Christian Lacroix met en lumière le musée Cognacq-Jay

Créé en 1928 à l’initiative du fondateur de la Samaritaine, Ernest Cognacq, le musée a emménagé dans les espaces de l’hôtel Donon, demeure du XVIe siècle rénovée dans le Marais en 1990. Il présente des œuvres emblématiques du XVIIIe siècle sélectionnées par le fondateur pour être exposées dans des boiseries évocatrices du « décor artistique de la vie française ».

Pour sa réouverture, le musée Cognacq-Jay se dévoile à travers une carte blanche proposée à Christian Lacroix. Connu pour son travail régulier auprès des institutions muséales, Christian Lacroix a ainsi accepté le double défi de renouveler le « fil rouge » des ambiances de visite tout en travaillant sur un concept cher à son approche artistique, le goût pour le XVIIIe siècle. Plus de 40 artistes contemporains ont été invités par l’artiste commissaire en réponse à dix thèmes phares identifiés parmi les acquisitions d’Ernest Cognacq pour mieux faire comprendre l’esprit des Lumières et son importance actuelle.

COMMISSAIRES : Christian Lacroix ; Rose-Marie Mousseaux, conservateur du patrimoine, directrice du musée Cognacq-Jay.

Photo : © Monsieur Christian Lacroix

Christian Lacroix

Quel regard et quel lien entretenez-vous avec le siècle des Lumières ?

Le regard que je peux porter sur le siècle des Lumières n’est que celui d’un amateur, un regard indirect qui passe par cette fin du XIXe et le début du XXe ou les Cognacq ont constitué leur collection, non sans faire appel à des conseillers historiens de l’art « éclairés ». Mais j’avoue sincèrement que le lien est ténu, me sentant plus dionysiaque qu’apollinien. Mais je ne peux qu’adhérer avec reconnaissance à tout ce que les Lumières ont apporté en matière de progrès social, de réflexion politique, de lutte contre les obscurantismes, de tolérance, de soif de connaissance avec les encyclopédistes. D’autant que, très paradoxalement, ces acquis en apparence inébranlables, ces fondations qui semblaient le socle définitif des sociétés modernes sont soudainement mises à mal, contestées, niées en ce début du XXIe siècle.

Ne serait-ce que pour ces raisons, il est utile de faire ce va-et-vient entre le XVIIIème et le nôtre. Mais, encore une fois, en ce qui me concerne, c’est aussi en passant pas le goût du XIXe, qu’on a pu appeler « le siècle du pastiche », qui n’a rien inventé ou presque, le cadre des arts appliqués post Napoléon III ne faisant que « sampler » les siècles précédents, comme la période romantique répétait le Moyen Âge « troubadour ». Nulle trace de « création contemporaine » pure, ex-nihilo, contrairement à ce qui se faisait jour en Angleterre ou dans les pays du nord.

Pendant ces décennies 1880/1910, on se doit de vivre dans le bon goût, qui ne peut être que celui du passé, la bourgeoisie post Napoléon III se parant un peu des plumes de l’aristocratie éclairée pré-révolutionnaire.

Alors je dois confesser qu’au-delà du respect admiratif que je peux éprouver pour ces « Lumières » je ne suis pas insensible à toute l’écume rococo qu’elles ont pu susciter, inspirer, à la seconde moitié du XIXe et au-delà, ce style « marquise », « bergère », un peu « leste », bourgeois au fond, limite kitsch. Et c’est souvent par ce biais là que les artistes contemporains reviennent vers le XVIIIe.

Le parcours de l'exposition

L’intervention de Christian Lacroix permet de renouveler la mise en espace des collections du musée et de proposer une nouvelle lecture des oeuvres en les insérant au sein d’un parcours clarifié mettant en lumière la personnalité des collectionneurs Ernest Cognacq et Marie-Louise Jay. Les thématiques qui rythment ce nouveau parcours reflètent les différents axes de la collection, orientés par les choix d’acquisition d’Ernest Cognacq et de Marie-Louise Jay, ainsi que les courants majeurs dans les arts du XVIIIe siècle. Ainsi, à une première salle d’introduction consacrée à l’histoire de la collection et à ses fondateurs, succèdent une dizaine de sections :

– Sens et connaissance au XVIIIe siècle (salle 2)

– Spectacles, bals et sociabilités (salles 3 et 4)

– Paris, capitale des Lumières (salle 5)

– Économie artistique de l’Europe (salles 6 et 7)

– Les exotismes du XVIIIe siècle (salle 8)

– Le modèle antique (salle 9)

– Enfance et éducation (salles 10 et 11)

– Le portrait et l’émergence de l’individu (salles 12, 13 et 15)

– Le siècle de Boucher (salle 14)

– Fables, contes et romans (salle 17)

Au fil du parcours, Christian Lacroix opère des croisements entre les collections du musée et des photographies, textiles, pièces de design et installations d’artistes contemporains. À travers ces rencontres, il initie une réflexion sur le devenir du siècle des Lumières dans notre environnement contemporain et pousse à mieux en percevoir l’héritage culturel.

Monsieur Christian Lacroix
Monsieur Christian Lacroix

Photo : © Monsieur Christian Lacroix

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