« Mangez-le si vous voulez » Estomac sensible, ne pas s’abstenir !

Mangez-le-si-vous-voulez

« Mangez-le si vous voulez » est une de ces pièces que l’on va voir un peu par hasard et auxquelles on pense encore longtemps après. La pièce s’inspire d’un fait divers sanglant, peut-être cannibale, sur fond de guerre franco-prussienne. La guerre réclame sa pitance, tel un monstre insatiable, et avec elle son lot d’appelés. Dans cet univers, les hommes subissent leur sort ou manigancent pour y échapper… n’hésitant pas à faire jouer leurs petits privilèges. Lors d’une fête de village, la mécanique de l’absurde se met en marche et tout dérape. La foule de villageois aveugle et sourde ne voit plus et ne répond plus qu’à l’appel à la haine distillé par quelques-uns, haine dont elle est, elle-même, la victime. Elle se métamorphose alors en un monstre avide de revanche contre tout et sur tous. L’ambiance est électrique, les hommes s’enivrent espérant peut-être trouver dans l’alcool un moment de réconfort, d’oubli de cette guerre qu’ils subissent et qui les dépassent. Le décor est planté : un incident sous la forme d’un mot, à peine une phrase prononcée par celui avec lequel tout va inexorablement basculer. Un voisin devient tout à coup le bouc émissaire idéal : l’homme à abattre, l’homme réceptacle de toute cette hargne prétendument patriotique à l’encontre de l’ennemi prussien est trouvé. La foule-victime revêt les oripeaux du bourreau, l’absurde mécanique de la haine se met en place écrasant tout sur son passage. Dans ce décor, cette fête de village ressemble à une presque fin du monde ou tout à chacun va pouvoir se défouler. Sinistre carnaval ! Le monstre assoiffé de sang se démultiplie et s’incarne dans la mère de famille, le maréchal-ferrant… jusqu’à l’enfant de cinq ans.

Le décor de la pièce, totalement décalé, amplifie l’absurdité sanglante du fait divers. L’espace scénique s’organise en 3 plans mouvants. D’un côté une cuisine kitch en formica avec Clotilde Morgiève y découpant des oignons avec une dextérité quelque peu angoissante ; de l’autre deux acteurs-musiciens, Mehdi Bourayou et Laurent Guillet, sorte de voix off vêtus à la Blues Brothers, ponctuent le « récit » de leurs commentaires verbaux ou musicaux. Au centre, Jean-Christophe Dollé alterne les moments où il relate l’histoire et où il la joue, donnant un effet d’objectivation à cette histoire, inspirée de faits réels. Les quatre acteurs jouent leur gamme verbale et musicale à la perfection. Tout sonne horriblement juste et nous rappelle d’autres faits divers où la misère, le malheur ou tout simplement la peur furent les leviers sinistres à d’horribles actions. Le parti pris de cette pièce, tant sur le choix du texte que de sa mise en scène, est osé et il est magistralement remporté. Si l’on n’avait pas peur de paraître quelque peu « absurde » et décalé, on dirait volontiers que c’est une heure et demie de pur plaisir ! N’hésitez pas, allez-y ! Laetitia Lormeau pour artsixmic

« Mangez-le si vous voulez » jusqu’au 03 mai 2014

« Mangez-le si vous voulez », de Jean Teulé au Théâtre Tristan-Bernard, avec Jean-Christophe Dollé, Clotilde Morgiève, Mehdi Bourayou, Laurent Guillet. Mise en pièces : Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé.

Mangez-le si vous voulez

Théâtre Tristan-Bernard
64, rue du Rocher
75008 PARIS

Tags:

Publicité

Vous pourriez aussi aimer ?

photo claudia tagbo

Claudia Tagbo : L’ouragan de l’humour

Pétillante et charismatique, Claudia Tagbo est une humoriste et show girl pleine d’énergie qui ...

Ryan Mc Ginley

Alexis Moati : Et le diable vint dans mon cœur

« Et le diable vint dans mon cœur… » est le dernier volet d’une ...

Albertine Sarrazin theatre poche

Mona Heftre ressuscite Albertine Sarrazin

Monter seule sur scène pour y affronter le public en solo est toujours un ...