Passion Asie, exposition photographique au Sénat de Florence Notté

Florence Notté

Artiste française, vous êtes de retour à Paris après quatre années d’expatriation à Singapour. Formes, couleurs, lumières… L’harmonie et l’originalité de vos photographies composent de véritables « tableaux d’images », Sur quoi repose cette alchimie?

Les principaux moteurs de ma quête photographique sont avant tout l’esthétique et l’émotion. Loin du témoignage, je m’exprime en proposant un regard neuf sur le monde qui nous entoure. Je cherche non pas à le représenter tel qu’il est mais plutôt tel que je le vois. Cette approche est particulièrement marquée dans le traitement que je fais des objets qui perdent leur identité conventionnelle à travers le cadrage serré de l’objectif ou le détail isolé par le viseur. Peu importe que le sujet soit beau ou non. Qu’importe même le sujet. Parfois il disparaît ou devient méconnaissable, et seules subsistent les lignes, la lumière et les couleurs. En cela, la peinture abstraite n’est pas loin.

Que cherchez-vous à transmettre ?

En tout premier, l’émotion. La photo reflète un moment unique et privilégié, ce cadeau offert par l’instant: une jeune fille qui sourit, une goutte d’eau sur un lac, l’intensité du regard d’un moine birman au corps décharné. Les marques du temps qui passe sont très présentes dans ma démarche artistique. Je trouve de la photogénie dans la dégradation. Elle offre d’incroyables surprises. Arrêtez-vous pour contempler à loisir le pan d’un vieux mur de métro, Et vous verrez peut-être alors apparaître une toile de Miro, un personnage de Giacometti », Ici c’est un bois de bateau délavé dans un cimetière marin ou une cannette usée toute rouillée qui m’évoquent la phrase de Lamartine: « Objets inanimés, avez-vous donc une âme? « , Ailleurs, un éphémère reflet de nuages dansant sur une façade de building va recréer le réel dans une parfaite illusion.

La poésie fait partie intégrante de votre dernier ouvrage « Minimalism », La photo s’accommode-t-elle de ce mélange des genres?

Ce livre est le fruit d’un travail de cinq ans, Il rassemble cote à cote 100 photos prises dans différents pays asiatiques et 100 haïkus, ces brefs poèmes japonais qui disent l’évanescence des choses, Ces prises de vues illustrent les strophes minimalistes mais cette flânerie poétique marche aussi dans l’autre sens, « Less is more » ! La simplicité radicale des haïkus se rapproche du type de photos vers lequel je tends, « Urban refiects », mon précédent ouvrage, s’inspire des couleurs saturées des piscines californiennes du peintre photographe anglais David Hockney, pour restituer les reflets de ma résidence singapourienne tout en faisant un clin d’oeil au film d’Alfred Hitchcock: Fenêtre sur cour, L’ensemble forme à nouveau un kaléidoscope à même de brouiller les pistes, Et là encore, mieux transfigurer la réalité. Propos recueillis par EMMANUEL MONVIDRAN

  • Exposition du 18 au 29 juillet 2012

Orangerie du Sénat
Jardin du Luxembourg – 75006 Paris
Accès porte Férou (19 bis, rue de Vaugirard)

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