Rebeyrolle vivant ! 60 ans d’une oeuvre essentielle

Paul Rebeyrolle photo Michel Nguyen

En 2005, disparaissait Paul Rebeyrolle, l’ami de Jean-Paul Sartre et de Michel Foucault .

Afin de célébrer le dixième anniversaire de sa mort, l’exposition « Rebeyrolle vivant ! » réunira plus de 80 de ses peintures et sculptures en l’Espace Paul Rebeyrolle, retraçant soixante années du travail de cet artiste majeur, né en 1926 à Eymoutiers dans le Limousin. C’est dans son village natal qu’a été érigé, par l’architecte Olivier Chaslin et grâce à l’engagement de la municipalité d’Eymoutiers, des collectivités territoriales et de l’État, cet Espace qui conserve plus d’une cinquantaine d’oeuvres de l’artiste, de toutes les époques depuis 1959.

Paul rebeyrolle

Peintre, lithographe et sculpteur, expressionniste et matérialiste français, rattaché au courant de la Nouvelle figurationPaul Rebeyrolle a été, dès ses vingt ans, passionné de peinture contemporaine et classique, celle qui va du Caravage à Courbet en passant par Goya.

L’histoire de la peinture de Rebeyrolle et la recherche artistique qui l’a animé, trouvent leurs racines dans les chaos de notre monde.

Inscrit au Parti Communiste au début des années cinquante, il quitte brutalement celui-ci au moment de l’invasion russe en Hongrie et du fait de la duplicité du parti face à la guerre d’Algérie; il peint à cette occasion son grand tableau « À bientôt j’espère« . Avant de quitter définivement Paris pour la campagne, il réalise « Planchemouton« , œuvre de grand format que lui commande le comité de la première Biennale de Paris afin d’orner l’escalier du Palais des Beaux-arts.

Planchemouton (1959), Peinture sur panneaux de bois, 4.20 m x 14.34 m

planchemouton photo - Michel Nguyen

D’abord dans l’Aube puis en Côte d’Or, il commence à partir de 1968, un cycle de séries souvent définies par le terme de « politique« , toutes figuratives et imprégnées par la violence, la rage, la révolte qui l’animent face à l’oppression ou l’engagement politique. La campagne, les forêts, rivières et faune, se reflètent dans ses oeuvres où paysages et animaux trouvent un écho unique et puissant, qu’ils soient représentés ou inclus sous forme de dépouilles, la maîtrise technique et plastique de l’artiste se retrouvant également dans des tableaux employant toute sorte de matières collées sur la toile dont de la terre, des crins, des écorces et même de la ferraille et des piquets de bois, faisant de ses toiles des oeuvres uniques et reconnaissables entre toutes.

S’inscrivant dans la grande tradition réaliste, les oeuvres de Rebeyrolle traduisent toute sa puissance créatrice et émotive, son énergie à dénoncer les tragédies politiques du temps, Cuba, l’URSS, la Grèce, les stratégies de pouvoir, l’oppression, les dictatures…  Mêlant et entremêlant les espèces, les genres, les thèmes et sa transcription de l’horreur à sa rage de vivre.

Comme il aimait à le résumer :

« Il faut que la peinture alerte, il faut qu’il y ait une joie de peindre. On ne peut pas parler de choses graves avec un ton abattu. Le monde est ainsi fait que les choses les plus tragiques sont parfois les plus belles. (…) On ne peint pas des sujets politiques de façon politique. On cherche une émotion. »

le roi aux oreilles d’âne

De grandes expositions ont mis en valeur le travail de cet artiste telle celle des Galeries nationales du Grand Palais à Paris en 1979, à Ornans en 1994, à la Fondation Marguerite et Aimé Maeght en 2000, à la Fondation Salomon en 2011, ainsi qu’au Château de Chambord en 2012. D’autres manifestations ont eu lieu depuis sa disparition, mais c’est la première fois qu’un ensemble aussi important d’oeuvres est rassemblé. « Rebeyrolle vivant ! » réunit en effet des oeuvres de toutes les époques à partir de 1948.

Les deux tiers des oeuvres de cette exposition ont été rarement voire jamais montrées, et proviennent de collectionneurs passionnés qui ont accepté de prêter leurs trésors pour cet hommage.

Sur la mezzanine, en guise de « clin d’oeil » amical, sont présentées six petites oeuvres que l’artiste a réalisées pour des proches. Le parcours se veut chronologique, commençant par des oeuvres des années 1940-1950, où de petits formats côtoient des grands formats qui seront la marque de Rebeyrolle, où se découvrent déjà des sujets et des thèmes repris tout au long de la carrière de l’artiste. Suivent les nus et les paysages des années 1960 où s’affirment la matérialité de la peinture et la puissance de la couleur.

Sculptures à l’Espace Paul Rebeyrolle

Sculptures à l’Espace Paul Rebeyrolle

Puis s’enchaînent les tableaux des années 1970, issus des séries « Coexistences« , « Les Prisonniers « , « Faillite de la science bourgeoise« , « Natures mortes et pouvoir« , « Grands Paysages« , ainsi que trois sculptures, donnant ensuite à voir, dans toute la force de leur incarnation et par leur fusion du contenu et de l’invention picturale, des thématiques indissociables de l’engagement de cet artiste profondément humaniste.

Les années 1980 sont représentées par des oeuvres des séries « Les évasions manquées« , « Le sac de Madame Tellikdjian« , « On dit qu’ils ont la rage« , « Germinal« , et par huit sculptures (bronze et terre chamottée), puis le travail des années 1990 est rappelé par des oeuvres des séries « À propos de Courbet« , « Le monétarisme« , « Bacchus« , et par des bas-reliefs. Les dernières années sont représentées par des tableaux des séries « Madagascar« , « Clones« , « Implosions« , et bien sûr par les trois dernières oeuvres peintes par l’artiste, mort le 7 février 2005 et datées de cette même année : Le Néant 1, Le Néant 2 et Le Néant 3 dévoilées ici au pubic pour la première fois.

Ses amis, les photographes Michel Nguyen et Gérard Rondeau, qui l’ont accompagné pendant de nombreuses années, complètent l’exposition par des portraits et clichés signés, et le film de Gérard Rondeau, auteur également de l’ouvrage « Rebeyrolle ou le journal d’un peintre » sera diffusé pendant la durée de l’exposition.

Demeurant toutefois peu médiatisée, l’oeuvre de Rebeyrolle est assez méconnue du grand public ainsi que de certaines institutions; sa démarche artistique a été particulièrement appréciée par les philosophes Jean-Paul Sartre et Michel Foucault ainsi que par le collectionneur François Pinault.

Une très belle occasion de le (re)découvrir.

Crédit photo : Michel Nguyen

Infos pratiques

Rebeyrolle vivant ! 60 ans d’une œuvre essentielle
Exposition monographique
Espace Paul Rebeyrolle, Route de Nedde, 87120 Eymoutiers
Du 14 juin au 30 décembre 2015

espace-rebeyrolle.com

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