Pierre-Auguste Renoir au GAM de Turin

Auguste Renoir
Auguste Renoir – La balançoire, 1876 Olio su tela; 92 x 73 cm – Paris, Musée d’Orsay (RF 2738) – © Bridgeman/ Archivi Alinari

La collaboration, fortement souhaitée par le Maire, Piero Fassino, entre la Ville de Turin, le Musée d’Orsay et Skira editore, qui a débuté en 2012 à l’occasion de la grande exposition consacrée à Degas, se poursuit.

Cette année, la GAM présente en effet une nouvelle exposition extraordinaire consacrée à Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), artiste parmi les protagonistes, tels que Manet, Monet, Degas, Pissarro, Sisley et Cézanne, de la grande saison de l’Impressionnisme français entre les années 1870 et le début des années 1920.

Un accord important siglé entre la GAM – Galerie Municipale d’Art Moderne et Contemporain de Turin la Fondazione Torino Musei, Skira editore et le Musée d’Orsay de Paris – avec Danilo Eccher, Directeur de la GAM, Massimo Vitta Zelman, Président de Skira, et Guy Cogeval, Président du Musée d’Orsay et de l’Orangerie – a permis de définir un projet scientifique de grande valeur qui conduit dans le chef-lieu piémontais une exposition magnifique, véritablement unique en raison de la qualité des œuvres présentées.

Le Musée d’Orsay et le Musée de l’Orangerie, qui conservent la collection la plus complète au monde de l’œuvre de Renoir, ont accepté de se priver, quatre mois durant, d’une soixantaine de chefs-d’œuvre, afin de donner naissance à une exposition extraordinaire qui documente toute l’activité de ce grand peintre, en témoignant des moments les plus significatifs et des tournants qui, dès ses débuts, ont conduit l’artiste à s’éloigner progressivement de l’Impressionnisme en fin de carrière.

La direction de l’exposition est confiée à Sylvie Patry, conservateur en chef du Musée d’Orsay et grande spécialiste de Renoir, et à Riccardo Passoni, directeur adjoint de la GAM de Turin.

Skira,en étroite collaboration avec la Fondazione Torino Musei, produit l’exposition en s’occupant de son organisation et de sa promotion ainsi qu’en publiant le catalogue.  

L’exposition sera aménagée au premier étage de la GAM, dans la salle de l’Exhibition Area, au sein du parcours des collections permanentes, récemment réorganisées suivant quatre nouveaux parcours thématiques.

Du point de vue de son aménagement, l’exposition aura donc l’envergure, l’aisance et l’attrait d’une grande rétrospective internationale. Une œuvre détenue par la GAM sera notamment exposée : le Portrait du fils Pierre (1885), acquise suite à son intérêt suscité chez Lionello Venturi. 

Cette exposition souhaite retracer l’évolution complexe du parcours artistique de Renoir –qui, à travers une activité de plus de cinquante ans, produisit plus de cinq mille toiles ainsi qu’un nombre très élevé de dessins et d’aquarelles mettant ainsi en évidence la grande variété et qualité de sa technique picturale et les différents thèmes abordés.        

Tout au long de sa vie, Renoir expérimente la peinture en plein air, aux côtés de son ami Monet, tout en portant en même temps à terme d’autres œuvres réalisées dans son atelier. Se consacrant également à l’art du portrait sur commande, il est entouré d’un cercle étroit d’admirateurs et de mécènes. En témoignage de son succès déjà obtenu de son vivant, il suffit de penser au fait que pour la toile Madame Charpentier et ses enfants (acquise par le Metropolitan Museum of Art de New York en 1907), il fut payé la somme la plus élevée jamais atteinte ces années-là par une œuvre. Il est l’ami intime des impressionnistes – comme Monet, Cézanne, Pissarro, Berthe Morisot, Sisley et Caillebotte, avec qui il s’entretient de peinture et organise des expositions – et encourage d’autres grands artistes comme Matisse, Bonnard et Maurice Denis. Toutefois, la célébrité et la reconnaissance de la part de ses contemporains n’arriveront qu’au début du vingtième siècle.

Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands maîtres de la période à cheval entre le XIXe et le XXe siècle.

L’exposition turinoise se subdivise en neuf sections.

L’époque de la Bohème

Après son admission à l’École des Beaux-Arts en 1862, Renoir rencontre et fréquente Alfred Sisley, Frédéric Bazille et Claude Monet, avec qui il partage notamment des sessions de peinture en plein air à Fontainebleau ou à la Grenouillère dans les environs de Paris.

Nous adorons les femmes de Renoir” (Proust)

Les visiteurs pénètrent au cœur de l’exposition à travers une galerie de magnifiques portraits féminins où il s’avère difficile de choisir entre Madame Darras (1868 environ), La liseuse (1874-1876), Jeune femme à la voilette (1870 environ), Madame Georges Charpentier (1876-1877), Femme au jabot blanc (1880), Jeune femme assise (1909) et le portrait de Colonna Romano (1913).

