« Des fleurs en hiver » musée national Eugène-Delacroix. Othoniel, Creten

Eugène Delacroix
Eugène Delacroix – Fleurs dans un vase et fruits – Huile sur toile, 74 x 92 cm
Belvedere, Vienne, © Belvedere, Vienne

À l’occasion de la rénovation du jardin du musée national Eugène-Delacroix, l’exposition rassemble pour la première fois, sous le titre paradoxal « Des fleurs en hiver », les principaux tableaux de fleurs de Delacroix et ses plus belles aquarelles, venus de musées français et étrangers. Cette présentation sera accompagnée d’oeuvres de deux artistes contemporains, Jean- Michel Othoniel et Johan Creten, illustrant la permanence de l’inspiration florale, au XIXe comme au XXIe siècles, chez des créateurs aux parcours pleinement inscrits dans leur temps. Plus connu pour ses oeuvres de sujets romanesques ou orientaux, Eugène Delacroix n’a pas négligé ce genre traditionnel qui lui a permis d’expérimenter la voie de la dilution de la forme dans l’explosion de la couleur. Bien que ses principaux bouquets remontent aux quinze dernières années de sa vie, il ne manque pas d’esquisser de tout temps des fleurs dans ses carnets et d’en mentionner dans son journal, comme lors de son séjour marocain de 1832, où il est frappé par les « fleurs sans nombre de milles espèces formant les tapis les plus diaprés ».

Habitué du parc du château de Nohant, où l’invitait George Sand, pour qui il composa un de ses bouquets les plus libres (Vienne, galerie du Belvédère), Delacroix acquit ensuite une maison dans le village de Champrosay pour s’y reposer dans le calme de son propre jardin. C’est aussi la jouissance d’un jardin privé qui l’incita à s’installer dans l’appartement de la rue de Furstenberg en 1857. L’exposition célèbre ainsi un sujet qui n’a cessé de hanter les créateurs de la modernité, de Courbet à Monet ou Cézanne, qui possédait le plus abouti des bouquets dessinés de Delacroix. Elle propose en parallèle un dialogue avec les oeuvres de deux créateurs de notre siècle, Jean-Michel Othoniel, qui a notamment conçu le Kiosque des Noctambules à l’entrée du métro Palais-Royal et Johan Creten, sculpteur dont les créations récentes pour la manufacture de Sèvres ont été remarquées. Ces artistes contemporains qui placent les fleurs au coeur de leur inspiration ont répondu par des créations pour la plupart inédites à cette invitation. De verre, de bronze, de porcelaine et de papier, elles ne sont en rien des transcriptions d’après Delacroix mais elles illustrent l’éternelle source d’inspiration qu’offre la nature aux artistes.

 Delacroix et les fleurs

Production parfois jugée à tort circonstancielle, les fleurs occupent une place significative dans la création d’Eugène Delacroix, artiste si sensible aux forces de la nature et à la question de leurs relations avec l’homme. Ainsi, contre toute attente, au lendemain de la Révolution de 1848, il pensa consacrer exclusivement au thème des fleurs ses livraisons au Salon suivant : cinq grands bouquets ostensiblement assemblés. Dans une lettre à Constant Dutilleux, il prétend qu’il « a essayé de faire des morceaux de nature comme ils se présentent dans des jardins, seulement en réunissant dans le même cadre et d’une manière un peu probable la plus grande variété de fleurs ». De fait, ces compositions sont guidées par un sens décoratif qui dépasse cette déclaration de principe et renvoie à la tradition du Grand Siècle. Insatisfait de leur accrochage, il en fit retirer deux, aujourd’hui perdues, et n’acheva pas à temps la cinquième (Montauban, musée Ingres). La Corbeille renversée dans un parc du Metropolitan Museum de New York frappe par sa mise en scène, plus étrange qu’il n’y paraît d’abord, tel cet inquiétant arceau de liserons étudié dans l’étonnant pastel préparatoire du même musée.

