Provoke au Bal : La Photographie au Japon 1960 – 1975

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Provoke au Bal : La Photographie au Japon 1960 – 1975 – Entre contestation et performance

Le BAL rend hommage à Provoke en présentant la première exposition de cette revue japonaise culte qui, publiée entre 1968 et 1969, et en seulement trois numéros, a révolutionné l’histoire de la photographie. Provoke, ce sont les oeuvres essentielles de ses membres : Takuma Nakahira (For a langage to come), Daido Moriyama (Accident) et Yutaka Takanashi (Towards the city). Provoke, c’est à la fois un manifeste et une œuvre collective qui fait que la photographie devient une matière à provoquer la pensée qui réagit aux troubles violents qui ébranlent la société japonaise et se fait écho de l’émergence de la scène performative nippone et de ses grandes figures, tel Natsuyuki Nakanishi, Jirō Takamatsu, Kōji Enokura, Shuji Terayama.… Au sein de cette terrible époque, Provoke est un soupir et une parenthèse poétique et politique.

D’ailleurs comme le souligna Nobuyoshi Araki : « Provoke m’a inspiré. La plupart des gens n’y ont pas prêté attention, mais ce mouvement a eu l’effet d’une bombe. »

Si la revue fut ignorée lors de sa publication, elle est de nos jours considérée comme un élément majeur de l’histoire de la photographie. Provoke réunit des photographes, des penseurs et poètes, et a polarisé ce qu’il y avait de mieux dans la création photographique japonaise des années 1960, donnant une place privilégiée à l’image imprimée à la fois dans la presse, les livres et revues.Cela fait trois ans que LE BAL, via un groupe de recherches, prépare cette première exposition internationale, mobilisant pour cela artistes, commissaires, critiques, historiens, collectionneurs, galeristes et musées non seulement au Japon, mais également en Europe et aux Etats-Unis.

Par le biais de cette exposition, on assiste à l’éclosion de Provoke au sein de la profonde métamorphose de la société japonaise, les multiples fronts de rébellion qui s’y développent contre l’Etat et l’hégémonie américaine mais aussi le foisonnement de nouvelles pratiques artistiques dont les actions et performances envahissent l’espace public. Au-delà des notions de symbolisme ou d’abstraction visuelle, ce groupe a pris la photographie comme pouvoir de représentation, tout en concevant « la fin du langage photographique ». Il irrigue de nombreuses influences artistiques et littéraires notamment françaises parmi lesquels Albert Camus, Henri Michaux, Roland Barthes, Antonin Artaud et Jean-Luc Godard.

La première partie est consacrée à la contestation ; nous sommes en 1960, le Traité de sécurité entre le Japon et les Etats-Unis est l’événement qui va déclencher le début des contestations contre la présence de bases américaines sur le territoire, notamment a Okinawa, tandis qu’un autre front s’installe a Sanrizuka contre la construction de l’aéroport de Narita qui nécessite l’expropriation de centaines de fermiers. Des manifestations d’une rare violence se multiplient.

La photographie endosse un nouveau rôle, celui d’être un vecteur d’information, de témoignage et de mobilisation. La quinzaine d’années qui s écoule, de 1960 à 1975, voit éclore près de 80 publications d’associations étudiantes, de syndicats, de photographes auteurs et de photojournalistes, le plus souvent éphémères et auto-éditées, d’un tirage limité et qui circulent dans les librairies et réseaux militants. Leur graphisme en est novateur et caractérise le Japon de cette époque avec une conjugaison de textes et d’images, de séquences quasi cinématographiques et des cadrages abrupts. Provoke va prendre racine dans ces expérimentations. La première partie de l’exposition met en valeur le film Les paysans de la deuxieme forteresse de Shinsuke Ogawa sur la bataille de Sanrizuka, des tirages de Shōmei Tōmatsu, Kazuo Kitai et Takashi Hamaguchi ainsi qu’une collection d’images anonymes.

