LES INVINCIBLES dans les salles le 18 septembre

Les INVINCIBLES

L’histoire : L’annonce d’un tournoi international de pétanque organisé par le célèbre Darcy, va bouleverser la vie de Momo, et réveiller ses rêves enfouis par les aléas de la vie : devenir champion et vivre de sa passion. Galvanisé par sa rencontre avec Caroline, Momo va faire la paix avec lui-même et affronter les préjugés. Déclassés, rejetés, cabossés, ils sont devenus : Les Invincibles.

Entretien avec avec Atmen Kelif

Comment est né ce projet ?

L’idée m’est venue alors que j’observais des joueurs de pétanque tunisiens qui s’engueulaient en arabe pendant un match sur une chaîne de sports ! Je me suis dit que si on pouvait raconter le parcours de ces joueurs, en envisageant le match de pétanque comme un match de boxe – comme le match de leur vie –, cela pourrait faire une belle histoire. Car, pour moi, la pétanque, c’est le base-ball des Français et, pour les Français d’origine maghrébine, c’est un formidable vecteur d’intégration, surtout dans le sud de la France. Dès que les gens sont réunis autour d’une partie de pétanque, même s’ils ne sont pas d’accord et qu’ils peuvent s’envoyer des remarques racistes, il en ressort souvent un sentiment fraternel qui les rassemble. Le personnage principal Momo se sent intégré lorsqu’il brille aux boules : il n’y a plus de Blancs, plus de Noirs, plus d’Arabes – il n’y a que des joueurs qui s’affrontent de manière fair-play, et c’est avant tout ce que je voulais raconter.

Par la suite, votre parcours personnel s’est greffé sur ce matériau de départ…

Absolument. Car si je remplaçais la pétanque par le théâtre, il pourrait s’agir de mon histoire ! Mais plutôt que de raconter l’itinéraire d’un beur de banlieue qui fait du rap ou du stand-up, je préférais parler d’un petit mec du sud de la France qui joue aux boules et qui végète dans son village depuis des années, en attendant qu’un miracle se produise !

Dans quelle mesure Momo est-il votre «alter ego» ?

Ma mère, comme dans le film, tenait un restaurant dans un village du sud-ouest et c’est là que j’ai rencontré une troupe de théâtre qui venait y manger : ils m’ont embarqué avec eux, et du coup j’ai délaissé mes amis et ma famille pour les rejoindre et faire du théâtre à Paris. À cette occasion, j’ai rencontré un comédien qui m’a aidé et qui m’a mis le pied à l’étrier : on le retrouve sous les traits de Jacky dans le film. Par la suite, j’ai intégré une importante troupe, qui m’a un peu mis à l’écart la première année. Et puis, j’ai été amené à remplacer quelqu’un, et la chance m’a enfin souri : c’est, d’une certaine façon, le parcours de Momo. De même, j’ai dû faire la paix avec mon identité en acceptant le fait que je sois français, tout en étant né en Algérie. Pour autant, ce n’est pas un récit autobiographique, mais un film qui distille des émotions que j’ai vécues. Au fond, Momo, ce n’est pas moi, mais un cousin qui aurait eu un parcours parallèle au mien…

Comment s’est passée l’écriture ?

J’ai d’abord écrit un premier jet en axant l’histoire sur deux joueurs : un tireur et un pointeur. Puis, je l’ai recentrée sur un personnage : si on avait suivi un double parcours, cela risquait d’être un peu confus. Du coup, j’ai privilégié le personnage de Momo, en le développant avec d’autres scénaristes qui ont concrétisé pas mal d’idées. Dès lors, j’étais conscient qu’il me faudrait remplacer mon partenaire de pétanque par un personnage plus âgé, une sorte de père de substitution : le personnage de Jacky est alors devenu très important. Et pour ce «mentor», j’avais besoin d’une figure très française. Quand Gérard Depardieu a lu le scénario, il a tout de suite accepté de participer au projet pour raconter cette histoire avec moi. Il est venu apporter son expérience de vie et d’acteur à ce récit.

Avez-vous été tenté de le réaliser vous-même ?

