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Valérie Roger spécialiste de Jean Antoine Houdon

Houdon-courroie-Photo Valérie Roger

Valérie Roger : Expertise et Catalogue Raisonné

Comment en vient on à pouvoir se prononcer sur l’authentification d’une oeuvre d’art et en ce qui concerne les Catalogues Raisonnés* à faire le choix de l’inclusion ou non au catalogue, autre manière de valider la paternité d’une oeuvre à un artiste.

Jean Antoine Houdon un des plus grands sculpteurs français du 18e siècle essentiellement passé à la postérité dû à son incomparable talent de portraitiste n’avait pas encore de Catalogue Raisonné à son nom lorsque le célèbre marchand d’art Daniel Wildenstein, collectionneur et admirateur de l’oeuvre de l’artiste décida de financer cette vaste entreprise. L’historien de l’art Louis Réau avait toutefois déjà réalisé un remarquable travail de référence avec son  »  Houdon, sa Vie, son Oeuvre  » paru en 1964. Le temps avait bien entendu depuis longtemps inscrit le sculpteur au rang des artistes majeurs de l’humanité présents dans les musées imaginaires. Son célèbre portrait sculpté du Voltaire y cotoyant la Dame Delché, les sculpteurs anonymes du moyen âge, Verrocchio, ou quelque tête de bronze Ifé…

C’est après avoir travaillé sur l’oeuvre du sculpteur Auguste Rodin pour le Wildenstein Institute, après y avoir participer à la conception méthodologique des Catalogues Raisonnés pour la sculpture, que Daniel Wildenstein me confia outre la responsabilité du ‘département sculpture’ la tâche considérable de la direction du Catalogue Raisonné de Jean Antoine Houdon. C’est ainsi que commença le long travail de recensement des oeuvres, de recherches documentaires, de constitution d’archives, de voyages d’étude et d’analyse des oeuvres, lequel aboutit à la conception, à la mise en forme, et à la rédaction du catalogue, soit de l’intégralité des notices d’œuvres (300 notices liées à un millier d’œuvres : CR enregistré en 2002). Nous en étions à finaliser les index en vue du projet éditorial éminemment prévu, lorsque le décès de Daniel Wildenstein eut pour conséquence la mise en sommeil de la publication, au moment même où d’autres entreprises furent arrêtées par les héritiers de Daniel Wildenstein, telle celle de la prestigieuse Gazette des Beaux Arts. C’est en l’occurrence la conséquence de ces travaux de longue haleine en proximité quotidienne avec un artiste, une œuvre, qui engage de fait peu à peu le travail de l’expertise. Heures d’exploration et d’analyse donnant lieu aux futurs échos, trouvailles ou retrouvailles, comme ce fut le cas avec le buste de la Diane chasseresse, le printemps dernier.

Il faut savoir qu’il est actuellement très rare de pouvoir valider la paternité à Houdon d’une œuvre sur le marché. De nombreux paramètres relevant de l’expertise doivent répondre favorablement et concourir à l’authentification. Par exemple, en plus de dix ans depuis la mort de Daniel Wildenstein il s’est à peine compté sur les doigts d’une main les œuvres « de » Houdon. Quant à la mention « attribué à » parfois utilisée, elle laisse la possibilité de réfuter l’authenticité d’une œuvre.**

