Tilda Swinton, Olivier Saillard « The impossible wardrobe »

Dans les réserves de Galliera, comme dans celles de tous les musées de mode, les vêtements par milliers attendent. Sur des cintres, en rangs serrés ou délicatement échoués dans les tiroirs de rangement, des siècles de garde-robes silencieuses patientent. Souvenirs en forme de ceux qui les ont portés, ils sont délaissés par les gestes du quotidien. Sous la mousseline ou le crêpe, sous le motif peint ou imprimé, le corps s’est dissous. Il est impossible de porter à nouveau les costumes collectionnés par les musées. Les règles de conservation l’interdisent. C’est une contrainte qui n’a pas pour seule vertu de préserver l’état des textiles tous fragiles. Elle met aussi à l’abri de toute tentation de déguisement car les corps ont changé de décennie en décennie, rendant obsolète et dérisoire le socle épidermique d’origine. Pour manipuler le vêtement endormi, le conservateur et le restaurateur font oeuvre de préciosité. Leurs mains, gainées de gants de coton blanc, effleurent le tissu. Avec mille précautions, elles se saisissent d’une manche ou d’une bretelle selon un vocabulaire inusité et maniéré qui n’appartient qu’au monde secret des réserves. À l’abri de la lumière pourtant, certains dessins tracés sur la fibre continuent de disparaître lentement. Sans l’attention et la vigilance des gardiens de la mode, les vêtements si convoités et malmenés disparaîtraient plus vite que l’engouement qui nous mène vers eux. Tilda Swinton a appris ces gestes qui font d’un vêtement ordinaire une relique. Elle en a inventé d’autres, chastes ou romanesques. À bout de bras, mais jamais portés, les vêtements de toutes époques qu’elle présente avec une science achevée de la retenue constituent un défilé troublant. Dans ses longs bras, les robes de clientes célèbres, belles endormies aux manches pétales soupirent à nouveau à la faveur d’un défilé de tous les siècles.

Biographies

Tilda Swinton

Tilda Swinton est originaire d’Ecosse, elle commence sa carrière d’actrice en 1985 dans Caravaggio du réalisateur Derek Jarman avec qui elle fera sept films, dont The Last of England, The Garden, War requiem, Edward II (pour lequel elle a été nommée Meilleure Actrice en 1991 à la Mostra de Venise) et Wittgenstein. En 1992, elle est reconnue internationalement avec le film Orlando de Sally Potter.

Elle entretient des liens particuliers avec de nombreux réalisateurs comme Lynn Hershman-Leeson avec qui elle tourne Conceiving Ada, Teknolust et Strange Culture, avec John Maybury, Man 2 Man et Love is the Devil, avec Jim Jarmusch, Broken Flowers et The Limits of Control et Luca Guadagnino, The Protagonists, The Love Factory et, plus récemment, I Am Love qu’elle a co-produit..

En 1995 elle conçoit et interprète une performance : Maybe, dans laquelle elle se présente couchée et endormie dans une vitrine,durant 8 heures pendant plus de sept jours, présentée à la Galerie Serpentine en collaboration avec Cornelia Parker. Une performance vue par 22 000 personnes. L’année suivante, en collaboration avec les artistes français Pierre et Gilles, elle réalise à nouveau cette performance au Museo Baracco de Rome.

Elle joue également dans Adaptation de Spike Jonze, Young Adam de David Mackenzie, Thumbsucker de Mike Mills, Constantine de Francis Lawrence, The Man from London de Béla Tarr, Le Monde De Narnia 1 et 2 d’Andrew Adamson, Michael Clayton de Tony Gilroy (Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle 2008), et avec Erick Zonca Julia, présenté en 2008 au Festival International du Film de Berlin, film pour lequel elle a reçu également le Evening Standard British Film Awards de la meilleure actrice.

A l’été 2008, elle crée le festival de film The Ballerina Ballroom Cinema of Dreams dans sa ville natale de Nairn en Ecosse, en 2009 deuxième édition du Festival à Nairn, mais également à Pékin et à Kinlochleven sur la côte ouest écossaise. En 2010, elle lance avec Mark Cousins « 8 and a Half », une fondation qui permet aux enfants écossais âgés de huit ans et demi d’entrer dans le monde « des amoureux du septième art ». En mai 2010, elle est dans le fim We Need To Talk About Kevin de Lynne Ramsay (film en compétition à Cannes en 2011), en 2012 dans Moonrise Kingdom de Wes Anderson (film d’ouverture du Festival de Cannes 2012). Elle est l’égérie de la marque Viktor & Rolf, en 2003 pour le défilé « One woman show », toutes les mannequins étaient « grimées » en Tilda Swinton.

En 2009 elle collabore au film de publicité de McGinley pour Pringle of Scotland – pour lequel elle est aussi bien l’image de la collection femme que de la collection homme.

Olivier Saillard

Olivier Saillard est le directeur du musée Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. Historien de la mode reconnu, il a été le commissaire de nombreuses expositions à succès : au musée Bourdelle MADAME GRÈS la couture à l’oeuvre, aux Arts Décoratifs CHRISTIAN LACROIX histoires de mode, YOHJI YAMAMOTO juste des vêtements, SONIA RYKIEL Exhibition, COUTURIERS SUPERSTARS, au musée de la Mode à Marseille ANDY WARHOL et la mode…

Il est l’auteur de Les Maillots de bain (Editions du Chêne) et de Histoire idéale de la mode contemporaine (Editions Textuel), ouvrage dans lequel il recense et analyse les plus grands défilés de 1970 à nos jours.

En outre, Olivier Saillard a été lauréat de la Villa Kujoyama. Depuis cette époque, il mène une réflexion poétique et sensible sur le vêtement qui donne naissance à des performances présentées au moment des défilés haute couture.

Coproduction : Musée Galliera ; Palais de Tokyo ; Festival d’Automne à Paris

Lumière : Stéphanie Daniel Musique, MODE-F

Les photographies de la Performance de Tilda Swinton

Photographie de Piero Biasion (Tous droits et reproductions réservés)

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