Champagne ! au musée des Beaux-arts de la ville de Reims

Champagne

Le musée des Beaux-arts de la ville de Reims prépare son avenir… en s’attachant à son patrimoine, au patrimoine de toute une ville, avec ses crayères et ses maisons de champagne, et à celui de toute une région avec ses paysages et ses coteaux : le Champagne. Proposée dès le 14 décembre 2012 à l’approche des fêtes de fin d’année, l’exposition ‘Les Arts de l’effervescence. Champagne !’, reconnue d’intérêt national, sera l’événement culturel rémois de 2013. Après ‘Couleurs et Lumières’ en 2011, c’est un nouveau grand rendez-vous qui est proposé aux habitants, aux touristes mais également à toutes celles et tous ceux qui se sont engagés à défendre la candidature des « Coteaux, Maisons et caves de Champagne » au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Peintures, affiches, sculptures, verrerie, orfèvrerie, éventails, papiers peints mais aussi cinéma ou musique… Au fil d’un parcours transdisciplinaire et thématique, pas moins de 370 pièces sont montrées au public, issues de 85 prêteurs différents, privés ou publics, particuliers ou professionnels, d’Europe et d’Outre-Atlantique. De la naissance du champagne avec Dom Pérignon au Bouquet de Champagne de Maarten Baas (2008), de l’usage des bulles à la Cour pendant le siècle des Lumières au bal populaire de Severini – décomposé en de multiples facettes –, de la verrerie d’un Lalique aux affiches de Bonnard et de Toulouse Lautrec, toute l’histoire du Champagne est évoquée. Avec l’ambition d’interroger le rapport des arts à la fête, au luxe, ou à la publicité.

A tout juste un mois de l’annonce par le Gouvernement des deux dossiers retenus pour la candidature française au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’exposition ‘Les Arts de l’effervescence. Champagne !’, à Reims et en Champagne, fait plus que sens. Elle invite, au-delà même des arts, à interroger tout un patrimoine, des paysages façonnés par – et pour – le plus célèbre des vins. Pensé en partenariat avec les mécènes de l’exposition, l’Office de tourisme, la Société des amis des arts et des musées, l’Ecole du Louvre ou le musée d’Orsay, un large panel d’actions culturelles ou de visites croisées sera donc proposé tout au long de l’exposition.

Adeline Hazan, Maire de Reims, voit cependant plus loin : « Il s’agit dès aujourd’hui de préfigurer le nouveau musée des Beaux-arts, pour lequel nous avons choisi un architecte en mai dernier : David Chipperfield. Grand musée sur le plan architectural, il devra trouver sa place parmi les grands musées de France. Et cela dépendra de la façon dont il saura se distinguer pour rayonner. On se doit de réfléchir dès aujourd’hui aux liens qu’entretiendra le futur musée avec son patrimoine. » ‘Couleurs et Lumières’ interrogeait l’an dernier l’art du vitrail au moment du 800e anniversaire de la cathédrale Notre-Dame. Le visiteur de cette nouvelle exposition du musée des Beaux-arts de Reims, lui, est déjà ailleurs. ‘Les Arts de l’effervescence. Champagne !’ invite à un véritable voyage dans un monde de fêtes et d’aristocrates, dans un univers de coteaux et de vignes.

Pour la première fois, une exposition célèbre l’alliance entre le champagne et les arts depuis le XVIIe siècle jusqu’à nos jours. Cet élixir effervescent, loin d’être un vin tranquille, se révèle une source inépuisable pour l’imaginaire des artistes au niveau national et international. Hymne à la joie sans frontières, source d’un « dérèglement de tous les sens »…

L’objectif de l’exposition ‘Les Arts de l’effervescence. Champagne !’ est d’explorer ce phénomène de façon résolument transdisciplinaire et thématique. Loin de se limiter à la peinture, elle convoque aussi l’architecture, la sculpture, les arts décoratifs – verres à champagne et rafraichissoirs bien sûr, mais aussi vitraux et tapisseries – l’art de la publicité, la musique et le cinéma. Son objectif est ainsi de mettre en scène l’art total lié au Champagne, art porteur d’interrogations, de mythes et légendes.

L’exposition témoigne avant tout de la diffusion des images le mettant en scène et de l’imaginaire inattendu qui lui est lié, générateur d’oeuvres souvent extravagantes, humoristiques, naïves, audacieuses ou surréelles. OEuvres qui démontrent comment, depuis son invention, les acteurs et professionnels du champagne ont contribué au développement des arts, qu’ils aient agi en tant que mécènes ou dans un but promotionnel. OEuvres qui prouvent que les artistes, au-delà des enjeux commerciaux, se sont appropriés dans leurs démarches la puissance poétique, sensuelle et cosmique de l’effervescence.

Ce parcours a enfin pour objectif de rappeler que la boisson festive et explosive de La Danse du Pan Pan au Monico du futuriste Gino Severini, l’une des oeuvres les plus magistrales évoquant le champagne au début du XXe siècle, ne saurait exister sans la nature champenoise, ses vignobles et paysages propices à la méditation et à la littérature qui sont au coeur des démarches d’Émile Gallé et plus récemment d’Olivier Debré.

