Nogent-sur-Seine inaugure le musée Camille Claudel

Camille Claudel - musée Camille Claudel

Quand Camille Claudel déclare vouloir embrasser une carrière artistique, sa famille lui rétorque : « Tu ne vas tout de même pas faire de la sculpture, alors que ce métier n’a pas de féminin ! » .

En 1876, lors d’une visite qu’il rend à la famille Claudel, Alfred Boucher découvre les modelages réalisés par Camille. Celle-ci, âgée de 12 ans, passe des heures à pétrir la glaise. À la vue de ces premières œuvres, le sculpteur pressent qu’elles expriment déjà un réel talent. Il sera le premier à prodiguer ses conseils à la jeune artiste et à donner une direction technique à son travail. En 1879, toute la famille déménage à Wassy, en Haute-Marne, où Louis-Prosper Claudel vient d’être nommé. Deux ans plus tard, Madame Claudel s’installe à Paris afin d’assurer l’avenir des enfants, son époux devant rester en province. Camille parvient à convaincre sa mère de la laisser suivre l’enseignement de l’Académie Colarossi. Elle ne tarde pas à louer un atelier rue Notre-Dame des Champs dans lequel elle travaille avec des amies anglaises guidées par les conseils d’Alfred Boucher. La jeune fille sculpte alors des œuvres inspirées de conquérants héroïques, de membres de sa famille (Paul à 13 ans) mais aussi de paysans. En 1882, alors qu’il bénéficie d’une bourse d’étude qui lui permet de partir pour Florence, Alfred Boucher demande à son ami, Auguste Rodin (1840-1917) de le remplacer auprès de ses élèves. La vie de Camille bascule, elle intègre l’atelier du maître et en devient la praticienne la plus douée.

Rodin à Camille: « Je ne regrette rien. Ni le dénouement qui me paraît funèbre, ma vie sera tombée dans un gouffre. Mais mon âme a eu sa floraison, tardive hélas. Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci car c’est à toi que je dois toute la part de ciel que j’ai eue dans ma vie. (…) Ah! divine beauté, fleur qui parle, et qui aime, fleur intelligente, ma chérie. Ma très bonne, à deux genoux, devant ton beau corps que j’étreins.  »

Nogent-sur-Seine et le musée Camille Claudel 

En 2003, une exposition consacrée à Camille Claudel est organisée à Nogent-sur-Seine. Le succès est au rendez-vous avec quelque 40 000 visiteurs recensés en trois mois. L’ampleur de l’événement est telle que la municipalité envisage de créer un musée dédié à la sculpture française de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, souhait dont la légitimité repose sur l’histoire même de la ville.

La ville de Nogent-sur-Seine, détentrice d’une collection de référence consacrée à Camille Claudel ouvre les portes de son musée dédié à l’artiste le 26 mars prochain. Séquencé selon différentes thématiques, le parcours du musée illustre la très riche production de l’âge d’or de la sculpture française – allant de 1880 à 1914 – qui associe la sculpture non seulement à l’architecture mais également à l’aménagement des espaces publics. L’occasion d’aborder le foisonnement artistique qui anime le Paris de la fin du XIXe siècle, ainsi que les techniques et l’ingénierie liée à la sculpture dont cette époque voit aussi le règne. Au total 204 sculptures seront exposées dans la maison où a vécu Camille Claudel, dont 39 de l’artiste, ainsi que les oeuvres de quarante-quatre sculpteurs qui ont dessiné le monde artistique dans lequel Camille Claudel s’est formée, a travaillé et a affirmé sa personnalité.

Séquencé selon différentes thématiques, le parcours du musée illustre la très riche production de cette époque qui, depuis le Second Empire, associe la sculpture non seulement à l’architecture, mais également à l’aménagement des espaces publics allant des squares municipaux aux grands parcs parisiens, des ronds-points aux cimetières. Le foisonnement artistique qui anime le Paris de la fin du XIXe siècle constitue le fil conducteur de la visite du musée. Ateliers où les amitiés se nouent, où les mouvements annonçant les courants artistiques fondateurs du XXe siècle prennent racine, salons et Prix de Rome qui couronnent de succès ou d’infortune les aspirations des jeunes artistes, gloires des commandes publiques, fastes des expositions universelles qui, de 1855 à 1900, font briller la Ville Lumière… autant d’événements dont l’évocation accompagne le visiteur tout au long de son parcours, à travers les quatorze salles du musée. L’époque voit aussi le règne de l’ingénieur et des techniques y compris en sculpture où les éditions de réductions en bronze se multiplient et où les machines à mettre aux points permettent aux praticiens de traduire les plâtres en marbre avec une précision accrue. Toutes ces techniques font l’objet de vidéos montrant les différentes phases de l’art statuaire, du modelage à la taille mécanisée ou directe, de l’esquisse au plâtre, du marbre monumental au bronze d’édition.

