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The Assassin, un film de grâce et d’épée

The Assassin

A contre-genre : sous la cape et l’épée, l’âme « The Assassin »

Le film du Taïwanais, Hou Hsiao-Hsien, « The Assassin » couronné du prix de la mise en scène à Cannes, s’inscrit dans la tradition du « wu xia pian », film de cape et d’épée chinois, pour mieux le transgresser.

A contre-genre : sous la cape et l’épée, l’âme

L’histoire tient en quelques lignes. Dans la Chine somptuaire de la dynastie Tang, au IXe Siècle, des dissidences commencent à se faire jour. Nie Yinniang, jeune femme entraînée à l’art de l’épée et des arts martiaux par son maître, une nonne à qui, enfant, elle a été confiée, est chargée par l’Empire d’éliminer Tian J’ian, le gouverneur opposant de la province militaire de Weibo. Or Tian J’ian est le cousin de Nie Yinniang, ils ont été élevés ensemble puis séparés pour suivre deux destinées différentes après avoir été promis l’un à l’autre. Mais l’essentiel du film n’est pas dans ces quelques lignes mais bien entre ces lignes, dans cet espace, cette suspension, cette inspiration entre les mots. HHS signe ici, tout en respectant les codes du film de cape et d’épée, une œuvre méditative sur la conscience et le devoir. Plutôt qu’un film d’action, il s’agit bien davantage d’un film d’introspection, dont le héros véritable serait ce dilemme qui déchire l’âme de Nie Yinniang. Respecter son serment d’obéissance envers son maître, respecter la loi de son clan ou bien suivre sa loi, celle que lui dictent ses sentiments. Le décorum somptueux du film, tant au niveau des scènes intérieures, des paysages que des costumes, n’est que l’écrin où se débat l’âme de Nie Yinniang. « L’art de l’épée est sans cœur. Ta technique est infaillible mais ton âme est prisonnière de tes sentiments », lui dit la nonne. Shu Qi, égérie de Hou (cf. « Millennium Mambo », 2001), livre son visage impassible aux tourments de son âme. Elle erre en héroïne létale comme une ombre sur un tableau, dont elle en révèlerait toute la lumière. Tout n’est ici que tension des sentiments qui s’inscrivent, comme par subreptice, dans une lenteur des plans qui touche au sublime. Très peu d’action, plutôt du temps qui s’étire comme une mélancolie suspendue. Quelques combats néanmoins, chorégraphiés sublimement, ornent cette succession de plans qui tiennent davantage du jardin zen dont la beauté extrêmement ordonnée n’est que le support à l’élévation de l’âme.

Epure graphique, lenteur sublime

Le choix du cadre, carré, tranche aussi avec le genre des films à costumes chinois, plus habitués au format panoramique. HHS s’émancipe encore ici des règles en adoptant ce format plus propre au portrait et avec lequel il filme de longs et magnifiques paysages. HHS filme ses extérieurs avec ce cadrage rapproché plus propice à l’intériorité, comme pour nous signifier que tout, ces paysages comme ces décors, ne sont que l’expansion de l’âme de Nie Yinniang. La silhouette en noir vient en fendre l’espace comme la lame d’un poignard déchirerait la toile d’un tableau inachevé. Les couleurs, saturées et presque monochromiques, renforcent la picturalité de cette œuvre décidément hors cadre. Le choix du prologue historique en noir et blanc annonce cet art de l’esquisse, du dessin, qui caractérise ce film totalement hors des codes et hors du temps, comme tous les chef-d’œuvre. Laetitia Lormeau Vespérini pour artsixMic

Avec : 

Nie Yinniang: SHU Qi
Tian Ji’an, le gouverneur: CHANG Chen
Lady Tian: ZHOU Yun
Le polisseur de miroirs: TSUMABUKI Satoshi
Xia Jing, l’aide de camp: JUAN Ching-Tian
Huji, la concubine: HSIEH Hsin-Ying
La princesse Jia Cheng et la princesse nonne Jia Xin: SHEU Fang-Yi

The Assassin le 9 mars dans les salles 

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  • Voir les commentaires : (1)

  • artsixmic

    Un film qui célèbre la beauté du geste !

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