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête
Arthur Rimbaud

PARCOURS / 1
Un vin aristocratique, de la réalité au mythe

L’association du Champagne à un univers aristocratique dans les arts figurés trouve ses racines dans la clientèle prestigieuse qui fut historiquement à l’origine de la réputation du vin effervescent, du Régent à Marie-Antoinette.

Réputé pour sa finesse depuis la Renaissance, le vin de Champagne quitte à la fin du XVIIe siècle sa tranquillité pour devenir effervescent. Résultat d’un processus complexe et coûteux, en particulier à cause du nombre important de bouteilles explosant du fait de la pression lors de la seconde fermentation, le Champagne est un produit rare et cher.

Il est réservé à une élite comme en témoignent en 1735, les deux commandes royales de Louis XV pour la salle à manger de ses petits appartements du château de Versailles. Illustrant de façon festive la consommation du Champagne lors d’un déjeuner d’huîtres (Jean-François de Troy) et d’un déjeuner de jambon (Nicolas Lancret), elles constituent des représentations fondatrices de l’imaginaire du Champagne en l’associant à l’aristocratie, au luxe et à la fête.

A leur suite, le Souper du prince Louis François de Conti au palais du Temple de Michel Barthélémy Ollivier et le Dîner dans la salle des fêtes du palais des princes de Salm de Nicolas de Mirbeck témoignent du succès du vin effervescent dans les salons parisiens et dans les cours européennes. L’Allégorie du goût du peintre Philippe Mercier, inspiré par la société cosmopolite où celui-ci évoluait, fait plus généralement du Champagne un symbole universel de l’élégance.

L’imaginaire aristocratique du Champagne se trouve encore renforcé par l’originalité de son mode de consommation : flûtes, coupes ou rafraichissoirs constituent des objets raffinés représentatifs d’une société privilégiée. Symbole d’un mode de vie aristocratique exalté par la peinture puis bientôt relayé par la publicité, le Champagne au XIXe siècle devient plus largement une boisson garante d’un passé prestigieux pour une clientèle qui s’élargit.

Inspirée de la peinture du XVIIe siècle hollandais, les très nombreuses natures mortes qui mettent alors en scène le Champagne, constituent une représentation assagie, presque bourgeoise, du vin effervescent. La dimension prestigieuse du Champagne est également illustrée par l’architecture des maisons de Champagne, où les références historicistes contribuent à ancrer le vin effervescent dans un univers noble et luxueux.

PARCOURS / 2
Effervescence, fêtes et décadence

Distinguant du commun ceux qui le boivent ou soulignant l’exception du moment auquel on le réserve, le champagne est devenu au XIXe siècle un signe de jouissance et de réjouissance, voire son symbole même. Le champagne a d’ailleurs fini par s’identifier à un régime, le Second Empire, dont l’image est étroitement associée au commerce, au divertissement et à la fête.

Dans les représentations contemporaines, le champagne se montre, comme les femmes qui l’absorbent autant qu’elles l’incarnent, tour à tour pétillant, frivole, séducteur, vain, débauché. La fête est encore évoquée par la présence de masques ou du célèbre Pierrot, tous deux en lien à la Commedia dell’Arte qui était très en vogue à Paris dans les théâtres de pantomimes.

Ceux-ci renvoient à la critique de la décadence contemporaine dont le champagne est le ferment, comme l’illustre Thomas Couture, le maître de Manet, qui réunit pour un souper nocturne au célèbre restaurant des grands boulevards, la Maison d’or, une troupe de masques enivrés et les cadavres des bouteilles qu’ils ont sabrées.

La consommation du champagne s’est en effet largement répandue et celui-ci est abondamment consommé pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle dans les restaurants, cabarets, théâtres ou cafés-concerts de la capitale, lieux de réunion et d’échange de tout un milieu artistique, peintres, écrivains, hommes et femmes des arts du spectacle, qui trouvent dans l’effervescence de cette boisson une inspiration nouvelle.

PARCOURS / 3
De l’Art nouveau à l’Art déco, l’apothéose !

Dès la dernière décennie du XIXe siècle, le champagne n’est plus seulement associé à une tradition aristocratique, puis bourgeoise, mais à la modernité et aux audaces plastiques. Les expositions universelles (1889, 1900, 1925 et 1937) et la publicité accentuent sa dimension internationale. Pierre Bonnard réalise une affiche en 1889-1891 France Champagne qui symbolise la liberté revendiquée de jeunes Nabis ouverts à l’art total, au théâtre et à la musique. Ses lignes sinueuses, sa synthèse formelle issue du Japonisme, mettent en évidence cette révolution de l’affiche à laquelle participent aussi Toulouse-Lautrec, Mucha et Cappiello.

