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Les femmes et le cinéma au Festival de Cannes

Party Girl

Le rythme s’accélère en ce deuxième jour de festival. Le rythme s’accélère et les émois restent les mêmes. Au programme de la journée un second biopic (après celui, raté, sur Grace de Monaco) et le film d’ouverture de la sélection parallèle Un Certain Regard (applaudi par la presse, c’est assez rare pour être noté !)

M. TurnerCe biopic dont je vous parle ici n’est autre que Mr Turner qui retrace un pan de la vie du célèbre peintre William Turner, ancêtre de l’impressionnisme. Bien que long (2h30) et parfois longuet, ce film offre un portrait sans fard de cet artiste à la fois tourmenté, dépressif et passionné.

Derrière ce petit grognement parfois lourd (censé évoquer le côté « bougre et bougon » de l’artiste), l’acteur Timothy Spall se révèle à la fois doux et sensible derrière des traits quelque peu disgracieux. A l’image de sa peinture d’ailleurs, teintée de la lumière du levant ou du couchant, qu’il met en peinture entre deux crachats et postillons destinés, sans doute, à diluer les poudres de couleur… chacun sa méthode. La sienne lui offre un bon train de vie sous l’égide (si je puis dire) du gouvernement anglais de l’époque.

Ce portrait évoque également un homme bon et humain (sauf avec sa femme et ses filles dont il ne se sent aucunement lié) concerné par les horreurs de son époque. C’est ainsi qu’il peindra ces bateaux négriers à l’origine d’atrocités humaines évoquant les rigueurs de son siècle.

Tout cela est plaisant quoique bien trop classique. Mêler cinéma et peinture n’est pas chose aisée. Bonello l’avait parfaitement fait avec son Appolonide, sans évoquer directement la peinture d’ailleurs et le résultat, beaucoup plus « rock » apportait un point de vue, un engagement sur le sujet qu’il évoquait, ce qui n’est pas le cas ici à mon sens.

On quitte la vie de cet homme comme on quitte le film, sans vraiment se dire qu’ils nous manqueront. La beauté ne fait pas tout, les mots ne font pas tout… tout est question de la façon dont on traite cette beauté.

Au final, les tableaux du maître Turner sont bien plus emprunts de fougue, de douceur et de poésie que ce biopic qui nous laisse avec la sensation d’avoir feuilleté toute l’encyclopédie de la bibliothèque sans pour autant nous avoir donné la possibilité de nous envoler.

Le second film de la journée n’est autre que Party girl. Un film que l’on pourrait inclure dans la catégorie du « cinéma social ». Une catégorie que j’apprécie tout particulièrement tant il permet de dévoiler et de regarder la vie. La vie telle qu’elle est sans fioriture et sans faux semblant.

C’est le cas de cette femme, Angélique. La soixantaine (assez) resplendissante, quasi retraitée de la danse et du striptease. Cette femme et mère de quatre enfants semble porter sur les épaules le poids d’une vie passée à faire rêver les hommes sans jamais avoir, elle, pu se laisser aller à la rêverie. Oui je pense qu’il est question de rêve ici – c’est d’ailleurs ce qu’elle parvient à exprimer à l’un de ses fils dans la voiture la veille de ses noces. Elle s’octroie le droit de rêver ne serait-ce qu’un instant.

Si Cannes est chaque année le lieu de moult débats sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma (la présence de Jane Campion, unique réalisatrice à avoir remporté la Palme d’Or, en tant que Présidente du Jury est l’occasion d’évoquer à nouveau le sujet) cette sélection (officielle et parallèle) vient en tout cas prouver que le cinéma réserve une place de choix aux femmes en les montrant telles quelles sont : à la fois douces et persévérantes, fortes et vacillantes mais toujours, toujours maîtres de leurs choix (Grace de Monaco dans ce biopic même raté, les femmes, toutes les femmes, du film de Sissako, les femmes du monde de Turner et cette Angélique). Ce n’est sans doute pas la bande de filles de Céline Sciamma (Tomboy…) que je m’apprête à rencontrer ce soir pour l’ouverture de La Quinzaine, qui me diront le contraire… Barbara Govaerts à Cannes pour artsixmic

PARTY GIRL

Angélique a soixante ans. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

Réalisé par Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis. En salle en décembre 2014

MR. TURNER

Un biopic du peintre britannique J.M.W. Turner.

Réalisé par Mike Leigh. Avec Timothy Spall, Roger Ashton-Griffiths, Jamie Thomas King.  En salle en décembre 2014

Voir aussi sur artsixmic : Barbara Govaerts : Cannes c’est reparti !

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