Oui, plusieurs fois. Mais quand je me suis rendu compte que cela allait être un tournage très lourd, j’ai compris qu’il était inenvisageable que je le mette moi-même en scène. Frédéric Berthe, mon complice à la télé, a coécrit le scénario avec moi : comme il fallait tourner le film rapidement, je préférais avoir quelqu’un de plus aguerri et il se trouve que Frédéric avait une grande expérience de la réalisation. Et cela aurait été d’autant plus compliqué que je joue dans le film.

D’où vous vient cette passion pour la pétanque ?

J’adore la pétanque depuis longtemps. C’est un sport de fainéant, mais aussi de convivialité et de « bouche » ! (rires) Car, aux boules, on peut s’insulter et se traiter de tous les noms : cela n’a pas d’importance ! En outre, on n’a pas besoin d’avoir une condition physique particulière : on peut être un gringalet d’1m12, maigre comme un clou, et « faire des carreaux » à dix mètres. Ce qui me plaît bien aussi, c’est qu’il s’agit du sport de la débrouillardise et de la mauvaise foi – sport typiquement français. Du coup, pour moi, c’est un peu le golf des pauvres. Mais il y a un vrai défi dans cette discipline, et un côté «western» avec les boules qui claquent, comme dans un duel au soleil…

C’est un formidable « buddy movie* » sur le collectif, qui se manifeste à travers le sport…

Pour Momo, son pays d’adoption, ce sont ses amis. Et même si les amitiés sont souvent malmenées dans la vie, c’est aussi ce qu’il y a de plus important, et particulièrement en temps de crise. C’est formidable de voir ces deux mecs, Momo et Jacky, qui ont des rêves communs. Le « buddy movie » s’articule en général autour d’un personnage principal qui évolue au cours du film et d’un héros qui l’aide à changer : en l’occurrence, ici, Momo est le protagoniste qui fait la paix avec son identité, tandis que le héros, Jacky, est une véritable force de la nature qui lui permet d’avancer.

C’est aussi un film sur le vivre ensemble…

C’est pour moi un grand cri d’amour à la France, un pays qui m’a permis d’aller à l’école et de faire des études et qui m’a donné une vraie chance. Comme je l’ai dit, la pétanque est un vecteur d’intégration – et cela aurait pu passer par le cassoulet ou l’accordéon – l’essentiel était de prendre un symbole typiquement français et de se l’approprier pour dire à quel point j’aime ce pays, je suis heureux d’y vivre et de m’adapter à ses coutumes. Le film retrace l’histoire d’un type qui veut devenir champion de pétanque, sauf qu’il est maghrébin ! Vers la fin, quand il rentre en France, il revient avec un Français qui a pris la nationalité algérienne : c’est tout le contraire d’un Zidane ! Momo, lui, est plus français que les Français et il vient défendre ce sport qu’il aime, en reprenant la nationalité française par la suite. Pour moi, c’est un type qui gagne son droit du sol par le sol – en l’occurrence grâce à un terrain de boules.

Momo est un homme qui a accumulé pas mal de frustrations…

Il a le symptôme de la victimisation : je fais partie d’une génération qui est moins rebelle que celle d’aujourd’hui. Il a accumulé des frustrations dans le sens où il n’a pas fait les études qu’il aurait voulu faire, etc. Son parcours découle d’une intégration ratée qui remonte aux années 80. À l’époque, il ne fallait pas faire de vague et, du coup, il est né trop tôt puisque, quelques années plus tard, des gens comme Khaled, Zidane et Debbouze ont ouvert la voie à une plus grande affirmation des maghrébins dans l’espace public. Lorsqu’on se balade en France, on se rend compte que plusieurs communautés cohabitent en harmonie, et souvent grâce à la culture et à certains centres d’intérêt communs, comme le sport par exemple… Le sport est moteur de rassemblement : LES INVINCIBLES est un film sur le « vivre en France », avec comme symbole la pétanque –c’est un film par la pétanque et non pas sur la pétanque.

Comment avez-vous choisi les acteurs ?

