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Providence « Fracas psychédélique en Nouvelle-Angleterre »

Fracas psychédélique en Nouvelle-Angleterre

Le Miam a 15 ans ; 15 ans déjà, 15 ans de recherches d’artistes incongrus et inclassables qui sont autant de pierres apportées à l’édifice de l’art contemporain, autant d’ouvertures de nouveaux horizons qui abolissent des frontières. Pour ses 15 ans, le Miam nous propose un voyage à Providence.

Providence, capitale et ville américaine la plus peuplée de l’État du Rhode Island, est aussi l’une des premières cités anglophones fondées dans le pays en juin 1636 par des puritains exilés menés par Roger Williams. La précarité y demeure un problème lancinant, près de 30 % des habitants vivant sous le seuil de pauvreté.

Alors pourquoi Providence pour fêter ce quinzième anniversaire du Miam ?

Le nom de Providence demeure certes auréolé du passage d’Edgar Allan Poe, au XIXe siècle, mais surtout d’Howard Philip Lovecraft qui y est né, qui y a vécu presque toute sa vie et y est mort, gagnant le surnom de Reclus de Providence. Plusieurs de ses histoires d’horreur sont basées sur la ville, les décors et paysages de Providence ou Rhode Island qui le marque le plus profondément.

Howard Philip Lovecraft, écrivain malade et visionnaire, composera au début du XXe siècle, à travers quelques nouvelles et un seul roman, une mythologie de dieux anciens et malfaisants, aux noms imprononçables, dont le sommeil souterrain (ou sous-marin) menace régulièrement d’être interrompu. Il choisira de situer ses récits fictifs dans les régions qui entourent Providence, ou dans le Massachusetts voisin, tressant une topographie à la réalité incertaine.

Dans les années 90, ces démons grandioses et débiles, ces cauchemars mutants accompagnés de rumeurs invérifiables ont refait surface lorsque plusieurs jeunes artistes ont organisé des concerts cacophoniques et des combats de catch dans un squat nommé le Fort tonnerre (Fort Thunder). La légende raconte que la chaine d’information CNN, s’est appuyée sur l’anecdote d’un concert sauvage organisé en 1993 par Mat Brinkman et Brian Chippendale, dans un tunnel ferroviaire à l’est de la ville, pour soutenir l’existence à Providence d’un culte satanique persistant. Mais c’est surtout une certaine texture psychotrope des images et des objets inventés par ces artistes, fracas psychédélique ou assemblages de rebuts, qui permet de convoquer une Couleur tombée du ciel et des Montagnes hallucinées.

L’exposition « Providence » du Miam fait écho à cette fantasmagorie, les œuvres présentant entre elles des connexions multiples, concrètes et solides, les artistes invités se connaissant et travaillant parfois ensemble. Comme l’explique d’ailleurs Hervé Di Rosa, président de l’association de l’art modeste : « L’année dernière, j’ai visité cette ville, capitale de l’État de Rhode Island, une des plus anciennes des Etats- Unis, jamais vraiment remise de son déclin industriel à partir des années 20. J’y allais sur la piste de l’écrivain Lovecraft (1890-1937), le « reclus de Providence » qui y était né, y avait passé le plus clair de son temps et était devenu l’écrivain mythique qu’on redécouvre aujourd’hui. La mémoire de l’écrivain est discrète dans cette petite ville de province où un café Starbucks occupe sa maison natale. En revanche son héritage est bien présent, vivant dans les oeuvres des artistes que j’ai eu la chance de rencontrer ».

Cependant, si les différentes œuvres ne sont pas non plus d’une parfaite homogénéité thématique, d’une part car leur échelle de production est parfois fort éloignée comme celle qui va de l’installation monumentale au dessin délicat, des harmonies communes indéniables les unissent :

Celle-ci est d’abord faite d’énergie : celle du tonnerre qui donne son nom au lieu pionnier cité plus haut et qui a hébergé plusieurs d’entre eux, celle de la foudre2 ou du champ de force3 – des énergies primordiales qui donnent naissances aux mythes et aux forces infernales. Le fracas est présent, et de façon intense, dans la plupart des créations musicales de ces artistes. La stridence et la saturation composent un territoire accidenté, parcouru par des figures à cornes, ou équipées d’armes futuristes.

Les processus de transformations, par fusions et par explosions, constituent un deuxième circuit d’énergie à l’oeuvre, une énergie vivace, qui génère, disperse et rassemble. Plusieurs oeuvres montrent le monde qui se fragmente en facettes, en surfaces biseautées ou ondulées, en points de lumière ou de couleurs. D’autres sont des collages, des agglomérats de morceaux de papier déchirés, des regroupements d’objets échoués au bord de l’eau, ou des broderies minutieuses cousues de fils brillants. Enfin, une politique active de collaborations dessine un dernier réseau de circulation énergétique. Les influences sont partagées, et souvent réciproques. Les plus jeunes ont lu les fanzines édités par les plus anciens.

Mat Brinkman – Melissa Brown – Brian Chippendale – Jessica Ciocci – Jim Drain – Philippe Druillet – C.F. – Leif Goldberg – Jungil Hong – Ben Jones – Marie Lorenz – Takeshi Murata – Ara Peterson – Francine Spiegel…Ces artistes invités sont apparus sur la scène artistique dans les années 90, la puissance de leur nature, dynamique et en perpétuelle mutation, rend caduque l’idée d’une exposition tournée vers une origine mythifiée et refroidie par le temps.

Comme le souligne l’artiste-commissaire Jonas Delaborde qui a tressé des liens transatlantiques avec des dessinateurs et artistes de la ville de Providence aux Etats-Unis, les oeuvres présentées sont récentes, et même, pour certaines, réalisées spécifiquement pour l’exposition au MIAM. Il s’est agi de donner la place à cette énergie intense, qui après avoir parcouru quelques tunnels et usines désaffectées du Rhode Island, continue de produire des déflagrations visuelles, dont l’après coup génère vibrations optiques et hallucinations.

Informations pratiques

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