Les maisons de champagne contribuent résolument à l’épanouissement de l’Art nouveau dont les courbes sont en parfait accord esthétique avec l’effervescence du vin. Ainsi, Henry Vasnier, directeur de la maison de champagne Pommery, tout en acquérant une collection exceptionnelle de près de 600 peintures, sculptures et objets d’art, se rapproche spontanément d’Emile Gallé – un artiste fasciné par la botanique – et lui commande une salle à manger cosmique et poétique, dont les décors de marqueterie symbolisent la nature champenoise. De même, la Maison Mercier accompagne la naissance du cinéma par la commande d’un film publicitaire aux Frères Lumière Vie d’une bouteille de champagne depuis la grappe jusqu’à la coupe en 1895.

L’indéniable qualité et la préciosité des objets d’art décoratif et des meubles reste constante jusqu’aux Années trente : une période douloureuse de reconstructions mais aussi de fêtes. Lalique et Daum passent naturellement de l’Art nouveau à l’Art déco.

La Champagne – en particulier la Ville de Reims – renait avec faste non sans un certain nationalisme que l’exposition internationale de 1925 va exacerber. La cathédrale martyre, incendiée en 1914 et peu à peu restaurée, hante les artistes rémois qui l’associent au champagne, l’élixir sacré. C’est le cas d’Adrien Sénéchal qui évoque la cathédrale et la basilique Saint Rémi cernées de gratte-ciel et de bouteilles ou de Jean Goulden qui reçoit de la part des professionnels du champagne la commande d’un reliquaire en argent massif destiné à être offert à la cour d’Angleterre, dont le décor intérieur évoque la montagne de Reims.

Durant les Années folles, Gustave Jaulmes, Maurice Denis (église Saint Nicaise), Pierre Ducos de la Haille ou Henri Rapin (hôtel de ville) réalisent à Reims des peintures et fresques monumentales évocatrices d’une Antiquité viticole et paradisiaque qui révèlent l’amnésie de beaucoup vis-à-vis de cette guerre sacrificielle, mais aussi une quête absolue de paradis perdu.

PARCOURS / 4
Chaos, surréel et renaissances au XXe siècle
Champagne !

Pour de nombreux artistes au XXe siècle, le champagne n’est pas seulement synonyme de luxe, fêtes et décadence d’une France spéculative et frivole qui se serait pétrifiée depuis le Second Empire, il est symbole de volupté, d’extase, de métaphore et de résurrection : un élixir magique destiné à préserver le « chemin de la vie » si souvent déstabilisé par les guerres et le chaos.

La Grande Guerre a ravagé la Champagne et ébranlé de nombreux artistes et intellectuels : certains d’entre eux ont assumé les artifices des Années folles, d’autres ont cherché à décrypter les mécanismes d’une planète affolée et barbare résolument ouverte aux dictatures.

Pour la plupart, l’effervescence du champagne reste associée à l’énergie vitale et à l’ironie. En 1918, Guillaume Apollinaire n’hésite pas à écrire ces vers sur le « Vigneron champenois » :

Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang fermente
Vous resterez quelques jours et puis vous remonterez en ligne
Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne

J’envoie mes bouteilles comme les obus d’une charmante artillerie

Parmi les proches du surréalisme, André Masson, qui fut grièvement blessé en 1917 dans la « tranchée des Walkyries » près du Chemin des Dames, s’intéresse durant l’entre-deux-guerres à Dionysos, dieu du vin – et de l’ivresse naturellement -, mais aussi dieu de l’effroi et de l’extase. Fasciné par ce dieu et le tragique de la Grèce antique, il s’engage avec Georges Bataille en 1936 dans un projet de revue Acéphale dont le numéro de juillet 1937 est consacré à Dionysos.

Cette approche surréelle annonce les explosions plastiques et abstraites après 1945 qui iront jusqu’à incarner l’effervescence de l’élixir pétillant. Ainsi, les lignes cosmiques et tourmentées d’Extase ( vers 1957) de Masson sont l’origine du décor d’une bouteille commercialisée en 1987.

En 1945, Reims, lieu de la reddition allemande, va progressivement incarner la paix retrouvée. Durant l’après-guerre, Jean Lurçat réalise une série de tapisseries sur l’Apocalypse (1957-1966) dont la septième appelée Champagne symbolise la renaissance et l’optimisme. Foujita s’engage jusqu’en 1966 dans la construction d’une chapelle dédiée à la paix, dont le décor évoque une sereine Notre-Dame des Vendanges. Tous deux ont été marqués par « l’épouvante atomique » d’Hiroshima et Nagasaki et s’engagent dans des testaments artistiques porteurs d’Arcadie et de joie.

Récemment, certaines démarches décalées et contemporaines mettent en abyme l’esthétique aristocratique dont le luxe est à la fois assumé et revisité parfois avec humour. Ainsi, le designer Marteen Baas n’hésite pas à déstructurer cet héritage issu du Siècle des Lumières dans un impressionnant surtout de table en verre de Murano qui n’est pas sans rappeler le « décorativisme psychique » d’un Salvador Dali ou l’univers merveilleux de Lewis Carroll.

  • Exposition du 14 décembre 2012 au 26 mai 2013

Musée des Beaux-arts de la Ville de Reims
8, rue Chanzy – 51100 REIMS

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