Ils se sont greffés naturellement au projet. Mon ami Édouard Baer a joué un rôle crucial moralement pour faire aboutir ce projet : je me produis régulièrement avec lui au théâtre et on a travaillé ensemble ses répliques, notamment sur la forme. Il était le seul à pouvoir incarner un homme d’affaires à la fois charmant, margoulin, lâche et séducteur, et à réussir à faire croire à ses phrases d’escroc avec son costume. Il a donné le meilleur de lui-même et je suis fier qu’il soit aussi convaincant dans le film. Depardieu c’est le Yoda de tous les acteurs ! Il arrive chargé de tout : dès qu’on l’aperçoit à l’écran, on croit qu’il est joueur de pétanque. Quoi qu’il fasse, il est crédible et il rend ses partenaires talentueux. C’est grâce à lui que le projet s’est concrétisé : c’est le miracle que l’on attendait, et Gérard Depardieu, c’est un miracle, un ovni, le genre de personne que l’on rencontre une fois dans sa vie et qui change tout sur son passage, vous y compris. D’ailleurs, la vie n’est faite que de ça : des rencontres, et c’est grâce à elles qu’elle vaut d’être vécue. Si j’ai fait appel à Daniel Prévost, c’est parce que je trouvais amusant que ce personnage de raciste soit joué par un type d’origine kabyle ! Son personnage est surtout un homme qui n’a pas compris que le monde a changé. Daniel est formidable de fantaisie et de méchanceté : il a le métier de ces formidables seconds rôles, à la Bernard Blier. Je suis enchanté parce que j’ai travaillé avec tous les gens que j’admirais le soir à la télé ou au cinéma et qui continuent à me faire rêver.

Et Virginie Efira ?

On ne voulait pas une comédienne évanescente, mais une femme de tête. Dans le film, son personnage est attiré par Momo parce qu’elle s’intéresse à son mental, à sa transformation lorsqu’il joue, et pas à son physique. Comme dans les films de Capra, où tout est dans les non-dits : on n’est pas obligé de coucher avec son partenaire ou de l’embrasser pour évoquer l’histoire d’amour. Ils se comprennent avec Momo car elle aussi a souffert d’un racisme anti-femme. Virginie est une actrice solide qui incarne un rôle délicat comme Marlène Jobert ou Annie Girardot savaient le faire en leur temps : c’est une intelligence en mini-jupe et en talons aiguille avec un humour décapant.

On a le sentiment que chacun, à sa façon, apprend quelque chose à travers cette aventure…

Ils ne s’attendaient pas à l’éclosion de quelqu’un et ils participent à cet épanouissement. C’est un film sur un personnage qui s’affirme : c’est assez autobiographique en ce sens-là car, en travaillant sur ce film, j’avais envie de dire que je m’affirme à travers un projet qui fait partie du cinéma français !

Comment avez-vous travaillé le rythme des dialogues et des enchaînements ?

Grâce aux lectures et aux répétitions, les dialogues étaient ouverts, mais je tenais quand même à certaines scènes et phrases pour avoir un ton à imprimer au film. Pour autant, il est clair que les acteurs arrivaient sur le plateau avec leur langue et leurs expressions qui sont toujours bonnes à prendre.

Dans quelle région le film a-t-il été tourné ?

Je voulais que le film se tourne dans une région qui ne soit pas un sud de carte postale, mais un sud plus austère, qui reflète la crise avec ses villages désertés et ses usines en panne, entre le camping et la mer. La pétanque est un sport national qui se pratique du nord au sud, et d’est en ouest, mais l’autre « sport » national que je voulais raconter, c’est le chômage qui se « joue » aussi aux quatre coins de l’hexagone. Comme disait Aznavour, «la misère est moins pénible au soleil», ce qui est parfait pour une comédie !

  • LES INVINCIBLES de Frédéric Berthe avec Atmen Kelif, Edouard Baer, Virginie Efira, Gérard Depardieu, Daniel Prevost, Bruno Lochet.
  • EN SALLES LE 18 SEPTEMBRE

Les Invincibles de Frédéric Berthe

 

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