C’est ainsi par exemple que la vente qui eut lieu à l’Hôtel Drouot le 9 décembre 2002 très rapidement après le décès de Daniel Wildenstein (sans que j’en fus avertie au préalable), occasionna des attributions suspectes et des appellations non conformes. « Méfiez vous de la collection Courty m’avait toujours dit Daniel Wildenstein ». Je tiens d’ailleurs ici à rendre hommage à la passion qu’il témoignait chaque jour pour pour son métier, à sa continuation de l’entreprise familiale pour laquelle son père Georges fut le premier à s’entourer de chercheurs experts, au temps alloué à nos travaux de recherches approfondies, à son goût des regard aguerris, et à son interrogation toujours vivace. Il sut aussi transmettre la part de doute nécessaire dans l’appréhension d’une œuvre. Doute, interrogation renforçant les avancées de l’étude, étude se devant de demeurer ouverte; d’où la fameuse phrase utilisée sur les certificats d’authentification, en vue de protéger certes, mais qui peut s’avérer essentielle dans le cadre de conclusions d’expertises (d’autant plus lorsqu’elles sont réalisées en un temps limité) : « dans l’état actuel de nos connaissances ». Croyons donc à l’élargissement des savoirs et des compréhensions tout autant qu’ à la reconnaissance et la consultation des spécialistes dans l’attribution des œuvres. Nous veillerons également le plus que possible à la respectabilité des travaux engagés et à leur suivi.

Dans le cas précis de la Diane il serait bon à ce stade de pouvoir comparer l’œuvre au second buste en marbre conservé à la National Gallery of Art de Washington (que je pus voir il y a quelques années lors de mes voyages d’études) et à faire appel à nouveau à la consultation de scientifiques restaurateurs dans l’analyse des deux œuvres. Pour ce qui est du processus de travail de Houdon je mentionne les liens entre les divers exemplaires de la Diane dans un article à paraître sur le dossier (Voir aussi article « Houdon artisan des matières » par Valérie Roger dans Dossier de l’Art Hors série de L’Estampille, l’Objet d’Art, no. 105, mars 2004)

Et voilà que parfois de spoliation en restitution, d’aventure en aventure, le jour vient du retour en lieu et place, comme pour la Diane chasseresse de Houdon, figure emblématique de liberté.

Photo : Im Kinsky

Catalogue Raisonné

* Un Catalogue Raisonné (CR) est le répertoire, l’inventaire de l’oeuvre d’un artiste. Il s’ agit de recenser de manière exhaustive l’ensemble des œuvres réalisées par l’artiste. Puis pour chacune d’elle d’en retracer autant que possible l’historique depuis la réalisation jusqu’ à la localisation actuelle. Le fait d’ inclure une œuvre dans un CR est une manière d’ authentification. L’auteur de l’ouvrage, les auteurs, le comité d’experts présidant à son élaboration validant ainsi la paternité à l’artiste. Les œuvres étant parfois amenées à changer de localisation, il va de soi que des addendas ou une nouvelle publication vient toujours compléter l’ouvrage publié à une date donnée. Le CR est au delà du recensement des œuvres un ouvrage de référence voir une somme qui inclut le travail des dépouillements de catalogues annexes, catalogues de vente, d’exposition, et la bibliographie et la fortune critique directement liés aux œuvres en question et à l’artiste. Des notices techniques, analytiques, historiques et des textes plus ou moins élaborés selon les auteurs font également la matière de l’ouvrage.

**cf. décret Marcus :  Décret n°81-255 du 3 mars 1981 sur la répression des fraudes en matière de transactions d’oeuvres d’art et d’objets de collection. Version consolidée au 16 janvier 2016 :

Article 3 : A moins qu’elle ne soit accompagnée d’une réserve expresse sur l’authenticité, l’indication qu’une oeuvre ou un objet porte la signature ou l’estampille d’un artiste entraîne la garantie que l’artiste mentionné en est effectivement l’auteur. Le même effet s’attache à l’emploi du terme « par » ou « de » suivie de la désignation de l’auteur. Il en va de même lorsque le nom de l’artiste est immédiatement suivi de la désignation ou du titre de l’oeuvre. / Article 4 : L’emploi du terme « attribué à » suivi d’un nom d’artiste garantit que l’oeuvre ou l’objet a été exécuté pendant la période de production de l’artiste mentionné et que des présomptions sérieuses désignent celui-ci comme l’auteur vraisemblable.

Houdon, détail chevelure – Photo : Valérie Roger

Houdon-Chevelure-Photo Valérie Roger

Houdon l'Enquète

Valérie Roger :

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  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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