« TIKI POP » L’Amérique rêve son paradis polynésien au Musée du quai Branly

Tiki-Pop

Emblématique de la culture populaire américaine des années 50/60, le style Tiki décline une imagerie fantasmée des mers du sud. Il tire ses origines des représentations fantaisistes du Pacifique, véhiculées par les récits des explorateurs dès le 18e siècle. Les romans d’aventures puis les films relayent et popularisent cette vision réinventée des cultures polynésiennes. Le style Tiki influence, dès les années 1930, l’architecture, la décoration des bars et des restaurants américains, et insuffle un véritable art de vivre avec les archétypes du beachcomber (vagabond des plages) ou de la vahiné sexy.

L’imagerie Tiki, adaptation très libre du modèle polynésien d’origine, se décline dès lors en version traditionnelle ou moderniste et envahit la vie quotidienne. Près de 450 oeuvres, photos, films, enregistrements musicaux et documents d’archives témoignent de cet engouement devenu un art de vivre. Une sélection d’objets étonnants

– qu’ils soient usuels (verres, boites d’allumettes, cendriers etc..), accessoires pop (flacons de parfums ou de ketchup), éléments de décoration d’intérieur, etc. – est présentée aux côtés d’oeuvres authentiques (sculpture Tekoteko Maori, bol Tonga à Kava…).

Alors que le style Tiki revient depuis peu sur le devant de la scène aux États-Unis (réouverture des bars à cocktails…), l’exposition TIKI POP, L’Amérique rêve son paradis polynésien explore la montée en puissance de ce phénomène unique dans la culture américaine, ayant connu son apogée dans les années 50, jusqu’à son déclin à la fin des années 60 et son oubli dans les années 80.

Section 1 : PRE – TIKI (du 17ème au milieu du 20ème siècle)

L’essor du style Tiki américain, au milieu des années 1950, fut précédé d’un cortège de représentations fantaisistes de la vie dans les Mers du Sud. Quand le Tiki fit son entrée sur la scène américaine, celle-ci était déjà imprégnée de nombreuses interprétations de la culture océanienne. Les récits de voyages de Bougainville et Cook puis Pierre Loti, Melville et Paul Gauguin ou encore la vogue de la musique hawaïenne dans les années 20 ont tous joué un rôle précurseur dans la formation des mythes liés aux Mers du Sud. Ces références sont à la base de nombreuses idées reçues sur la culture polynésienne et ses extrapolations dans l’imaginaire populaire.

Ainsi fondé, ce mythe du paradis océanique évolua, au cours du 20e siècle, de manière sensiblement identique au divertissement populaire. Jusqu’au début du siècle, l’imagination du grand public avait principalement été influencée par la lecture de romans. A partir des années 1920, les livres cèdent la place à la musique comme source d’inspiration des rêves des Mers du Sud, puis aux films (dont une partie significative fut elle-même tirée des précédents). Le cinéma hollywoodien joue désormais le rôle de nouveau média par lequel le mythe populaire de la Polynésie va pouvoir se perpétuer.

Dans toute l’Amérique, des bars et restaurants à l’ambiance polynésienne sont inspirés de ces films où des personnages inventés évoluaient dans une ambiance irréelle. Ils permettaient ainsi au citadin moyen de se croire au coeur d’un film hollywoodien et d’oublier un instant la routine. Très rapidement, le grand public a adhéré à cette ambiance qui a tout d’abord attiré de nombreuses célébrités hollywoodiennes. Le « Don’s Beachcomber Cafe » à Hollywood est devenu une référence pour tous les bars Tiki du 20e siècle. L’idée du fameux « Walk of Fame » (le trottoir de Hollywood Boulevard sur lequel sont gravés des noms de stars) est directement inspirée d’une carte de cocktails tropicaux.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Américains sont envoyés dans le Pacifique. Malgré la violence du conflit, la notion de paradis polynésien se révéla plus forte que la réalité à laquelle les soldats étaient confrontés. Avec la nouvelle prospérité d’après-guerre, le besoin de divertissement se fit plus grand que jamais. Les épreuves subies pendant les combats cédèrent la place à une vision fantasmée des terres enchantées des Mers du Sud.

La chanteuse et actrice Frances Langford suivit le même chemin que la vogue polynésienne pop en Amérique. Passant de la radio au cinéma, puis au divertissement des troupes pendant la Seconde Guerre mondiale, elle épousa l’acteur de films des Mers du Sud, John Hall, et finit par ouvrir son propre restaurant polynésien appelé « The Outrigger». James Michene, ancien GI relata ses expériences de guerre dans le roman Pacifique Sud, adapté en comédie musicale puis en film. Les éléments romanesques furent enjolivés et bientôt toute l’Amérique se mit à fredonner l’air de Bali Hai.

Section 2 : Tiki – Le dieu américain des loisirs (du milieu des années 1950 jusqu’à la fin des années 1960)

Jusqu’alors, le Tiki faisait partie des nombreuses icônes peuplant l’univers visuel associé au fantasme des Mers du Sud en Amérique. Mais, à partir du milieu des années 50, le goût pour les arts dits «primitifs» devient une marque de raffinement. Des oeuvres provenant d’Océanie sont exposées dans les musées, mais aussi dans les halls d’entrée des bâtiments et les salons des particuliers. Connaître les « arts indigènes » confère une aura de distinction et de culture.

