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Templiers et francs-maçons, de la légende à l’histoire…

Templiers et francs-maçons

Cette exposition revient sur l’envoûtante légende qui poursuit les Templiers et qui demeure l’un des phénomènes les plus incroyables du siècle des Lumières. Nous sommes en 1314, au cœur de Paris, sur l’Île de la Cité, où le Grand Maître Jacques de Molay vient d’être livré au bûcher et meurt dans les flammes. Deux ans plus tôt, le pape Clément V avait aboli l’ordre des Templiers, cet ordre qui, à l’origine, avait pour mission de défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ.

Mais la chute de Saint-Jean d’Acre en 1291 et l’expulsion des Européens de Palestine les affaiblirent, donnant au roi de France, Philippe IV le Bel, le prétexte qu’il cherchait pour mettre un terme à cette puissance presque autonome au sein de son Royaume. Il fit arrêter tous les Templiers le 13 octobre 1307 en les accusant d’hérésie et de magie, arguments qui, à l’époque, condamnaient d’avance les accusés. Il n’y avait donc rien qui puisse laisser penser que l’ordre avait subsisté ; les Templiers qui avaient échappé aux bûchers ou à la prison avaient probablement rejoint d’autres ordres chevaleresques ou religieux ou s’en retournèrent à l’état laïc comme militaires ou féodaux.

Pourtant, au fil des siècles, les Chevaliers allaient rester très présents dans les esprits, alors qu’ils avaient disparu dans la vie quotidienne de l’Europe. Ainsi, même si aux XVe et XVIe siècles, les romans de chevalerie perdent leur statut littéraire, ils continuèrent à être lus comme en attestent leurs innombrables rééditions jusqu’au XVIIIe siècle. Rares devaient être à cette époque les bibliothèques qui ne comptaient pas un ou plusieurs ouvrages sur la chevalerie. Aussi ne sera-t-on pas surpris de découvrir dans la bibliothèque du comte de Clermont, Grand Maître de la franc-maçonnerie française de 1743 à 1771, l’Amadis de Gaule, l’Histoire du Chevalier du Soleil, l’Histoire de Bertrand du Guesquelin, mais aussi l’Histoire de Malte de l’abbé Vertot… qui, sur ses quatre tomes, consacre plus d’un fort volume aux Templiers !

Instaurée à Londres à partir de 1717, la franc-maçonnerie spéculative moderne s’implante à Paris autour de 1725. Elle pratique probablement les deux grades hérités de la maçonnerie opérative d’Écosse, apprenti-entré et compagnon du métier, puis, à partir des années 1730, les premiers hauts grades apparaissent, et elle est assimilée par certains, dès cette époque, à un ordre de chevalerie… En 1736, le Grand Orateur de la Grande Loge, le chevalier de Ramsay, explique, dans un « Discours » devenu célèbre, que les francs-maçons sont les descendants des Croisés.

Entre franc-maçonnerie et chevalerie, de surcroît si cette chevalerie était celle des croisades, il n’y avait qu’un pas à faire pour que les Templiers ne soient plus loin ! Ainsi, dès 1737, on peut lire dans un gazetin : « Il s’est établi à Paris un nouvel Ordre qui vient d’Angleterre et qu’on nomme […] Francs-Maçons. C’est un serment de fidélité que se font ceux de cet Ordre […] et qui est à peu près comme l’Ordre des Templiers ». En 1746, L’Examen de la Société des francs-maçons… explique que « Les francs-maçons ont, comme les Templiers, des points tellement essentiels et secrets parmi eux qu’ils aimeraient mieux perdre la vie que de les découvrir ».

Au coeur du siècle des Lumières, une fois arrimée à la franc-maçonnerie, l’idée templière allait se déployer dans l’univers des loges. La plupart des Rites maçonniques font de l’ordre du Temple la clef de voûte de leur système symbolique. Par ailleurs, des Loges maçonniques affirmaient que quelques chevaliers qui avaient échappé à la persécution s’étaient réfugiés dans la lointaine Écosse et avaient survécu jusqu’au XVIIIe siècle sous le voile de la franc-maçonnerie. Le mythe de la survivance secrète des Templiers était né. C’est ainsi que quelques siècles après sa disparition, l’ordre des Chevaliers du Temple allait connaître un destin aussi légendaire que fabuleux, et le mythe de la survivance secrète des Templiers, d’origine exclusivement maçonnique, a connu en trois siècles une diffusion dépassant largement l’univers des Loges.

Du 12 avril au 23 octobre, le musée de la franc-maçonnerie revient sur ce mythe et fait découvrir cette Maçonnerie templière qui reste un des phénomènes les plus singuliers du siècle des Lumières et qui s’avère être une des sources du romantisme.

Manuscrits enluminés, blasons, croix templières… tout au long de sa visite, le public pourra découvrir des pièces singulières qui témoignent de la force de l’imaginaire du Moyen-âge depuis le XVIIIe siècle et tout au long du XIXe. En introduction, dans une sorte d’espace semi-clos, le visiteur est invité à remonter le temps et découvre l’histoire et la fin tragique de l’Ordre du Temple.

La première partie propose de revenir sur les liens qui vont unir la franc-maçonnerie à l’imaginaire chevaleresque notamment par la littérature. Livres ouverts, reproductions d’extraits de passages clés lui permettent de s’imprégner de cet imaginaire. Un « reliquaire » présente les deux documents les plus anciens témoignant de la légende templière dans la franc-maçonnerie : Le manuscrit de Quimper et La patente Vegesack.

Sont étudiés ensuite les Templiers en Loges au siècle des Lumières à travers le plus mythique des systèmes maçonniques templiers : la Stricte Observance Templière, née en Allemagne dans les années 1750, le Régime Écossais Rectifié, une version française de la Stricte Observance ou l’aspect templier a été minoré au profit d’un enseignement théosophique et plus au nord le Rite Suédois mis en forme par le futur Charles XIII de Suède, plus passionné de symbolisme et de mystique que de politique. Le Rite Écossais Ancien Accepté reste le système maçonnique le plus pratiqué dans le monde aujourd’hui, tandis qu’en Grande –Bretagne et aux Etats-Unis, l’ordre des Knights Templars est très populaire.

Enfin, la troisième partie est consacrée à la figure romantique des Templiers et se compose de trois espaces : les Templiers et la Révolution française, l’Ordre du Temple de Fabré-Palaprat, Jacques de Molay un héros romantique.

Cette exposition « Templiers et francs-maçons : de la légende à l’histoire » est présentée en parallèle à la grande exposition « La franc-maçonnerie » organisée par la Bibliothèque Nationale de France (12 avril-24 juillet 2016) dont le Musée de la franc-maçonnerie est partenaire.

Réception maçonnico-templière en 1775, manuscrit dit « Derla » de la Stricte Observance Templière, 1775, © musée de la franc-maçonnerie
Jacques de Molay
Jacques de Molay en héros romantique, estampe du XIXe siècle, © musée de la franc-maçonnerie

Informations pratiques

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