Les voeux de Madame Aurélie Filippetti à la presse vu par Marion Philippe

Aurelie Filippetti
Aurelie Filippetti

Jeudi 24 janvier, Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication, présentait rue de Valois ses premiers vœux à la presse et aux responsables des médias. L’occasion pour elle non pas de faire le bilan sur ses huit premiers mois de fonction, mais de rappeler les grands axes du « nouveau pacte » qu’elle souhaite mettre en place, et d’annoncer ses projets pour 2013.

Elle a d’abord tenu à préciser que si la politique de rigueur budgétaire n’épargnait pas la culture, cette dernière « n’était pas un luxe mais un bien commun », que cela ne devait pas être synonyme d’une « réduction des exigences » mais qu’il s’agissait cependant de faire des choix et de définir des priorités. Les comptes du Ministère seront redressés, « par nécessité mais aussi par conviction » a-t-elle affirmé.

Elle s’est engagée à faire de l’éducation artistique et culturelle, « expérience démocratique » fondamentale, l’un des points centraux du quinquennat, déplorant la persistance des ségrégations sociales dans ce domaine. Il s’agira là d’une collaboration entre les Ministères de la Jeunesse et de la Vie Associative, de l’Education, de l’Enseignement Supérieur, et de l’Agriculture. A l’instar de l’opération « Musée Populaire, Musée Solidaire » qui visera à inviter les plus démunis à venir au musée, plusieurs fois dans l’année.

Dans cette perspective territoriale et démocratique, elle a annoncé mettre un point d’honneur à déléguer aux acteurs locaux , à travers différentes actions : tout d’abord une concertation animée par Marie Desplechin, à la suite de laquelle un cahier des charges sera élaboré ; ensuite, une réunion qui se tiendra en février au Centre National de la Danse de Pantin, avec Vincent Peillon et les représentants des différentes DRAC (Direction Régionale de l’Action Culturelle) ; enfin, l’organisation d’un Tour de France (une vingtaine de dates jusqu’à la fin du printemps) afin d’« engager la généralisation des pratiques culturelles », promesse du candidat Hollande.

Son discours a mis en avant l’importance de la jeunesse et de la formation. « Ce gouvernement ne promet pas de construire une nouvelle pyramide du Louvre, mais une petite pyramide dans l’esprit de chaque enfant », a-t-elle souligné.

Aurélie Filippetti a aussi annoncé une véritable « refondation » au cœur des trois grands champs d’action du Ministère : la patrimoine, essentiel car populaire, la création et les industries culturelles. Elle a défendu une politique clairement tournée vers l’avenir, qui passera par une modernisation des diverses structures, entre protection et démocratisation.

 « Le programme de 2013 sera chargé » a-t-elle aussi répété, avec notamment deux dossiers épineux : le statut des intermittents (un dialogue sera organisé avec les partenaires sociaux, en coopération avec le Ministère du Travail) et la protection des artistes et de la presse face au numérique, qu’elle considère cependant comme une vraie richesse pour la diffusion des œuvres et la découverte du patrimoine. Elle a une nouvelle fois rappelée son attachement à la préservation des libertés ; une médiation entre les groupes de presse et Google est en cours, face à l’urgence de sauvegarde du système de diffusion des journaux, « secteur essentiel à la démocratie ». (une mission à ce sujet a d’ailleurs été confiée à Pierre Lescure, la remise des propositions aura lieu fin mars…) L’occasion aussi de rendre hommage aux 121 journalistes morts en exercice l’année dernière …
Le domaine de l’audiovisuel sera marqué par la réforme du CSA. Elle a tenu à rappeler la mission de service public (informer et éduquer) de la télévision, « pratique culturelle majeure car la plus populaire».

La ministre proposera aussi différents projets de loi au Parlement, notamment une grande loi sur la création, comme s’y était engagé François Hollande, qui abordera entre autres le problème des conditions de production et la question des nominations à la tête des institutions et au sein des directions artistiques. Elle a ainsi annoncé la mise en place du programme « Saison Egalité » dès septembre 2013, visant à féminiser les postes les plus importants. « Le théâtre est le miroir du monde, mais il ne faut pas que l’institution culturelle soit le reflet des blocages de notre société » a-t-elle conclu à ce sujet.

Elle a aussi insisté sur la richesse et « l’excellence » culturelle du pays, ainsi que sur ses atouts face à la mondialisation. La défense de cette exception française passera par des décisions stratégiques, notamment en matière d’attractivité et de compétitivité des productions cinématographiques, et de modernisation des crédits d’impôt, en partenariat avec Arnaud Montebourg. « Pas de redressement productif sans redressement créatif » a-t-elle ainsi résumé.

L’année 2013 ne sera donc pas placée sous le signe du grandiose ou des projets pharaoniques, comme la Maison de l’Histoire de France voulue le gouvernement précédent, mais d’une réforme structurelle des différentes institutions culturelles, qui passera par une étroite collaboration entre Etat et collectivités locales, le tout dans une perspective de démocratisation et de régionalisation.

« J’ai donc voulu redonner à la politique culturelle sa vocation première, qui est
celle d’être l’un des biens les plus partagés par nos concitoyens. Je veux
redonner de l’oxygène à la culture. » Marion Philippe pour artsixmic.

Photographie by Marion Philippe

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