Les œuvres de quarante-quatre sculpteurs dessinent le monde artistique dans lequel Camille Claudel s’est formée, a travaillé et a affirmé sa personnalité. Les grandes étapes de la carrière des sculpteurs de sa génération sont évoquées, tout comme la diversité des courants stylistiques qu’elle a traversés. Aux côtés de la Jeanne d’Arc de Paul Dubois et du Monument au Docteur Ollier d’Alfred Boucher, les commandes pour le Museum d’histoire naturelle, le Louvre ou le Grand Palais mettent en évidence l’omniprésence de la sculpture dans l’espace public. Quant aux commandes privées, les vases de Jules Dalou (1838-1902) et Joseph Chéret (1838-1894) ou les Chars de Diane et de Minerve conçus par Emmanuel Frémiet (1824- 1910) pour un surtout de table édité par la manufacture de Sèvres montrent comment l’édition et les arts décoratifs font entrer le travail des sculpteurs dans les intérieurs bourgeois. Ces séquences font échos à la carrière de Camille Claudel, dont l’énergie déployée pour décrocher des commandes publiques n’a eu d’égal que le désespoir de ne jamais les obtenir, tandis que, dans la deuxième partie de sa carrière, la collaboration avec Eugène Blot lui a permis de faire éditer ses œuvres et de trouver une clientèle. Parmi les thématiques abordées, on peut retenir le renouvellement de la représentation du mouvement et particulièrement de la danse, influencée par la figure fascinante de Loïe Fuller. Pierre Roche (1855-1922) et Agathon Léonard (1841-1923) lui associent une esthétique Art nouveau, tandis qu’Auguste Rodin (1840-1917) et Antoine Bourdelle (1861-1929) opèrent une simplification où l’élan du mouvement l’emporte sur la recherche décorative. Ces exemples mettent en évidence la singularité d’une œuvre comme La Valse où Camille Claudel réussit le tour de force de ne sacrifier ni le mouvement ni la puissance décorative. Enfin, l’évocation de l’atelier de Rodin constitue une transition vers les salles Camille Claudel. Les œuvres de Jules Desbois (1851-1935), François Pompon (1855-1933) et Antoine Bourdelle permettent ainsi de comprendre l’esprit d’émulation qu’ils ont pu partager avec Camille Claudel en tant que praticiens de Rodin, chacun subissant l’influence déterminante du maître avant de trouver sa voie personnelle pour s’en libérer.

Camille Claudel soeur de Paul Claudel

Camille Claudel est aussi la sœur du poète et écrivain Paul Claudel. Elle a entretenu une relation passionnelle et tumultueuse avec le sculpteur Auguste Rodin, de vingt-quatre ans son aîné. Cet amour impossible, ainsi que son internement psychiatrique en 1913, la mure  dans le silence le plus total, mais lui apporte définitivement, une aura qui égale son génie.

Camille Claudel à Paul claudel, son frère – Montdevergues le 3 mars 1930

« Aujourd’hui 3 Mars, c’est l’anniversaire de mon enlèvement à Ville-Evrard, cela fait 17 ans que Rodin et les marchands d’objet d’art m’ont envoyé faire pénitence dans les asiles d’aliénés. (..;)
 Dernièrement on a construit une grande cuisine , au loin à plus d’un kilomètre du pensionnat; on m’a donné la permission d’aller chercher la nourriture avec les bonnes et les femmes de peine; cela me faisait une promenade et une sortie. cela n’a pas duré… j’ai reçu l’ordre de ne plus y aller ; sans motif aucun je suis de nouveau séquestrée.  Je m’ennuie bien de cet esclavage. Je voudrais bien être chez moi et bien fermer la porte. Je ne sais pas si je pourrai réaliser ce rêve, ¨ÊTRE CHEZ MOI. »

Mais aussi : « Ce n’est pas ma place au milieu de tout cela, il faut me retirer de ce milieu : après 14 ans aujourd’hui d’une vie pareille je réclame la liberté à grands cris. Mon rêve serait de regagner tout de suite Villeneuve et de ne plus en bouger, j’aimerais mieux une grange à Villeneuve qu’une place de 1ère pensionnaire ici. (…) Ce n’est pas sans regret que je te vois dépenser ton argent dans une maison d’aliénés. De l’argent qui pourrait m’être si utile pour faire de belles œuvres et vivre agréablement ! Quel malheur ! J’en pleurerais. Arrange-toi avec mr. le Directeur pour me remettre de 3ème classe ou alors retires-moi tout de suite d’ici, ce qui serait beaucoup mieux ; quel bonheur si je pouvais me retrouver à Villeneuve ! Ce joli Villeneuve qui n’a rien de pareil sur la terre ! »

Aujourd’hui, la sculpture française s’apprête à offrir au public, l’une de ses pages les plus prolifiques – de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle – en s’exposant dans le musée Camille Claudel.

Photo : Portrait de Camille Claudel Ph.527 – Photographie : César 15,5×10,3 cm – épreuve sur papier albuminé © musée Rodin, Paris

À Nogent-sur-Seine, lemusée Camille Claudel

Informations pratiques :

  • Mine de rien il travaille un peu tous les jours. Mine de rien il ne dort pas mais il cause !

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