Tobias Rehberger habille la future station de métro Pont Cardinet

Bruno Munari (Ritratti di ignoti) 1970 – Dessin réalisé au feutre sur papier filigramé Fabriano

Prenant place au cœur de l’aménagement du Grand Paris (2017-2023), la ligne 14 va être prolongée de St Lazare à Mairie de Saint Ouen, et Pont Cardinet en sera la première des toutes nouvelles stations. Voulant créer un « pont » entre l’art contemporain et notre vie quotidienne, cette nouvelle station a été pensée et conçue pour y intègrer une œuvre d’art. Si l’accès à la station sera en fait le rez de chaussée d’un nouveau bâtiment à l’esthétique futuriste, dont la conception a été confiée à l’agence chinoise MAD fondée par Ma Yansong et par le cabinet Biecher, son entrée sera l’œuvre monumentale et pérenne de l’artiste allemand Tobias Rehberger.

L’ENTREE DE LA FUTURE STATION RUE CARDINET

La couleur et la fantaisie sont toutes deux au rendez-vous de ce projet dévoilé par la RATP, et qui selon cette dernière est « une interprétation contemporaine des accès aux stations de métro de la période Art Nouveau crées par Hector Guimard », devenus des références du patrimoine parisien. L’œuvre contemporaine de Tobias Rehberger est d’une architecture géométrique et a retenu l’attention du jury grâce à sa dimension évolutive, ludique et engageante. ( La commission d’attribution de ce projet se compose des quatre entités suivantes : Groupe EMERIGE ; RATP ; Ville de Paris ; STIF.)

Des fragments triangulaires opaques en métal composeront l’œuvre, mais aussi certains rétro- éclairés qui indiqueront l’heure suivant le principe de l’horloge binaire, le temps étant une des dimensions essentielles à la vie parisienne. Ainsi, 12 triangles indiqueront les heures, 5 autres les fractions de 10 minutes et les 9 derniers donneront les minutes.

Tobias Rehberger

Sculpteur allemand né en 1966, , s’est fait connaître du monde de l’art dans les années 1990 par la taille inaccoutumée de ses installations et par ses oeuvres modifiant la relation usuelle de l’art au spectateur. Etudiant à l’Académie des Beaux-Arts de Francfort, il produit peu d’œuvres à la sortie de ses études, voguant en toute liberté entre peinture, sculpture, design, architecture et performance. Oscillant entre art et design, le travail le Tobias Rehberger se soucie peu de la part d’originalité inhérente à toute oeuvre d’art. Ainsi peint-il de mémoire des meubles de la maison de son enfance, qu’il fait ensuite réaliser à leur taille originale, ou fait exécuter par des artisans autrichiens ou thaïlandais des meubles ou des voitures selon des instructions précises, transmises par téléphone.

Tobias Rehberer aime confronter le public à son travail ? travail relevant à la fois du monument public et de l’art relationnel. En 1997, pour le « Skulptur Projekte Münster », il fait construire sur le toit de l’université un immense bar rouge, devant lequel une pelouse artificielle de même couleur accueille des centaines d’étudiants ,écho à une sculpture cubique minimale de Donald Judd réalisée au même endroit vingt ans plus tôt.

Pour la Biennale de Venise en 1997, Rehberger demande aux agents de surveillance de porter des sous-vêtements qu’il a lui-même dessinés, dissimulant ainsi l’oeuvre dans le contexte muséal. En 2001, il opère avec une stratégie similaire pour les Maserati Quattro Porte, grandes boîtes de métal de deux mètres sur cinq, laissant au spectateur la liberté de croire que s’y trouve cachée la fameuse voiture de luxe.

En 2009, Tobias Rehberger remporte le Lion d’Or du Meilleur Artiste à la Biennale de Venise pour sa cafétéria pop installée dans les Giardini. L’oeuvre, intitulée « Ce que vous aimez peut aussi vous faire pleurer » , se présente comme un jeu d’optique de dimension monumentale, et fait écho à des projets de décor pour le café de la Tate Liverpool, réalisé en 2006, et un autre pour un restaurant munichois en 2008. A propos de son projet vénitien, l’artiste déclare : « J’ai toujours été intéressé par la façon dont les choses sont visibles. Cela crée une certaine forme de réalité, qui n’est pas seulement une oeuvre d’art. A Venise, je voulais créer un motif de camouflage, qui puisse se combiner avec un lieu fonctionnel ». Tobias Rehberger vit et travaille à Francfort, où son atelier emploie près de 25 personnes. Il est représenté en France par la galerie Hussenot, Paris

C’est le groupe EMERIGE , un des acteurs importants de l’immobilier en France, qui apporte son mécénat à cette prestigieuse commande artistique ; Laurent Dumas, son Président et grand collectionneur d’art aime s’engager et soutenir les collaborations artistiques et le rayonnement de l’art contemporain.

Quant à l’union entre les transporteurs publics parisiens et l’art, elle a toujours été porteuse de création et d’innovation, constituant, au fil des années, un patrimoine exceptionnel dont la RATP est aujourd’hui la garante. L’entreprise s’attache à conserver ce patrimoine, ainsi qu’à enrichir et à valoriser ses espaces de transport.

Par cette personnalisation des stations, la RATP souhaite offrir aux voyageurs des espaces de qualité et agréables à parcourir, tout en mettant l’art à la portée de tous. Au-delà de sa mission de transporteur, la RATP, par l’ensemble de ses actions patrimoniales et culturelles, nourrit l’ambition de faire « Aimer la ville » au plus grand nombre. Une nouvelle station que les Parisiens adopteront sans aucun doute avec bonheur, tout comme l’a été celle de Jean-Michel Othoniel en 2000 à la station Louvre-Palais-Royal.

Tobias Rehberger
Esquisse de projet pour l’accès à la station Pont Cardinet, Paris, 2014 (pré-visualisation) © Tobias Rehberger

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