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Les premières pépites de Cannes 2014

Erica Rivas dans « Relatos salvajes », de Damian Szifron – Warner Bros. Pictures

Ca y’est la pépites sont de sortie à Cannes ! Les pépites de la compétition officielle j’entends car si vous me suivez depuis le début de cette aventure, vous aurez déjà noté mes divers coups de cœur pour les films présentés dans les sélections parallèles (Bande de filles à la Quinzaine et Party Girl à Un Certain Regard).

J’ai vu hier soir Relatos Salvajes, un film argentin de Damian Szifron dont je ne connais rien, je dois l’avouer. C’est donc sans attente particulière que je suis entrée dans la salle et je peux vous dire que je suis restée jusqu’à la dernière seconde du générique de fin tant j’ai aimé ce film au point d’en vouloir encore plus. Il s’agit là d’un film à sketches qui évoquent tour à tour les tourments, les vices, les manquements de notre société.

Le second degré est de rigueur, tout comme l’humour noire et j’ai adoré !

Il est ainsi question d’un homme victime de maladie mentale souhaitant régler ses comptes avec son entourage, dans les airs, d’un règlement de comptes à la mort au rats dans un routier miteux, d’un homme qui perd les pédales après que sa voiture ait été emportée à la fourrière, d’une course poursuite en voiture entre deux hommes dont on soupçonne qu’il s’agisse là d’un « crime passionnel » ( un de mes préférés personnellement), de corruption policière et d’une fête de mariage qui tourne mal (l’apothéose de cette petite merveille cinématographique !)

Ces diverses histoires toutes décorrelées les unes des autres et viennent toucher du doigt les failles d’une société basée sur la corruption, le dédain et l’appât du gain. Elles évoquent également le déclin d’idéaux tels que l’honnêteté, l’entraide, la confiance et ce, sur un ton toujours léger qui apporte de la légèreté au propos. Le message passe tout aussi bien et nous ravi du rire par lequel nous sommes emportés. Cela faisait longtemps que je n’avais pas autant ri au cinéma et c’est franchement plaisant. Ce n’est pas mon voisin de siège qui me dira le contraire, pour le coup, je n’avais pas entendu ni vu un tel fou rire depuis des lustres. Voilà du cinéma qui remue.

La suite du programme ne fut autre que le Saint Laurent de Bonello. Attendu et questionné tant l’accent fut mis sur « l’autre » Yves Saint Laurent (de Jalil Lespert) adoubé par Pierre Bergé. Cet opus était réussi à mon sens, j’avais aimé, été touchée par l’histoire d’amour qui fut la leur. Ici le propos est tout autre. Bien évidemment il est question des mêmes personnes, du même environnement mais le focus est différent.

Le réalisateur s’attarde sur les années sombres d’YSL (67-76 particulièrement) et met l’accent sur le processus de création – en ce sens, même si l’autre film utilisait les vrais modèles authentiques, ce Saint Laurent évoque plus en profondeur le travail des couturières, des « petites mains » sans qui le géni d’YSL n’aurait pu autant retentir.

D’autre part, cette version évoque la part d’ombre de ce créateur de géni (au sens fort) que fut YSL, ses folles soirées, ses rencontres toxiques (Jacques de Bascher, joué par un Louis Garrel toujours aussi fort et sensible) qui l’entrainèrent dans les baffons de la drogue et de la dépendance. Je pense comprendre la raison pour laquelle Pierre Bergé n’a pas donné son accord pour ce film (mais cela était-il nécessaire d’ailleurs ?) Il est ici quelque peu malmené et présenté comme celui qu’il fut et qu’il est toujours : le maître de l’empire YSL. Lui seul était capable de fonder cet empire et sans lui, YSL n’aurait pas eu le renommée qui fut la sienne, c’est certain. Il fut le roc d’un Yves enfantin et incapable de s’auto gérer. Cela dit, il m’a semblé ressentir un coté légèrement condescendant émanant de cet homme de pouvoir qui, s’il comprenait le business, n’entendait pas grand chose de l’art, sauf pour en faire une collection. Ce qui n’est pas moins noble, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !

Cette version faite de flashbacks et de flashforwards montre plus que jamais, à la fois, la perte et le manque de repère d’un homme qui ne fut jamais réellement ancré dans la société et dans la vie – une fois encore c’est un géni au sens fort du terme, un homme uniquement capable de son art.

Si le film se perd parfois dans des longueurs, cela est sans doute voulu comme pour nous donner l’impression de nous situer dans l’esprit du Maître, de cet homme étourdissant et étourdi par son géni. Et que dire de cette scène finale parfaitement maitrisée ? Le jeu est grand, la force de signification est à son comble.

Bonello dont je garde le meilleur souvenir de son Apollonide, est un maître de la suggestion et de l’impression – de la musique et de l’ambiance aussi. Il glisse son Saint Laurent dans une ambiance soul délicieuse et entrainante. C’est franchement réussi.

Gaspard Ulliel est épatant, tout comme l’était Pierre Niney je dois dire. Ils ont chacun percé le mystère de cet homme complexe sans pour autant chercher à le singer. La ressemblance se fait seule, avec l’imprégnation du personnage. C’est brillant et touchant. Il fut clairement l’homme qui a tant aimé les femmes.  Barbara Govaerts à Cannes pour artsixmic

Relatos Salvajes

Réalisé par Damián Szifron

Avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia

Relatos Salvajes

SAINT LAURENT

Date de sortie : 17/10/2014

Un biopic centré sur la période 1965-76 de la vie du célèbre styliste.

Réalisé par Bertrand Bonello

Avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier, Léa Seydoux

Saint Laurent – Extrait Festival Cannes 

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