil pour le maintien des occupations] Occupation des usines, mai 1968, Affiche BnF, dpt. Manuscrits, fonds Guy Debord

2) CMDO [Conseil pour le maintien des occupations] A bas la société spectaculaire-marchande, mai 1968, Affiche BnF, dpt. Manuscrits, fonds Guy Debord 

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