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Troisième édition en Alsace et à Bruxelles du festival IMPRéVU

Photo : ©Konradbak / Graphisme : Edite Fernandes

Pour sa troisième édition, IMPRéVU creuse son sillon et élargit son champ d’action. IMPRéVU s’étend dans l’espace et le temps et propose de mettre en avant plus encore les liens qui se tissent entre danse et composition instantanée. Organisé par SomeBody, cet événement se décline en plusieurs modules qui créent une dynamique convergeant vers le temps fort du 10 au 13 octobre 2012 à Strasbourg. Pôle ressource attractif et rayonnant sur le territoire européen, le festival s’affirme comme une plate-forme favorisant la circulation d’artistes, de projets et de pensées autour de la composition instantanée. Cette 3ème édition proposera 21 présentations de pièces chorégraphiques, 6 concerts et accueille 40 artistes issus de 8 pays et de 3 continents.

Préambule à Bruxelles – Du 27 au 30 septembre 2012

En premier lieu, la venue de plusieurs artistes belges lors de cette édition (Patricia Kuypers, Allen’s Line – Julyen Hamilton’s company, Patrick Thinsy, la maison d’édition Contredanse, etc.) leur a donné l’envie d’un préambule à Bruxelles le dernier week-end de septembre 2012 pour 3 soirées de présentations publiques mêlant artistes strasbourgeois et bruxellois.

La Cellule 133a et le Danscentrumjette les accueilleront pour ce volet spécifique qui comprendra 5 performances et 1 concert ainsi qu’1 forum le dimanche après-midi 30 septembre avec les éditions Contredanse sur le thème : « éditeurs et praticiens : comment le travail des uns nourrit celui des autres ».

Tournée en Alsace du projet GIGS – Du 2 au 6 octobre 2012

Le second volet concerne la venue en Alsace de la compagnie de Julyen Hamilton – Allen’s Line, et le travail en commun qui sera mené avec les artistes de SomeBody, du 2 au 6 octobre 2012 (et une performance à Bouxwiller le 16 octobre).

Le programme de la semaine sera le suivant :

  • le matin : un temps de recherche et d’échange en studio entre les deux groupes pratiquant la composition instantanée en spectacle (Master Class sous la direction de Julyen Hamilton au Conservatoire à Rayonnement Régional de Strasbourg) ;
  • l’après-midi : des ateliers de pratique, transmission et sensibilisation à destination des amateurs, des professionnels et des pédagogues de terrain ;
  • puis en soirée : présentations publiques de « GIGS », proposition chorégraphique proposant une série de pièces courtes autour du rapport danse/musique, dans les lieux ayant accueilli les ateliers de l’après-midi (Musée Würth-Erstein, Foyer Sainte Barbe- Sélestat, Pôle Sud-Strasbourg).

L’intérêt majeur de cette proposition chorégraphique est d’offrir au regard du public les multiples facettes d’une même exigence, par la succession de pièces courtes. Un public même peu habitué à voir de la danse peut ainsi se forger un avis et l’aiguiser par un panel assez large d’expériences.

Master Classes entre collectifs strasbourgeois, belges et égyptiens – Du 8 au 10 octobre 2012

Le troisième volet est une rencontre entre trois groupes pratiquant la composition instantanée en spectacle : les artistes de SomeBody, implanté en Alsace, Allen’s Line – la compagnie de Julyen Hamilton, basée à Bruxelles mais regroupant des danseurs venant de France, Belgique, Grèce et Amérique du Sud – et le collectif égyptien formé au Caire et à Alexandrie accompagné par l’association Descent Danse. Du 8 au 10 octobre 2012, ils mettront en commun leur pratique de la composition instantanée sous la direction de Julyen Hamilton qui continuera les Master Class au Conservatoire à Rayonnement Régional de Strasbourg.

L’Egypte, comme nous le montrent les événements récents et en cours, est un pays en pleine mutation. Outre l’attrait culturel évident, cette rencontre entre en résonance avec des réflexions et des questionnements intrinsèquement actuels. Ces dernières années, la vitesse de propagation de l’information et de la communication s’est accrue, l’éloignement géographique est moins problématique qu’avant pour construire du commun. Mais la rencontre de personnes ou groupes de personnes dans un même espace-temps reste parfois difficile, surtout dans des contextes socio-politiques comme celui de l’Egypte actuellement. Ce temps de partage donnera l’occasion d’établir un pont artistique entre trois pays établis sur deux continents.

Continuité et nouveautés – Temps fort au Hall des Chars et au Théâtre de Hautepierre – Du 10 au 13 octobre 2012

Le temps fort (4 jours de présentations publiques du 10 au 13 octobre 2012) s’inscrit dans la continuité de l’édition précédente mais se diversifie en s’ouvrant davantage à la musique et, pour la première fois, à un théâtre se situant à la lisière de la performance. Le temps d’une soirée, IMPRéVU investit aussi le Théâtre de Hautepierre pour un moment partagé où se succèderont la création mondiale très attendue du collectif du Caire dirigé par Sandrine Maisonneuve (association Descent Danse – Laurence Rondoni) et un concert du musicien belge Patrick Thinsy.

Les trois autres soirées se dérouleront au Hall des Chars (partenaire fidèle depuis la création d’IMPRéVU en 2009), avec des concerts dînatoires en partenariat avec la Fédération Hiéro Colmar (pour le festival Supersounds) qui permettront de croiser encore davantage les publics.

Dans le même esprit que l’édition 2010 avec la transmission de la bande-son de la pièce “The Art of dead Birds” du répertoire de SomeBody à des danseurs du festival, la série de performances débutera chaque soir par une commande. L’artiste sonore Jonathan Merlin créera spécifiquement pour l’occasion une pièce d’une douzaine de minutes qui servira de base et de support à une composition instantanée créée par des danseurs présents lors de ce temps fort.

