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Présumées coupables aux Archives nationales

Présumées coupables : Restituer la voix des femmes à travers les pièces de procédure de la fin du Moyen Âge au 20e siècle, telle est l’ambition de cette exposition aux Archives nationales

C’est à travers 320 procès-verbaux d’interrogatoires que l’exposition Présumées coupables aborde le sujet du crime au féminin, objet de multiples fantasmes véhiculés depuis toujours par les mythes, la religion, l’iconographie, la littérature, le cinéma, etc. Les visiteurs seront mis au contact de pièces de procédure qui leur donneront une autre vision de cette criminalité et, plus généralement, de la place accordée à la femme dans les sociétés européennes, sur plus de cinq siècles d’histoire. La période que couvre l’exposition est en effet longue, du xive au xxe siècle, permettant de traiter cinq archétypes féminins : la sorcière, l’empoisonneuse, l’infanticide, la pétroleuse et la traîtresse. Parmi les documents présentés : les interrogatoires de Jeanne d’Arc, La Voisin, La Brinvilliers, Violette Nozière, ou encore Arletty.

La sorcière
Éminemment fantasmée, la première figure de la femme réputée sorcière occupe plus de la moitié du parcours. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que cette figure se construit, avec tous ses symboles et ses représentations devenues célèbres : les inquisiteurs la soupçonnent de chevaucher un balai et de danser lors du sabbat avec le diable. Les démonologues de la Renaissance prennent leur relais et ce sont sur ces sujets que des dizaines de milliers de femmes sont interrogées et, pour beaucoup d’entre elles, condamnées au bûcher entre 1580 et 1630.

L’empoisonneuse
La crainte de la sorcière s’estompe avec les philosophes des Lumières, et c’est un nouveau mal qui diabolise la femme : l’empoisonneuse. Elle incarne la violence au féminin, celle qui ne laisse pas de trace – du moins jusqu’aux généralisations de l’autopsie –, qui ne fait pas couler de sang, qui ne se voit pas, car le crime est fomenté dans le foyer, à l’abri des regards indiscrets. Le crime d’empoisonnement confirme aux yeux des juges la faiblesse du sexe féminin et sa propension à la trahison.

L’infanticide
S’il existe des empoisonneurs, il n’y a que très peu d’hommes jugés pour infanticide. Ce crime commis sur le nouveau-né est presque toujours imputable à la mère. Encore une fois, il se fait hors de la vue de tous. Cette partie de l’exposition révèle la détresse de ces femmes qui, poussées par l’abandon d’un amant, par la misère ou encore par la violence d’un inceste, décident de se séparer de l’enfant, de façon brutale. Leur désarroi est d’autant plus fort que toute la période de la grossesse est cachée, voire niée.

La Pétroleuse
À la fin du xixe siècle, c’est la figure de la pétroleuse qui anime les esprits : une femme échappant au contrôle social, accusée de provoquer des incendies pendant la Commune de Paris. Elle porte les armes et se bat pour ses idées. Cette femme, mineure en droit, incarne la subversion, alors même qu’il n’a jamais été prouvé qu’un incendie ait été provoqué par une pétroleuse.

La traîtresse
La dernière partie de l’exposition est consacrée à la traîtresse, nommée ainsi en raison de son rôle, avéré ou non, dans la Collaboration lors de la Seconde Guerre mondiale. Accusée d’avoir pratiqué une sorte de « collaboration sentimentale » avec l’ennemi, délit qui n’apparaît pourtant nulle part dans le Code pénal, la figure de la traîtresse apparaît le plus souvent sous la forme de la femme tondue au cours d’un jugement populaire, particulièrement expéditif. Les procès-verbaux exposés révèlent la multiplicité des attitudes, de la jeune femme manifestement amoureuse à celle qui a réellement collaboré, en passant par celles qui cherchaient tout simplement à se procurer du ravitaillement.

L’exposition de ces procès-verbaux d’interrogatoires fait entrer dans l’enceinte de l’institution judiciaire, plongeant dans les vies et l’intimité de ces femmes évoquées par de brefs extraits restitués en français contemporain. Certes il s’agit de propos restitués par le greffier, d’aveux parfois obtenus sous la torture, et l’appareil didactique est là pour permettre aux visiteurs de resituer ces extraits dans leur contexte. La scénographie permet également au visiteur d’appréhender l’environnement des images, multiples, trompeuses, récurrentes, traduisant la complexité des représentations de la femme coupable, à l’origine de créations artistiques étonnantes, tantôt réalistes, tantôt « rêvées ». De courts extraits, défilant sur écran, transcrits et traduits, permettront aux visiteurs de lire et entendre des fragments de propos évoquant la violence, la haine, les malheurs et, ça-et-là, l’amour, tels qu’un greffier les a notés dans les procès-verbaux d’interrogatoires, les « auditions de bouche », les confrontations aux témoins, les notes et plumitifs d’audiences, etc.

Rapport de police sur Léonie Bathiat, dite Arletty, Paris, 3 octobre 1945. Arch. nat., Z/6SN/105, dossier 40863
Rapport de police sur Léonie Bathiat, dite Arletty, Paris, 3 octobre 1945. Arch. nat – Z/6SN/105, dossier 40863

Informations pratiques :

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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