La seconde partie

C’est dans un contexte de chaos et de désillusion que paraît Provoke. Après des années de soulèvements contestataires et de lutte collective, la photographie ne veut plus se limiter à son rôle de captation et de transcription, voulant traduire l’esthétisme du flottement et de la confusion. Devenir « voyants » pour atteindre « quelque chose qui se situe avant la forme » comme le résumait Kōji Taki. Le seul geste envisageable et possible est d’honorer l’absurdité en privilégiant le chaos, repoussant ainsi la photographie aux confins de la lisibilité. Provoke rend donc manifestes, sans les résoudre, les liens complexes entre photographie et langage, entre art et résistance. Dans cette deuxième partie, le visiteur pourra découvrir les 4 numéros de Provoke dans leur intégralité et les oeuvres essentielles de Takuma Nakahira (For a langage to come), Daido Moriyama (Accident), Yutaka Takanashi (Towards the city).

Partie III : PERFORMANCE

Les années 1960 connaissent au Japon une explosion des pratiques performatives, les artistes se rebellant contre l’ordre établi et contre les institutions, méthodes et réseaux artistiques traditionnels, et multipliant les pratiques expérimentales dans tous les domaines de création. Cette avant-garde est très consciente du rôle subversif de l’art et investi l’espace public pour critiquer avec humour et ironie la société industrielle et médiatique à l’aide d’actes de rébellion. Les photographies faites de ces actions anéantissent la frontière entre production documentaire et Live Action, privilégiant les aspects performatifs du medium. La notion d’« expérience » est au coeur de cette approche, rappelant fortement les pratiques des membres de Provoke : le photographe s’immerge dans la vie, et, par le prisme de son regard, traduit cette expérience « en » photographie, expérience synonyme de présence, tout simplement.
Comme l’expliquait Kōji Enokura, « Je prends des photographies dans l’unique but d’appréhender la tension qui existe entre les objets et moi-même, en me servant de l’appareil – la machine optique – comme d’un médiateur. »

Dans cette troisième partie, l’exposition présente notamment : Shelter Plan, une performance filmée conçue par le collectif Hi Red Center, la série Shashin no Shashin (Photographie de photographie, 1972-1973) de Jirō Takamatsu et les Xerox Photo albums de Nobuyoshi Araki.

Hors les murs

La Gare de Paris-Est, parallèlement au Bal, exposera du 19 septembre au 20 novembre 2016 Daido Moriyama, figure emblématique de la revue culte japonaise des années 1960, traçant ainsi une ligne symbolique entre Paris et le Japon. Avec son installation Scandalous (2016), Daido Moriyama remet au goût du jour sa célèbre série Accident, dont les images scandaleuses avaient fait l’objet d’une publication sous forme de chapitre dans le magazine japonais Asahi Camera, en 1969. En mettant un terme à une longue tradition de la photographie d’auteur, l’artiste reproduit des événements de célébrités ou de faits divers prélevés dans la presse, à la télévision, au cinéma ou sous forme d’affiches, opérant ainsi une critique du flux chaotique et du voyeurisme des médias, et une restitution de l’expérience vécue d’un « tout images » subjectif et fragmenté. C’est cette nouvelle manière de pensée qui provoqua un bouleversement dans l’histoire mondiale de la photographie et qui poussa le critique et photographe Takuma Nakahira à solliciter Moriyama pour qu’il prenne part a la revue Provoke en 1969.

Autour de Provoke

2 journées de rencontres et de réflexion à l’occasion de l’exposition au BAL sont programmées :

– Partie I : AUTOUR DE PROVOKE : Avant-gardes et contre-culture au Japon dans les années 1960

Maison de la Culture du Japon – Samedi 5 novembre 2016 / 12h30-18h30

– Partie II : Autour de PROVOKE : La photographie au Japon dans les années 1960

Paris Photo – Grand Palais – Jeudi 10 novembre 2016 / 15h30 – 19h45

LE BAL, en partenariat avec le Centre d’Etudes Japonaises de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), la Maison de la Culture du Japon à Paris et Paris Photo, proposent deux journées de rencontres et de réflexion consacrées a la revue Provoke, ses artistes, son contexte d’apparition et ses liens avec les avant-gardes nippones des années 1960.

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