Moïse, un prophète à l’Hôtel de Saint-Aignan

Moïse

Moïse, premier prophète du judaïsme, est probablement le personnage le plus important de la Bible hébraïque, recevant la Loi pour le judaïsme, préfigurant Jésus-Christ pour le christianisme et précédant le prophète Mahomet pour l’islam.

Les représentations de Moïse dans la culture occidentale sont aussi diverses que fascinantes, et l’exposition que présente le Musée d’Art et d’histoire du judaïsme en propose 150 facettes à travers des peintures, dessins, gravures, objets d’art, manuscrits, livres et extraits de films de l’Antiquité à nos jours. Dès l’Antiquité, Moïse est le prophète le plus fréquemment figuré dans l’iconographie biblique. Ainsi, dès le IIIe siècle, la synagogue de Doura Europos (dans la Syrie actuelle), possède d’importantes fresques relatant des scènes de la vie de Moïse. Les textes antiques ayant été traduits par les chrétiens, l’histoire de Moïse connaît un grand rayonnement dès le XVIè siècle. Des manuscrits médiévaux richement enluminés aux peintures de Nicolas Poussin, sources juives et chrétiennes dialoguent tout au long des temps modernes. L’histoire de l’exode et la singularité de l’histoire de Moïse sont au coeur de la scénographie de l’exposition.

Dans l’Europe des temps modernes, la représentation de Moïse synthétise de nombreux enjeux politiques, religieux et philosophiques, dont les artistes sont les vecteurs, moïse étant un personnage mythique dont le symbolisme de l’histoire a servi d’emblème à de nombreux peuples. Le fait qu’il ait reçu directement de Dieu les « Dix Commandements« , texte fondateur de toute vie sociale applicable à toute l’Humanité, fait de Moïse le symbole de la relation directe entre l’Homme et Dieu, la rendant ainsi possible aux yeux de chacun.

Ayant permis au peuple juif de fuir l’esclavage où il était tenu par l’empire égyptien, Moïse est synonyme de libération collective. Si les Juifs continuent de commémorer cet épisode avec la fête de Pessah’, d’autres ont fait de lui l’icône de cette lutte de libération : c’est le cas, par exemple, des Noirs américains. Martin Luther King, idole de ce combat pour l’émancipation, a noué de nombreux contacts avec la communauté juive et cité fréquemment Moïse et le judaïsme dans ses discours, entretenant un dialogue fécond avec le rabbin Abraham Heschel.

Figure emblématique car présenté comme la préfiguration la plus aboutie du Christ, les princes catholiques légitiment leur autorité temporelle en s’identifiant à l’image du Moïse législateur, les protestants se projettent sur l’histoire du peuple élu, persécuté par Pharaon, et exaltent le prophète libérateur, pour développer une rhétorique de résistance. Pour l’islam, Moussa est l’un des prophètes les plus importants. Il est aussi appelé Kalim Allah, celui qui a conversé avec Dieu.

Trouvé, selon la Bible, il y a environ 3.000 ans par la fille du Pharaon, alors qu’il flottait sur le Nil dans un berceau de roseaux, on se demande aujourd’hui si le premier prophète du judaïsme ne serait pas le fils du pharaon, ce que ne dit pas l’Ancien Testament. Une chose est certaine, il est le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’ineffable, puis est redescendu en témoigner auprès des hommes. Les artistes en ont ainsi fait une figure tutélaire, celle du visionnaire, du prophète et de l’intercesseur qui guide, ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois. L’exposition souligne les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques qui ont accompagné la figure du prophète à travers les siècles.

Photo : Moïse regarde la Terre promise avant sa mort, pastel sur carton de Lesser Ury, 1928 – Jüdisches Museum Berlin / Jens Ziehe

Michel-Ange (1475-1564)
Michel-Ange (1475-1564), Moïse, tombeau de Jules II
1513-1515, Rome, basilique Saint-Pierre-aux-Liens © Jemolo/Leemage

Moïse, figures d’un prophète

Commissariat de l’exposition

– Anne Hélène Hoog, conservatrice de la collection historique et des judaica du Mahj, commissaire générale
– Matthieu Somon, doctorant, université Paris I, Centre allemand d’histoire de l’art, commissaire
– Matthieu Léglise, doctorant, université Paris I, commissaire
– Sonia Fellous, CNRS-IRHT, université Paris I, conseillère scientifique. Avec le concours de Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du Mahj

Scénographie
– Studio Tovar : Alain Batifoulier et Simon de Tovar

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