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Le studio Lévin : Sam Lévin & Lucienne Chevert

Lévin

Le Studio Lévin,  une « photographie à quatre mains »

Photographe portraitiste français d’origine russe, Sam Lévin a tout d’abord été un talentueux photographe de plateau avant de se consacrer aux portraits de studio, photographiant une bonne partie des vedettes de cinéma, françaises et européennes, des années 1950 et 1960 telle Simone Signoret (1947), Yves Montand (1952), Brigitte Bardot (1960), Pierre Brasseur (1960), etc.

Son premier studio, il l’installe rue St Georges à Paris, dans un appartement de deux pièces, qu’il partage avec la photographe Lucienne Chevert, sa collaboratrice qui deviendra son associée. Tous deux forment un duo qui réalisera en un demi- siècle de création commune, plus de 250 000 prises de vues, à quatre mains !

L’histoire du studio Lévin révèle toute une évolution artistique, les deux photographes sachant s’adapter aux modes et à l’air du temps ; les styles changent, marquant une rupture avec le passé, Sam et Lucienne ayant cette incroyable capacité à naviguer dans les eaux changeantes d’une société en mutation : la « manière Lévin » reflète les modes et les moeurs, incarne les goûts et les imaginaires d’époques aussi différentes que l’entre-deux-guerres ou les sixties. Leur définition et style photographiques sont uniques, reposant avant tout sur une technique, un jeu d’éclairage sophistiqué issu des plateaux de cinéma de leurs débuts. Leurs photographies font d’ailleurs penser aux films de l’époque : un accord subtil d’ombres et de lumière ; des visages sublimés par des nuances douces de noir et blanc ; des corps modelés à l’aide d’ambiances diffuses, de touches lumineuses, de fonds sombres ou rayonnants.

Peu d’anonymes viennent au studio, quelques mannequins mais surtout des acteurs et des comédiennes qui seront suivis par toute une génération de stars de la chanson et de ses vedettes.

En 1937, le studio déménage et s’installe rue du Faubourg-Saint-Honoré. Mais, de confession juive, Sam est fiché par la Sûreté nationale comme étranger et juif et est obligé de se réfugier en zone libre afin d’éviter la confiscation de l’affaire parisienne ; Lucienne Chevert devient la seule exploitante du studio de la rue du Faubourg Saint-Honoré, contournant ainsi les décrets allemands et signant jusqu’à la fin de la guerre les photographies de plateau d’une dizaine de films comme Sortilèges de Christian-Jaque ou L’homme de Londres de Decoin.

Sam Levin est arrêté à Marseille le 24 décembre 1942 et interné dans un camp. Il ne retrouvera son studio parisien qu’en 1945.

Sylvie Vartan de Sam Lévin

Sylvie Vartan, Lévin

Á la Libération, à l’atelier est adjoint une photothèque et un laboratoire. Un salon est aménagé pour permettre l’accueil des acteurs, chanteurs et modèles. En 1948, le studio signe un contrat avec Unifrance et devient leur principal fournisseur d’images. Unifrance-Film a pour objet la promotion du cinéma français à l’étranger. Sam Lévin travaillera aussi de manière étroite avec les disques Barclay, fournissant des photographies pour illustrer les pochettes de disque. S’associant avec des financiers, il ouvre un gigantesque studio à Boulogne-Billancourt en 1967, les Studios internationaux de photographies.

Talentueux, Sam Lévin et Lucienne Chevert ne font pas des œuvres d’art mais répondent à des commandes, passent des marchés. Il y a la photographie de plateau, la photographie de mode, de publicité et par-dessus tout, il y a le portrait qui illustrera les pages de magazines ou sera vendu sous forme de cartes postales et de posters. C’est un article de promotion, il joue les intermédiaires entre la figure illustre et son audience, entre l’idole et ses groupies. Il suscite le désir et entretien le flirt. Il est à la fois intime et collectif.

Les portraits réalisés par le studio Lévin ne sont pas intemporels ; au contraire, ils ont évolué en fonction du progrès : du cliché noir et blanc, le studio passe, au lendemain de la guerre, à la couleur. Quelques années plus tard, il exploite avec délice l’éventail chromatique de la décennie « yéyé » puis adopte l’exubérance acidulée du disco. Les photos sont vivantes, bougent, privilégiant le mouvement. Une seule constante : le dépouillement, dans chaque mise en scène prédomine une économie de moyens et une forme de minimalisme.

Ce qui a fait du modèle Lévin un modèle unique, ce n’est pas un style ou une technique telle Laure Albin Guillot, ce n’est pas non plus une signature comme Harcourt, c’est la façon de concevoir son métier en rendant évidente la singularité des modèles qu’ils photographient, en en valorisant leur caractère, et en faisant de chaque portrait une représentation individualisée, un face à face unique. Ici rien de magique, mais du talent et un peu d’improvisation, les photographes gardant jalousement le contrôle de la séance, jonglant avec les distances et les lumières.

Le cheminement de l’exposition de ces images non recadrées et l’ensemble des Négatifs et Ektachromes nous permettent de comprendre la nature et la pratique véritables de ce métier : Le contexte des prises de vue, la mise en scène, les bricolages techniques, tout l’arsenal technique fait de trépieds, de spots, de réflecteurs, de câbles, d’estrades, de rideaux et de toiles de fond colorées et l’entourage du photographe peuplé d’aides, d’assistants, de costumières et de maquilleuses.

La Maison de la Photographie Robert Doisneau propose un dispositif d’actions culturelles et pédagogiques à destination de publics variés. Des visites commentées et des ateliers seront ainsi proposés durant toute la durée de l’exposition.

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  • Touche-à-Tout, depuis la photographie, l'écriture, la mise en page et les reportages vidéos

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