En résumé

Le projet global se déroule donc en plusieurs étapes, voyageant en amont à travers l’Europe et la région alsacienne par le partage de compétences et de savoirs autour de pratiques convergentes, en studio et sur scène. Il s’agit pour le coup de penser une irrigation du territoire, un maillage permettant la sensibilisation d’une pratique méconnue ou parfois mal identifiée du public en France, et ce de manières diverses et complémentaires (ateliers pour intégrer par une expérience corporelle personnelle, rencontres et projection pour comprendre la portée théorique et la perspective historique, et bien sûr l’expérience de spectateur, primordiale pour avoir une vue d’ensemble complète de cette pratique).

A la fois entité artistique et opérateur, SomeBody se positionne comme facilitateur d’initiatives innovantes, comme lien entre les interlocuteurs et les artistes, afin de diversifier et consolider l’offre chorégraphique strasbourgeoise, alsacienne et européenne. Son action se déploie par-delà les frontières afin de faire rayonner l’art chorégraphique et stimuler des liens favorisant l’échange, la circulation et la réciprocité.

Sur la composition instantanée

La composition instantanée est une pratique qui s’est développée dès les années 60 aux Etats-Unis dans le sillage des enseignements d’Anna Halprin, de Robert Dunn et des expérimentations de John Cage. Le mouvement de la « postmodern dance » (danseurs pour la plupart issus du Judson Church Theatre de New-York) l’a perfectionnée, théorisée et approfondie et a pu mettre au point des outils et des techniques visant à donner plus d’autonomie dans l’élaboration de matériaux chorégraphiques. Steve Paxton, Simone Forti, Yvonne Rainer ou Trisha Brown en sont ses principaux fondateurs et, depuis, des danseurs – chorégraphes tels que Julyen Hamilton, Lisa Nelson ou Mark Tompkins cultivent cet héritage par la pratique de la scène et la transmission. Un spectacle en composition instantanée peut avoir un directeur artistique (qu’on préfèrera appeler « conducteur » pour sa teneur énergétique et en référence au terme anglais « conductor » qui signifie chef d’orchestre), mais une fois sur le plateau, chaque interprète est aussi co-auteur de la composition en train de naître donc co-responsable du devenir de la pièce entière, au service de laquelle il se place. Cette notion de responsabilité est au coeur des questionnements de la compagnie SomeBody car de celle-ci dépend la réussite du déroulement d’une pièce. Une responsabilité qui exige de faire des choix spontanés et assumés tout en conservant une disponibilité accrue.

Le danseur improvisateur, souvent, ne travaille pas en premier lieu la forme mais ce qui la sous-tend pour mieux l’investir sur le moment. D’où une exploration des perceptions, des sensations, de l’anatomie vécue, étape bien sûr primordiale, mais qui doit aussi s’accompagner d’un autre travail autour de l’individu et du groupe, du support et du protagoniste, de la conscience de la dramaturgie en rapport avec la structure globale de la pièce. Une structure qui peut s’appréhender par la temporalité, la prise en compte de l’espace, du rythme, de la pulsation, du contrepoint ou du contraste, etc.

Dans un espace de partage et de contradiction, le danseur réactive, renouvelle et réactualise le mouvement pour atteindre à une cohérence et une cohésion d’ensemble, tant au niveau esthétique que poétique.

La composition instantanée questionne le principe de sens pré-établi d’une pièce sans pour autant le nier ou le mettre de côté. Le sens profond d’une pièce improvisée peut se prolonger d’un soir sur l’autre mais s’autorise à être élargi, réactualisé, car le moment et le contexte ne sont plus les mêmes. Le geste fondamental de l’artiste est conservé, l’intégrité de l’oeuvre aussi, même si la forme générale du mouvement change et évolue. Le défi pourrait être : donner à voir à chaque fois le coeur de la pièce, son identité propre, son « anima », tout en acceptant que la forme même de celle-ci se transforme au contact du présent. Tout le processus de préparation consiste alors à mettre en place des manières spécifiques de travailler qui autorisent l’émergence de formes inédites au moment de jouer sur scène. La pièce a une vie propre mais le danseur, autonome et responsable, a de la prise sur elle, car il sait qu’à la base, dans la manière dont elle a été pensée, elle supporte et nécessite une mise en forme différente et remaniée.

La composition instantanée est beaucoup utilisée lors des processus de travail et peut même servir de base de travail à des projets tirant plus vers l’Art Contemporain. Beaucoup d’artistes estiment donc sa valeur propre, mais dès qu’elle est pensée pour la scène, cette discipline souffre parfois d’un manque de visibilité, alors qu’historiquement son importance est majeure et reconnue.

IMPRéVU soutient cette discipline qui par définition couvre un champ étendu d’activités (incluant la performance, le happening ou en relation directe avec les techniques somatiques ou le contact improvisation) et s’inscrit au coeur d’un réseau international dont les contours ne cessent de s’élargir. L’improvisation en musique jouit d’une reconnaissance certaine et s’est structurée par la constitution de réseaux forts et par la création de cadres (jusque dans les Conservatoires). En danse, ce processus de développement nécessite la création de dispositifs capables de consolider le travail de fond que mènent certains artistes et compagnies dans ce domaine. Cela permettrait de pérenniser une action de terrain et de fluidifier les circuits qui se dessinent à travers le monde. Un événement comme IMPRéVU a aussi été pensé pour cela. A la fois temps de présentation de travaux sur une période resserrée et espace de réflexion sur une pratique, puis, à terme, pôle ressource de la composition instantanée européenne et mondiale.

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