Jean-Michel Othoniel
Jean-Michel Othoniel- Herbier Merveilleux : Coeur de Marie, 2008 – Aquarelle sur impression encadrée. 40,5 x 30,5 x 0,5 cm © Musée du Louvre / Martine Beck-Coppola © Adagp, Paris 2012 Courtesy Galerie Perrotin, Hong Kong & Paris

Deux regards contemporains

Privilégiant, par goût des métamorphoses, les matériaux aux propriétés réversibles, Jean-Michel Othoniel (né en 1964) se fait remarquer en 1992 à la Documenta de Kassel par ses sculptures en soufre. L’année suivante, il introduit le verre dans son travail, qui deviendra son matériau de prédilection. Sa création est multiple, composée d’oeuvres épurées chargées de poésie et d’érotisme. Pour « Crystal Palace » à la Fondation Cartier à Paris en 2003 et au MOCA à Miami, il fait réaliser de grandes sculptures en verre soufflé, destinées à ré-enchanter le monde. Othoniel, inventeur d’un univers de liberté ultime, a présenté sa première rétrospective « My Way » en 2011 au Centre Pompidou, Paris, au Plateau / Leeum Samsung Museum, Séoul ; en 2012 au Hara Museum, Tokyo, au Macau Museum Art, Macau et jusqu’au 2 décembre au Brooklyn Museum, New York. L’artiste présente au musée Eugène-Delacroix son Herbier Merveilleux ; des aquarelles et deux sculptures dialoguent avec les fleurs du peintre. Othoniel et le paysagiste Louis Benech ont été choisis pour réaménager le bosquet du Théâtre d’eau dans les jardins du château de Versailles en 2014.

Johan Creten
Johan Creten, Wallflowers IV – Fire-Works on a Dark Sky, 2012. © Guillaume Ziccarelli © ADAGP, Paris 2012 Courtesy Johan Creten et Galerie Perrotin, Hong Kong & Paris

Né en 1963, Johan Creten est un sculpteur belge dont les nombreuses créations en céramique et bronze interrogent les thèmes du corps féminin, de la sensualité et de l’élément naturel. Son travail est un dialogue entre l’art, l’histoire et la littérature. Après des études aux Beaux-Arts, sa passion pour la céramique et sa volonté d’en affirmer la place dans l’art actuel l’amène à voyager. En véritable précurseur, il oeuvre aux côtés de Fontana et Schütte au renouveau de la céramique en art contemporain et organise très tôt ses premières expositions (à Nice, Villa Arson, 1994 ; à Genève, Mamco, 1998). Il bénéficie ensuite de nombreuses résidences d’artiste dont la Manufacture de Sèvres (2004- 2007). Il a été exposé au musée du Louvre dans le cadre de « Contrepoint » en 2005 . Il a récemment participé à l’exposition « Beauté Animale » au Grand Palais en 2012 et vient d’inaugurer une exposition personnelle au Musée Dhondt-Dhaenens à Deurle en Belgique (jusqu’au 13 janvier 2013). Creten dévoile au musée Eugène-Delacroix, un nouvel ensemble de sculptures monumentales en grès et bronze révélant la charge érotique des fleurs (notamment des bustes de femmes Odore di Femmina, Génie et des oeuvres murales Wallflowers).

La Galerie Perrotin à Paris organise, parallèlement des expositions de Jean-Michel Othoniel et Johan Creten, du 12 janvier au 2 mars 2013, réunissant des oeuvres réalisées pour l’occasion.

Commissaire de l’exposition : Christophe Leribault, directeur du Petit Palais à Paris, ancien directeur du musée Delacroix.

Publication : Eugène Delacroix. Des fleurs en hiver. Othoniel, Creten. De Johan Creten, Stéphane Guégan, Michèle Hannosh, Christophe Leribault, Jean-Michel Othoniel. Coédition Le Passage / musée du Louvre éditions. 160 p., 70 ill., 28 €.

  • Exposition du 12 décembre 2012 au 18 mars 2013

Musée Eugène‐Delacroix

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  • Editeur : Le Passage (3 janvier 2013)
  • Collection : LITTERATURE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2847421998
  • ISBN-13: 978-2847421996
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