La “recherche heureuse du côté moderne” (Zola)

Dans cette section sont exposées cinq œuvres consacrées à un aperçu de la société moderne et des nouveaux divertissements parisiens, depuis les danses jusqu’aux excursions en campagne, comme notamment l’incomparable toile La balançoire (1876) où les splendides figures de la femme, du jardinier et de la fillette à côté de la balançoire se détachent sur un jardin aux couleurs très vives.

Le métier de paysagiste” (Renoir)

La collection d’œuvres de paysage de Renoir du Musée d’Orsay est probablement la plus belle au monde. Cette section en présente dix qui retracent une vaste période chronologique comprenant le voyage à Alger effectué par l’artiste en 1881. Les œuvres exposées relatives à ce séjour en Afrique du nord sont : Champ de bananiers, Paysage algérien et La Mosquée où Renoir représente des palmiers caressés par le soleil, des jardins privés et des potagers à la saveur exotique.

Enfance

Les enfants, bien souvent les siens ou ceux de ses amis, sont très présents dans l’œuvre de Renoir. Ces neuf œuvres exposées rivalisent avec les portraits féminins pour offrir aux visiteurs des instantanés de visages enfantins riches en poésie.

Beau comme un tableau de fleurs” (Renoir)

Petite section d’œuvres extraordinaires : les bouquets de Renoir sont magistraux dans leur technique et leurs couleurs et constituent l’un des thèmes où l’artiste expérimente le plus.

Le nu, forme indispensable de l’art” (Renoir)

Section capitale de l’exposition, avec des œuvres fondamentales dans la carrière de Renoir, qui avait toujours manifesté un profond intérêt, d’une part, pour l’art italien de la Renaissance, en admirant les œuvres de Raphaël et de Titien et, d’autre part, pour le baroque nordique de Rubens dont il reprend les formes souples et langoureuses et un chromatisme plein, qui font partie de sa signature stylistique quant à sa façon de représenter la figure féminine. « Je regarde un nu, j’y vois des myriades de teintes minuscules. Il me faut découvrir celles qui feront vivre et vibrer la chair sur la toile » affirmait le peintre.

L’héritage des Baigneuses

La “clôture” de l’exposition est consacrée au dernier chef-d’œuvre fondamental de Renoir, Les baigneuses (1918-1919). Le tableau est emblématique des recherches effectuées par l’artiste à la fin de sa vie. Renoir y célèbre une nature atemporelle, de laquelle toute référence au monde contemporain est bannie. Les baigneuses peut ainsi être considéré comme le testament pictural de Renoir.

L’exposition présente également les instruments de travail de l’artiste : la palette, la boîte de couleurs, les pinceaux et les autres inséparables outils du grand maître. Jusqu’à la fin de sa vie, Renoir se consacre à la toile des Baigneuses, en se faisant attacher ses pinceaux à ses doigts désormais déformés par l’arthrite rhumatoïde. L’artiste meurt le 3 décembre 1919 d’une infection pulmonaire. Le soir même avant de s’éteindre, il prononce ces mots : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose ». Moins de deux mois plus tard décède aussi Modigliani, que Renoir recevait souvent dans son atelier. Le monde de l’art perd ainsi deux interprètes extraordinaires.

L’exposition s’accompagne d’un catalogue publié par Skira qui présente, outre les reproductions des œuvres de l’exposition, plusieurs commentaires critiques. Notamment, Sylvie Patry approfondit le parcours stylistique long et complexe de Renoir, tandis que Riccardo Passoni se consacre, quant à lui, à la présence de Renoir à la Biennale de Venise en 1910 – à l’occasion de laquelle trente-sept de ses œuvres furent exposées – et à l’influence que cette participation eut sur différents grands artistes tels que Boccioni, Carrà, Soffici, Morandi et De Chirico qui, vers 1930, se lie stylistiquement à la poétique du grand maître français. Un autre texte, rédigé par  Augustin De Butler, reparcourt l’intérêt de l’artiste pour l’art italien durant son voyage en Italie.

Représenter la beauté, surprendre avec la lumière et la couleur, représenter la vie de son époque au travers d’un réalisme délicat sont les éléments-clés de la philosophie picturale de Renoir,qui contribuent, aujourd’hui encore, à en faire l’un des peintres les plus appréciés par le public.

L’exposition de Turin se veut être un homage à son art et une occasion unique pour en retracer le parcours artistique et humain, tout en permettant d’admirer des œuvres extraordinaires, la plupart exposées pour la première fois en Italie.

  • Exposition du 23 octobre 2013 au 23 février 2014

GAM – Galerie Municipale d’Art Moderne et Contemporain

Via Magenta 31 – Turin

Auguste Renoir - Grand nu
Auguste Renoir – Grand nu, 1907 Olio su tela; 71 x 156 cm – Paris, Musée d’Orsay (RF 1975 18) – © Hervé Lewandowski RMN-Réunion des Musées Nationaux/ Distr. Alinari
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