Le Tiki devient alors l’ambassadeur du Paradis polynésien ; son image est diffusée sur toutes sortes de formes et de supports. De grands « Temples Tiki » sont construits ; leur intérieur donnant l’impression d’être sur une île tropicale.

Les restaurants et bars jouent également avec le symbole Tiki. Le succès de ces lieux s’explique en grande partie par les boissons qui y sont servies et l’extravagance des décorations tropicales comme de leurs contenants, dont le design prolonge celui du décor. Dès la fin de la Prohibition en 1933, l’art du cocktail fait partie intégrante de cette culture.

La télévision, nouveau média de masse, concurrence les grandes productions hollywoodiennes chez les classes moyennes. Des émissions comme « Hawaiian Eye » ou des séries telles que « Adventures in Paradise » deviennent très populaires. A la même période, Hawaï devient le 50ème état américain et la « cour de récréation » de l’Amérique. Le Luau, fête traditionnelle hawaïenne, arrive jusque dans les villes et les maisons américaines.

A son apogée, le style Tiki américain a constitué une forme de pop art unique en son genre.

Section 3 : Montée en puissance, expansion et effondrement du Tiki (1960- 1970)

Le Tiki est devenu un style à part entière lorsqu’il a quitté le domaine de la décoration de restaurant et a commencé à influencer le style des immeubles d’habitation, des motels et des bowlings. Les parcs à thème et les centres de villégiature surfèrent également sur la vague Tiki jusqu’à son effondrement. L’architecture tiki se développe : des bâtiments modernes à fronton en pointe tenant des huttes indigènes et des maisons communes du Pacifique, tout en incarnant l’esprit de l’époque de l’avion à réaction (« Jet Age style ») sont construits.

Le style tiki dans les applications architecturales est omniprésent, inventif mais aussi complexe. Le Tiki arrive aussi dans la sphère domestique : ustensiles de cuisine en forme de Tiki, nécessaires de jardin, kits de bricolage, ensembles complets de mobilier de bar maison (inspirés de celui d’Elvis Presley dans sa Jungle Room)…

Malgré cet engouement, la génération qui a créé et apprécié la vague Tiki vieillit et, avec le grand bouleversement social de la fin des années 1960, ses enfants décrètent que les loisirs de leurs parents sont dépassés et vieux-jeu. La prise de conscience de l’ampleur des crimes du colonialisme, du sexisme et du racisme met fin au fantasme des Mers du Sud. Dans les années 1980, le Tiki est complètement oublié.

Marlon Brando, vedette de la version de 1962 du film « Les révoltés du Bounty« , constitue une métaphore de l’Amérique Tiki pop. L’histoire de la mutinerie donne corps au rêve du citoyen moyen de se rebeller contre son patron, de quitter son emploi et de vivre une vie sans soucis sur une île des Mers du Sud.

Brando faisait figure de dieu parmi les hommes. Il avait le pouvoir de réaliser ce dont le reste de la population (masculine) ne pouvait que rêver : tout comme Fletcher Christian, il prit une jeune fille tahitienne pour femme, puis acheta sa propre île. Mais il ne put empêcher sa famille de succomber à la malédiction des mutins de Pitcairn. Il semble qu’après tout, le rêve des Mers du Sud était destiné à rester une chimère qui jamais ne devait se réaliser.

Le retour du Tiki

Après avoir été complètement oublié dans les années 1970 et 80, le Tiki reparaît grâce au travail minutieux d’archéologues urbains et de chasseurs-collectionneurs d’objets pop qui s’emploient à remettre au jour les vestiges de ce style. Leur travail et les livres qu’ils publièrent conduisirent, à terme, à un renouveau artistique Tiki qui redevient un phénomène de la Pop culture.

AUTOUR DE L’EXPOSITION FESTIVAL DES ARTS D’HAWAÏ –  27/06/14 – 29/06/14

En lien avec l’exposition, le Festival des Arts d’Hawaï met à l’honneur les arts d’Hawaï au musée du quai Branly. Au programme : spectacle et ateliers de danses traditionnelles, concert de musique contemporaine avec le joueur de guitare Slack Key Makana, ateliers de fabrication de Lei (colliers de feuilles et de fleurs), contes hawaïens récités par Kilohana Silve et le spectacle jeune public Ouli d’Anne-Laure Rouxel.

BEFORE TIKI POP, L’Amérique rêve son paradis polynésien le  vendredi 11/07/14, de 19h à 23h

Cette soirée festive mêle une visite de l’exposition et des performances d’artistes, pour découvrir le musée du quai Branly autrement. Ce rendez-vous s’adresse plus particulièrement aux 18/30 ans et leur propose de découvrir l’exposition de manière privilégiée, accompagnés de conférenciers, et à plonger ensuite dans un univers décalé, réinterprété par des performances d’artistes.

  • Commissaire : Sven Kirsten, auteur et spécialiste de Pop culture
  • Exposition du 24 juin 14 au 28 septembre 2014

Musée du quai Branly

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